La magie de Adiouma Ndiongue : récupérer les déchets électroniques pour combattre les changements climatiques

L’administrateur de l’ONG SeTriVal ne digère pas la manière dont les déchets sont jetés dans la rue. Refusant d’être envahie par les déchets en général et par les déchets électroniques en particulier, Adiouma Ndiongue, administrateur de l’ONG SeTriVal, une unité de gestion des déchets électroniques qui a son siège à Keur Massar, dans la banlieue de Dakar, par ailleurs chargé de projets à l’ONG Eau-Vie-Environnement (Eve), décide, en collaboration avec Enda Europe, de mettre en place un projet dénommé « Les claviers pour tous, oui mais pas à n’importe qu’elle prix ». Dans une interview accordée à vivafrik.com, Adiouma Ndiongue est revenu sur la naissance de son initiative, les biens faits de son action vis-vis de l’environnement avant d’indiquer que la récupération des déchets électroniques constitue une arme efficace de lutte contre les changements climatiques.

Vivafrik : Comment est né l’ONG SeTriVal ?

Adiouma Ndiongue : Notre objectif s’était de démocratiser l’outil informatique. Ainsi, depuis 2004, nous travaillions avec un partenaire belge sur la gestion des déchets électroniques. Nous exportions des outils de secondes mains, reconditionnés par ces partenaires. Ces produits nous permettaient d’équiper les établissements et les écoles afin de pousser les apprenants à mieux manier l’outil informatique. Trois ans plus tard, nous avons constaté que beaucoup de centenaires déposés des ordinateurs dont leur usage était limité. Nous nous sommes dit, en tant qu’ONG et organisation de la société civile qui travaille sur les questions environnementales, si rien n’est fait, la planète sera envahie par ce type d’appareils. Ces ordinateurs, en fin de vie, présentent des déchets dangereux pour l’environnement et constituent une menace à la santé publique. Ainsi, en collaboration avec Enda Europe, nous avons mis en place un projet qui s’appelle : « Les claviers pour tous oui, mais pas à n’importe qu’el prix ». Ce projet nous a permis de connaitre les acteurs de la solidarité numérique mais aussi il nous a permis de sensibiliser les communautés sur ces types de déchets à travers des Forums. Nous avons de notre côté, appris à gérer ces déchets auprès des acteurs de la solidarité numérique. Notre prise de conscience a été accentuée quand on a appris que les gens jetaient tous au niveau de la décharge de Mbeubeuss. Grâce à ce projet, nous avons formés les récupérateurs sur les techniques de démantèlement qui répondent aux normes environnementales. Six des récupérateurs de Mbeubeuss et un groupe de jeunes qui étaient à Dakar, qui avait un centre de maintenance informatique, ont été formés sur ces techniques pour éviter de jeter pêle-mêle ces déchets. A la suite, nous avons travaillé avec l’ADIE, puis avec toujours Enda Europe, nous avons pu monter un projet qui s‘appelle Ressourcerie urbaine : approche intégrée pour la gestion des déchets solides et liquides dont un des volets était de mettre en place une unité de démantèlement, qui aujourd’hui, est train de travailler avec les sociétés privés, l’administration et les particuliers pour récupérer ces ordinateurs afin de les démanteler de manière propre. Voilà le travail que nous avons abattu pour aboutir à ce résultat. Vous voyez que c’est extrêmement difficile parce que les entreprises se séparent difficilement  de ces déchets car les dirigeants estiment que ces appareils sont des objets de valeur et ils préfèrent les garder ou les vendre aux charretiers qui les démantèlent de manière pas très catholique. Ces derniers les jettent dans l’espace ce qui provoque la pollution de l’environnement.  

Est-ce une manière de donner une seconde vie à ces déchets électroniques ?

Je dirais que nous faisons du réemploi. Parfois nous récupérons des ordinateurs qui peuvent fonctionner. Nous assemblons aussi plusieurs pièces détachées de plusieurs ordinateurs pour fabriquer des ordinateurs neufs que nous mettons sur le marché à des prix très compétitifs et qui peuvent durer plus de trois ans. Cette technique que je viens de vous décrire est du réemploi. Lorsque l’ordinateur est totalement out, nous sommes obligés de le démanteler et récupérer les pièces récupérables et les autres sont mis dans les bacs qu’on va revendre aux partenaires qui ont la capacité de les traiter. Nous, ce que nous faisons, c’est du prétraitement. Aujourd’hui au Sénégal et même en Afrique, il n’existe pas encore un dispositif pour traiter de manière très efficace tous ces déchets. Pour les pièces non récupérables, nous leurs donnons une seconde vie en fabriquant des poubelles, des pots de fleurs, etc.

Quelle rentabilité pour l’environnement ?

C’est une aubaine pour l’environnement. Vous n’êtes pas sans savoir que ces ordinateurs regorgent énormément de substances dangereuses pour la santé humaine mais aussi pour l’environnement. Il y a du mercure, du plomb dans ces ordinateurs et si nous les récupérons, c’est pour éviter d’affecter la planète. Donc il y a une rentabilité extraordinaire pour l’environnement mais également pour la santé publique et cette récupération nous permet de lutter contre les effets du réchauffement climatique. Vous savez que le plomb et le mercure sont extrêmement nocifs pour la santé humaine. D’ailleurs, dans les sites où se font ces traitements sans respecter les techniques et les normes environnementales, on constate que ces sites sont très pollués, exposant du coup les riverains et l’environnement.

Participez-vous au combat contre la criminalité environnementale ?

C’est ce combat d’ailleurs qui est l’essence de notre initiative. Mais la difficulté réside dans la pratique de démantèlement non orthodoxe. Les partisans de ce type de démantèlement disent tout simplement qu’ils n’ont aucune autre solution et qu’ils doivent travailler pour subvenir à leurs besoins. Notre engagement est aussi limité par l’absence d’éco-organismes. L’Etat, à travers l’Agence de l’informatique est en train de travailler sur la mise en place d’un éco-organisme. A notre niveau, nous réfléchissons sur la réglementation spécifique de ces déchets car ce que nous faisons, c’est de l’économie verte et nous pensons un jour générer des emplois verts.

Moctar FICOU / VivAfrik

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