Dakar, 27 janvier 2026 — Dakar a accueilli l’ouverture de la réunion de haut niveau préparatoire à la Conférence des Nations Unies sur l’Eau 2026, coprésidée par le Sénégal et les Émirats arabes unis. Au cœur des échanges : un message politique sans détour — l’eau doit revenir au centre de l’agenda mondial, avec des engagements concrets et des financements nettement plus ambitieux.
Dans un contexte de crise climatique, de pressions démographiques et de fragilisation des ressources, les intervenants ont rappelé que l’eau ne relève pas seulement de l’infrastructure : c’est une question de dignité, de santé publique, de stabilité sociale et de paix.
L’eau, un enjeu de dignité… et de sécurité
Les prises de parole ont insisté sur la dimension “systémique” du sujet. Sans accès fiable à l’eau potable et à l’assainissement, les efforts en matière de santé, d’éducation, de productivité économique ou de cohésion sociale se heurtent rapidement à un mur.
Dans ce sens, les autorités sénégalaises ont défendu une vision claire : investir dans l’eau, c’est investir dans la résilience climatique et la prévention des crises, y compris celles qui alimentent les tensions et les conflits.
Des chiffres qui appellent une réponse mondiale
Les données rappelées lors de la rencontre traduisent l’ampleur du défi :
- 2,2 milliards de personnes n’ont pas accès à une eau potable sûre ;
- près de 3,5 milliards restent privées de services d’assainissement adéquats.
Pour l’Afrique, la situation demeure particulièrement préoccupante : environ 40 % de la population n’a pas accès à l’eau potable et plus de 70 % n’a pas de services d’assainissement de base. Un constat jugé moralement inacceptable par plusieurs intervenants, tant les conséquences se traduisent par des maladies hydriques, des pertes de productivité et une vulnérabilité accrue face aux chocs climatiques.
“Diplomatie de l’eau” : l’exemple de l’OMVS mis en avant
La réunion a également remis en lumière un levier souvent sous-estimé : la coopération transfrontalière autour des bassins partagés. Le Sénégal a souligné le rôle de la “diplomatie de l’eau” dans la stabilité régionale, en citant l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) comme exemple de gouvernance partagée au service du développement, de l’énergie et de l’agriculture.
L’idée défendue : l’eau peut devenir un espace de coopération et de prospérité — à condition de disposer de mécanismes communs, de règles claires et d’investissements soutenus.
Financement : “changer le récit” pour débloquer l’échelle
Autre point central : le financement. La rencontre a insisté sur la nécessité de “changer le récit” autour de l’eau : cesser de la traiter comme une dépense sociale secondaire et la reconnaître comme un investissement structurant, capable d’améliorer simultanément la santé, la croissance, la sécurité alimentaire et la résilience climatique.
Cette approche vise à accélérer la mobilisation de ressources publiques et privées, et à mieux articuler l’aide internationale, les banques de développement, les mécanismes innovants et les priorités nationales.
Droits humains et inclusion : placer les communautés au centre
Les discussions ont aussi rappelé que la crise de l’eau est une question de droits et de justice. Les intervenants ont mis en avant l’importance de la participation réelle des communautés, notamment des groupes souvent marginalisés, et la nécessité de protéger durablement les sources d’eau.
Cette dimension “inclusion” est apparue comme un point non négociable : les solutions techniques ne peuvent réussir sans ancrage social, gouvernance transparente et appropriation locale.
Prochaine étape : Abu Dhabi en décembre
La dynamique lancée à Dakar doit se poursuivre avec une séquence préparatoire annoncée du 2 au 4 décembre à Abu Dhabi, afin de consolider les contributions, affiner les priorités et renforcer les engagements avant la Conférence ONU sur l’Eau 2026.
Ce qu’il faut retenir
- Dakar veut repositionner l’eau comme pilier de la dignité, de la santé et de la stabilité.
- Les chiffres mondiaux et africains imposent un changement d’échelle rapide.
- La diplomatie de l’eau (ex. OMVS) est présentée comme un outil de paix et de développement.
- Le défi est aussi financier : il faut traiter l’eau comme un investissement stratégique.
- La réponse doit être inclusive, fondée sur les droits et la participation des communautés.


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