Madeleine Diouf Sarr : « Le Sénégal vise un taux d’indépendance en énergie commerciale hors biomasse de 15 % d’ici à 2025 »

Le Sénégal projette un accès universel à l’électricité en 2025 : 100% de taux de couverture et raccordement d’au moins 90% des ménages ruraux avec comme objectif intermédiaire en fin 2017 : 60% en zone rurale et 95% en zone urbaine. C’est ce qu’a indiqué Mme Madeleine Diouf Sarr, responsable à la Division changement climatique dans un rapport intitulé Transition énergétique et le réchauffement climatique : rôle des entreprises à l’occasion de la Conférence de restitution en marge de la COP 22 organisée à Dakar par l’Observatoire des valeurs sociétales et éthiques des organisations (Ovseo).

S’exprimant sur la transition énergétique au Sénégal, Mme Sarr note que le « développement du mix énergétique » occupe une place de choix dans le Plan Sénégal émergeant (Pse). Il envisage également l’« élargissement de l’accès des populations aux services énergétiques modernes ; encourage la « promotion des modernes énergies renouvelables » ; la « promotion de la maîtrise de l’énergie et l’efficacité énergétique » et l’« approvisionnement en énergie en quantité, en qualité et au moindre coût ». Selon elle, l’ « accès universel à l’électricité en 2025 est envisagé : 100% de taux de couverture et raccordement d’au moins 90% des ménages ruraux avec un objectif intermédiaire en fin 2017 de 60% en zone rurale et 95% en zone urbaine ». Poursuivant ses speech, elle ajoute que le « taux d’indépendance en énergie commerciale hors biomasse sera de 15 % d’ici à 2025 contre 3% actuellement, grâce à l’apport des énergies renouvelables et des biocarburants. Atteindre 20% de la puissance installée en énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse) en 2017 (objectif intermédiaire) ». Ainsi, explique-t-elle, notre pays pourra faire une « économie d’énergie de l’ordre de 40% sur la demande électrique en 2020 (étude maîtrise de la demande électrique) avec comme objectif intermédiaire la normalisation, l’étiquetage et la labellisation des équipements énergétiques : projets de normes disponibles ».

A en croire notre interlocutrice qui s’exprimait sous le contrôle de Sény Nafo, le président du groupe des négociateurs africains à la COP22, des experts, de la société civile et des universitaires, le Programme national d’électrification rurale (Pner) incluant le Programme national d’urgence pour l’électrification rurale (Pnuer 2015-2017) a pour objectif d’assurer l’accès à l’électricité à 1 330 000 personnes supplémentaires en 2017. Renseignant que les énergies renouvelables injectées au réseau en 2025 est d’une puissance de 440 MW des différents sources (PV et éoliens) sachant que le taux de pénétration est de 30% et en 2030 une puissance de 550 MW des différents sources (PV et éoliens) pour un taux de pénétration de 30%. A ces mesures, s’ajoutent, selon elle, la promotion de la production privée d’électricité à partir des énergies renouvelables ; la finalisation du cadre législatif et réglementaire sur les énergies renouvelables (tarifs de rachat, fiscalité….) ; le renforcement du partenariat public-privé et la mise en place de lignes de financement pour les audits énergétiques dans l’industrie.

Concluant ses propos, Madeleine Diouf informe qu’il existe de nombreux outils à la disposition des entreprises qui permettent de réduire l’impact carbone des entreprises mais aussi qui permettent de mesurer les émissions de gaz à effet de serre à travers la détermination de l’empreinte carbone des entreprises.  A cela, il faut fixer un prix interne du carbone : donner un prix suffisamment élevé à la tonne de CO2 en interne permet d’influer de manière efficace sur les décisions stratégiques de l’entreprise. L’intégration du risque climatique dans la planification stratégique ; l’utilisation des énergies renouvelables et l’augmentation de l’efficacité énergétique doivent être de mise. Mettre en place un cadre juridique incitatif approprié permettant une meilleure participation du secteur privé tout en s’intéressant à la finance climatique.

Pour rappel, « l’impact des entreprises sur les émissions de gaz à effet de serre (Ges) est notoire : 90 multinationales seraient responsables des 2/3 des émissions de CO2 et de méthane entre 1854 et 2010, soit 914 milliards de tonnes équivalent CO2. » C’est ce qu’affirme une étude publiée en 2013 par la revue Climatic change intitulée « Tracing anthropogenic carbon dioxide and methane emissions to fossil fuel and cement producers, 1854–2010 ». Les entreprises seraient ainsi la première source d’émissions de gaz à effet de serre (Ges) dans le monde. En tête de ce classement, on retrouve les entreprises des secteurs du pétrole, du gaz, ou encore du ciment. Les entreprises, au même titre que les autres parties prenantes, ont un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le changement climatique. « Les entreprises ne sont pas des acteurs officiels des négociations, réservées aux seuls États ou Parties. Cependant elles y ont un statut d’« observateur », au même titre que les ONG, sous la bannière de Business and industry non-governmental organisations (Bingo) » a laissé entendre Mme Sarr. « Dans ce cadre, elles peuvent se coordonner pour faire valoir le point de vue du secteur privé et discuter de façon informelle avec les représentants de la Convention cadre des Nations unies sur le changement climatique (Ccnucc), ainsi que les représentants des autres groupes, États ou encore journalistes ». Ramenées en équivalent CO2, ces émissions se répartissent ainsi : 49% pour l’énergie, 37% pour l’agriculture, 12% pour les déchets et 2% au niveau des procédés industriels. Le total de ces émissions est de 16 890,92 Gg ; soit une émission de 1,8 tonne de CO2 par habitant (pour une population de 9 385 417 habitants), selon la 2éme communication nationale sur les changements climatiques.

Moctar FICOU / VivAfrik   

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