A quel type d’agriculture se fier au Sénégal ?

Résiliente parce que plus durable, agro-écologique parce que plus proche du bio, si vous ajoutez toutes ces envies du moment, les grands projets d’irrigation de la vallée du fleuve Sénégal, pour assurer, ne serait-ce qu’une partie de la sécurité alimentaire, vous vous dites qu’on a presque tout tenté au Sénégal pour aller vers une agriculture plus performante sans parvenir encore à tous les résultats annoncés par les gouvernements successifs depuis les indépendances. Or, au même moment où le pays s’engage sur ces nouvelles voies, avec une principalement orientée vers une réforme foncière destinée à améliorer les performances agricoles, le constat est qu’à ce jour, on n’a pas encore sensiblement réduit les besoins des populations en céréales. Et, il se greffe à cette grosse difficulté, la lourde dépendance du pays aux marchés agricoles internationaux du lait et de certains produits de consommation de luxe. Malgré les discours, l’agriculture est encore un métier à réinventer, ici comme ailleurs, autour de toutes ses filières pour faire face, dans un avenir proche, à la montée de la démographie, lit-on dans sudonline.sn.

Changer la donne et nourrir tout le monde dans un pays comme le Sénégal ! Oui, les acteurs qui se battent autour d’une agriculture performante et propre, le souhaitent rapidement. Et, il semble que l’heure est bien arrivée de le faire. Mais, à quel prix, se demandent la plupart d’entre eux avec à leurs côtés, le monde actif de la recherche, de l’agronomie et du monde très varié de l’élevage. Dans ce fouillis des fois sans nom où les ressources ne vont pas souvent là où elles sont le plus attendues, la tentation est grande pourtant d’explorer de nouveaux horizons. Or, si améliorer la qualité des semences pour les variétés oléagineuses comme l’arachide est devenue une nécessité depuis de nombreuses années, les paysanneries qui ont manqué de bonnes graines cette année, et qui vont en manquer faute de récoltes porteuses et suffisantes se posent des questions. A quelques mois d’une campagne qui s’annonce, l’autre nécessité est d’introduire de nouvelles et bonnes graines pour les céréales comme le mil, le maïs, le sorgho. Cela risque d’être l’un des enjeux de taille de la saison des pluies qui va venir.

Alors que penser dans ce contexte de la solution tant discutée dans le monde et ici aussi au Sénégal, autour des organismes génétiquement modifiés. De meilleurs rendements à tous les coûts…L’agriculture sénégalaise pour être performante en a besoin. Faire ou ne pas faire, le débat est lancé ici depuis plusieurs années, mais dans une forme de discours ésotérique à l’intérieur duquel ne se retrouveraient que les « sachants », les organisations et certaines associations paysannes jusqu’à ce que sous une directive du président de la République, l’on se met à soulever la question au grand jour. Or, les Ogm sont bel et bien là. Et, l’Afrique en est devenue d’ailleurs dans toutes les régions, un terrain propice à leur promotion et leur émancipation. En bien ou en mal, le sujet doit et se devrait d’être d’actualité. Il l’est devenu partout. Ici au Sénégal comme ailleurs. Car, sur les cartes agricoles du monde et en particulier, sur le continent africain, certains pays comme le Botswana, le Malawi, ont atteint leurs objectifs de sécurité alimentaire en ne disant pas tout ce qui a été à la base de ces résultats. Quel a été le coût d’ailleurs ? Un peu partout dans la sous-région, (au Burkina, en Côte d’Ivoire, au Nigéria…) l’on est passé de la tentation vers ces Ogm à leur expérimentation dans ces mêmes systèmes. Pour des résultats bons et parfois mitigés çà et là. Les cas du Burkina Faso et du Mali sont là pour étayer les arguments de ceux qui sont contre.

Pour quelle agriculture se bât-on donc au Sénégal ? Et, à quand le développement rural dans le pays ? L’équation est à plusieurs inconnus. Et, derrière les discours pompeux et les images de télévisions, de nombreuses questions demeurent autant pour la recherche, les acteurs, les producteurs paysans et les filières. Entre les menaces sur les terres fertiles et la faiblesse des rendements notés surtout depuis plus d’une décennie malgré le retour des pluies, il semble qu’on peut nul doute évoquer d’autres problèmes comme la modestie de la modernisation des structures agricoles, ou encore l’envie constante d’introduire le Organismes génétiquement modifiés face à la mauvaise qualité des semences. Quand vous y ajouter l’attente d’eau suffisante dans certaines zones des campagnes, il semble que les bonnes solutions sont encore à inventer.

