Le mythe de l’exploitation durable du bois s’est effondré dans le Bassin du Congo

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Une nouvelle étude scientifique démontre le besoin urgent de protéger les paysages forestiers intacts du Bassin du Congo, ainsi que les droits des communautés dépendant de la forêt et des communautés autochtones. À moins que, explique forets.greenpeace.fr, de nouvelles approches ne soient développées rapidement, ces paysages forestiers intacts, indispensables pour la régulation du climat, auront disparu d’ici la fin du siècle.

Les paysages forestiers intacts reculent très vite

La rivière Lukenie, République Démocratique du Congo. La croissance des activités d’exploitation forestière dans des zones comme celle-ci a un impact critique sur le climat, la biodiversité ainsi que des conséquences économiques et sociales lourdes pour les communautés locales. Cette nouvelle étude, publiée le 13 janvier 2017 par une équipe d’experts dirigée par le professeur Peter Potapov de l’Université du Maryland, révèle en effet qu’entre 2000 et 2013, l’exploitation forestière dite « sélective » a représenté 77% de la perte totale de paysages forestiers intacts (Ifl pour « Intact forest landscapes », en anglais) en Afrique. « Nous définissons un paysage forestier intact comme une mosaïque homogène de forêts et d’écosystèmes naturels sans arbres qui ne présentent aucun signe d’activité humaine ou de fragmentation de l’habitat et qui sont suffisamment importants pour maintenir toute la diversité biologique naturelle, ainsi que les populations viables des espèces à distribution étendue ». Alors que les Ifl restants ne représentent que 20% de la superficie des forêts tropicales dans le monde, ils représentent 40% du carbone terrestre total des forêts tropicales au-dessus du sol. Les grands espaces forestiers sont les plus grands réservoirs de carbone terrestre, une fonction qui est mise en danger par la conversion forestière (déforestation) et la dégradation. Les petites zones forestières, même vierges, ont moins de potentiel pour préserver les espèces à distribution étendue et ont une plus faible résilience aux perturbations naturelles et aux effets du changement climatique. Non seulement les Ifl abritent des millions de personnes dépendantes de la forêt, mais ils sont aussi des réservoirs uniques de biodiversité. Ils constituent également le plus grand stockage terrestre de carbone, et sont beaucoup plus résistants aux perturbations naturelles et aux effets des changements climatiques que les plus petites zones forestières. En une douzaine d’années, l’Afrique a vu disparaître 101 000 km2, soit 10%, de sa zone Ifl : une superficie supérieure à celle du Portugal. A plus de 90%, ce sont les forêts du Bassin du Congo, la seconde forêt tropicale du monde, qui sont concernées. Au rythme actuel, tous les pays du Bassin du Congo, sauf la RDC, verront disparaître l’ensemble leurs Ifl au cours des 60 prochaines années. Une véritable catastrophe écologique ! Les chercheurs ont par ailleurs découvert que la certification de concessions par le Forest Stewardship Council (Fsc) 2) dans le Bassin du Congo n’avait qu’un impact « négligeable » sur le ralentissement de la fragmentation des Ifl 3). Pire : « le rythme de la fragmentation des Ifl en Afrique centrale causée par l’exploitation forestière sélective est plus rapide dans les concessions Fsc qu’en dehors ».

Une certification pour l’instant inefficace en Afrique

En effet, l’étude conclut que dans les concessions Fsc, « la réduction de la superficie des Ifl est plus importante que dans les concessions non certifiées ». Ainsi, le Cameroun a perdu 84,5% de ses Ifl au sein de concessions Fsc entre 2000 et 2013. Pour illustrer leurs résultats, les chercheurs ont notamment cartographié la concession de l’Industrie forestière de Ouesso (Ifo). Propriété de Danzer Holding (dont le siège est basé en Autriche) et longtemps promue par le Fsc comme son projet phare en Afrique, cette concession a considérablement érodé les Ifl présents dans son périmètre d’activités. Le réseau routier forestier massif d’Ifo a par exemple favorisé de nouvelles exploitations agricoles ainsi qu’une expansion de l’exploitation forestière, et la multiplication inquiétante des feux de forêts. Par exemple, en 2016, « l’un des plus grands incendies de forêts jamais observés dans les forêts tropicales d’Afrique centrale », selon la Global Land Analysis and Discovery team de l’Université du Maryland, a eu lieu dans cette zone.

Or de nombreux pays du Bassin du Congo, soutenus par les bailleurs de fonds internationaux, comme ceux regroupés dans l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (Cafi)– dont la France– s’appuient sur le concept de gestion durable des forêts comme un pilier essentiel de leurs stratégies d’atténuation du carbone et de protection des forêts. Certes, en 2014, l’assemblée générale du Fsc a adopté une motion afin de préserver le caractère intact de la « vaste majorité » (80%) des Ifl au sein des concessions (complétée par une note de mise en œuvre début 2017). Mais les résultats de cette étude suggèrent que ces gouvernements et donateurs doivent revoir leur approche et investir plutôt dans la création de zones protégées afin de sauvegarder les forêts qui persistent. 

Ci-dessus, une carte illustrant les différentes étapes de la déforestation dans cette zone d’Ifl. On  observe notamment sur cette carte que la dégradation des premiers Ifl commence avec la construction d’infrastructures routières.

Moctar FICOU / VivAfrik

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