De fortes suspicions sur la qualité des semences : le casse-tête des rendements

Riz, maïs, mil, jusqu’aux productions spéculatives comme l’arachide et le coton, la véritable bataille pour la recherche est aujourd’hui d’arriver à faire augmenter les rendements agricoles par des semences à cycle court et en plus grande quantité à l’hectare. Pour dire que pour la campagne 2017-2018 qui s’annonce, les enjeux risquent d’être grands pour le gouvernement dans son obsession à réduire la dépendance alimentaire du pays aux marchés des céréales. Beaucoup plus d’ailleurs dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de la protection des richesses et réserves forestières dans leur globalité. Or produire en qualité et en quantité nécessite forcément des coûts élevés d’intrants, d’énergie et d’eau. De l’énergie et de la bonne terre là est aussi le combat. Et, il ne sert à rien à signer et adapter les accords de Paris sur les énergies nouvelles et renouvelables sur le continent, s’ils ne peuvent servir au décollage économique cher Wilfried Rostov et Cie. Mais, où devraient être les priorités dans cet ensemble complexe ? Les organismes génétiquement modifiés loin d’être la pire des découvertes, ne sont aujourd’hui qu’un des nombreux résultats de la recherche scientifique et de l’agronomie comme de la biologie. L’on vante chaque jour, les mérites de l’agriculture bio et l’agro-écologie, mais l’on ne mettra jamais également, les bons apports sur les rendements agricoles réalisés grâce aux apports des pesticides et de certains herbicides. Pour dire que tout n’est pas mauvais dans le chimique, qui est une des prouesses scientifiques et biotechnologiques que l’homme a mises sur pied pour permettre l’amélioration de ses systèmes de productions d’élevage et d’agriculture. Ne pas oublier encore qu’il y a des produits chimiques (pesticides, insecticides, fongicides) reconnus par la recherche comme des produits non toxiques et acceptés dans le traitement des insectes, des bactéries des fois nuisibles à une bonne agriculture et au maraîchage.

L’Afrique à l’image du Sénégal, à l’Est comme à l’Ouest, du Nord au Sud, comme de grands chercheurs dont la science aujourd’hui sert plus à faire prospérer d’autres régions du monde que le continent. Pour dire que les compétences sont là sans les moyens qui devraient aider à faire décoller le continent pour qu’on parle enfin d’émergence. Produire ce qui nous nourrit et se nourrir d’abord de ce qu’on produit, voilà l’immense défi qui hante le sommeil de tous les pays du continent au premier desquels, le Sénégal. Le Président Macky Sall, quelle que soient ses envies et sa volonté de faire du Sénégal un pays émergent devra résoudre ce problème du défi alimentaire. Il est vital. Les grands projets qu’il annonce chaque jour, jusqu’à l’aéroport, le train express régional (Ter), l’aéroport, ne sont que des moyens pour permettre le transfert des hommes, des biens et des marchandises dans le pays et en dehors. S’ils ne servent qu’à enraciner la dépendance alimentaire du pays à travers les importations, toutes ces infrastructures ne serviraient à rien. Le Sénégal est donc à un tournant : celui qui lui permettra d’aller de l’avant dans sa quête de sécurité alimentaire et dans l’amélioration des productions agricoles. L’arachide ne suffit plus à faire de notre agriculture un secteur de hautes performances, On le dit depuis plus de quarante ans. Il y s’ajoute d’autres segments de ce secteur bien plus lucratif et utiles comme l’agriculture dite de contre-saison, avec les primeurs, les légumes, les fruits dont l’Agence sénégalaise de promotion des exportations (Asepex) dirigée par le Docteur Malick Diop a été chargée de la promotion ici au Sénégal et dans le monde. L’objectif principal de ce projet est ainsi de répondre aux besoins des Pme sénégalaises œuvrant dans les exportations agricoles. L’enjeu est intéressant, mais demande que les producteurs et les exportateurs de ces produits de l’agriculture sénégalaise, soient mis dans des conditions de performances liées à la disponibilité, de bonnes terres, d’eau, d’énergies etc.

Fruits, légumes, produits de cueillette, élevage et embouche : où sont nos priorités ?

Entrer dans son siècle et faire une agriculture adaptée aux besoins du pays, voilà l’autre défi auquel les autorités peinent encore à trouver de bonnes solutions. Même fort de la présence d’un agronome éminent à la tête du ministère de l’Agriculture, au sein du Gouvernement, l’équipe autour du Macky Sall, peine à mettre en valeur tous les bienfaits de son secteur. L’élevage est dans l’attente d’une réforme foncière qui lui donne les moyens de pouvoir à la fois se moderniser sur place mais encore garder ses aires de reproduction, de transhumance et de nourriture. Le même secteur fait face à la boulimie foncière autour des grands projets, des villages et des villes. Tout à côté de l’élevage le secteur de la culture des fruits (orange, mangues, citron, banane, melons etc.) est dans la débrouille et la souffrance. Quand il y a une production d’abondance venant du sud de la Casamance, de l’est (Tambacounda et Kédougou), ou encore du centre ou du nord du pays, beaucoup des fruits (comme la banane, les agrumes, les mangues…) pourrissent dans le transport faute d’un marché structuré et organisé. Ces produits ne semblent pas entrer dans les options des gouvernements successifs jusqu’à ce dernier dans les objectifs de développement d’une agriculture mieux pensée et plus organisée sont un peu prononcées malgré les critiques. L’autre problème est que les marchés sont flottants et ne semblent pas pouvoir exister sur la durée.

Autres grands problèmes de cette agriculture, le manque de statut des terres de productions maraîchères dans les zones sèches comme à Mbour, dans les régions de Fatick, Diourbel et Kaolack ? Si les gens de la vallée du fleuve produisent du riz avec à côté des légumes et d’autres céréales comme le maïs, ils le doivent à l’irrigation et un bon partage des terres. Ce n’est pas le cas dans des zones proches de bassins de rétention, de rivières ou de petites voies. La situation est pire pour celles qui ne peuvent compter que sur un puits ou des pompes solaires ou à gasoil pour « mouiller » leurs productions maraîchères et/ou fruitières (légumes verts, mais encore citrons, mangues…) De sérieuses difficultés liées à la gouvernance foncière et le manque de reconnaissance ne cessent d’aggraver la situation à laquelle ces producteurs sont confrontés avec le risque de pouvoir perdre avec un lotissement politicien, leur seul moyen de survivre, la terre. Sur le futur pôle urbain de Diamniadio, nombre de paysans, des maraîchers mais aussi des agriculteurs ont déjà perdu leurs terres. Sur cette partie de la région parmi les plus fertiles du pays, la soif de construire une ville nouvelle, a pris le dessus sur le reste. La suite est bien dommage, même si au bout certains ont été dédommagés en tenant compte des espaces replantés en arbres et en légumes, mais aussi des investissements réalisés sur place pour la culture des légumes, des arbres fruitiers et encore pour l’élevage. Mais à quel prix ?

Les terroirs de production en souffrance : un monde de paradoxes

Parmi les plus grands défis de l’agriculture sénégalaise, un est sans doute le plus ténu : celui de la sauvegarde des terres de productions un peu partout dans le pays depuis les zones de productions des mangues, des oranges, de l’acajou, du riz, du maïs en Casamance, jusque dans les aires de pâturages et de fourrages du centre et du nord Ferlo. Tout un monde dans l’urgence, voilà qui caractérise à la fois la vie précaire des terres d’élevage comme Dolly et son vieux ranch et une bonne partie des zones maraîchères aux environs des Niayes, dans la langue de Barbarie et le Gandiolais vers Saint-Louis, mais encore sur tout le reste du pays où l’on peut trouver de l’eau et quelques bouts de terre pour faire des plants d’oignon, de tomate, de piment. Un des enjeux de la réforme foncière réclamée par le Président Sall et son gouvernement est au bout de cet effort et il qu’il faudra beaucoup de courage et d’ambition pour aller au bout dans le sens d’un développement réel des zones de production.

Terres arables, terres de maraîchage, terres de production fruitière, terres de pâturage,… Au Sénégal, à force de vouloir tirer l’économie vers le haut sous le prétexte qu’on y met de l’infrastructure, l’on oublie que les productions agricoles sont aussi des éléments essentiels pour relever le niveau de vie des gens et reste également un des rouages importants de l’économie. L’agriculture et les productions de la terre, la clé d’un mieux vivre sur toute la planète. Hier, dans le journal de nos confrères de France 2, un reportage sur les nouvelles tendances au réarmement dans le monde a fait l’objet d’une bonne analyse qui montrait qu’outre les Etats Unis, la Chine tout comme La France et la Grande Bretagne avaient fait le choix de renforcer leurs armes. L’investissement évoqué par nos confrères, signale la mobilisation de quelque 2000 milliards d’euros, l’équivalent de quelque 500 ans de prospérité agricoles dans le monde, si on avait mis cet argent dans le secteur de l’agriculture, de la terre, et de l’élevage. Enorme gâchis et la preuve de l’incrédulité humaine. Contre qui s’arme-t-on dans ces pays ? Le débat sur le climat qui mobilise tant d’énergie est nul doute bien loin ; et là, on est dans la preuve que ce n’est pas une priorité. Accord de paris, promesses de Marrakech, au moment même où au Nigéria, mais encore au Sud Soudan, en Somalie, dans une bonne partie de l’est du continent, la faim est de retour. La famine sur la bonne voie. L’argent qu’on mobilise pour les armes, sont finalement dans l’optique d’une guerre contre qui ? La faim ou les hommes ? Il semble qu’avec la montée de la guerre contre « l’islamisme » la gengraine est partout. L’on confond tout. Mais, quand même mettre 2000 milliards dans la conception et la fabrication de telles armes, même pour préparer la première et la seconde guerre mondiale, le monde n’a pas investi de telles sommes.

Où sont donc nos priorités. Nourrir le monde et les populations en plein boom démographique partout en Europe, en Asie, en Amérique, en Océanie et en Afrique, n’est-ce pas cela le défi. Enjeu vital parce qu’humanitaire. Enjeu de développement des terroirs, parce que source de vie pour tous.

One thought on “A quel type d’agriculture se fier au Sénégal ?

  1. La vulgarisation des pratiques de champs écoles d’ADC Ninnaba dans le village de Diébang, région de Kolda au Sénégal

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