LE SENEGAL FACE A L’EQUATION DU « TERRORISME FORESTIER » : Pourquoi pas la solution diplomatique ?

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Malgré les nombreux efforts déployés par l’Etat du Sénégal pour préserver ses ressources naturelles, la forêt continue de faire l’objet d’une exploitation abusive dans les régions du sud, notamment à la frontière avec la Gambie. Dans le département de Médina Yoro Foula tout comme à Bounkiling dans la région de Sédhiou les peuplements forestiers sont décimés à un rythme inquiétant avec parfois des attentats perpétrés contre les protecteurs de l’environnement et autres membres des comités de vigilance qui malgré leurs moyens limités, organisent la résistance pour sauver ce qui peut l’être.

Et dans ce combat contre ces ennemis de la nature, la région de Kolda semble payer le plus lourd tribut. En effet, en plus des milliers d’arbres abattus, appartenant parfois à des espèces protégées, des hommes ont aussi payé de leur sang pour avoir seulement voulu défendre leur environnement. Dans ce sillage, on se rappelle de la mort tragique du chef de village de PK 12 dans le département de Vélingara qui a été froidement assassiné le 26 juin 2015, en pleine forêt. A cela, s’ajoute les Agents d’assistance à la Sécurité de Proximité agressés et blessés dans le département de Médina Yoro Foula par des trafiquants de bois, armés jusqu’aux dents. Cette agression avait provoqué un choc au point que les soldats de l’environnement, par la voix de l’inspecteur régional des Eaux et Forêts de Kolda, avaient fait un plaidoyer fort afin que les « bérets verts » soient dotés d’armes pour se défendre. Et demain, à qui le tour ?

En tout cas, les victimes continuent de se compter en vies humaines et en troncs d’arbres. Ce que fait dire à de nombreux observateurs de ce phénomène que le Sénégal fait face à « un terrorisme forestier » et peine véritablement à trouver la solution face à ce carnage qui est en train de conduire, peu à peu, le pays de la Téranga vers une « sahélisation généralisée» et une désertification aux conséquences dangereuses. Et la question qui hante le sommeil des sénégalais aujourd’hui : « Quelle solution ?»

Forces et faiblesses de la stratégie de guerre utilisée !

C’est vrai que dans ce combat, le pays de la Téranga a déjà utilisé de nombreuses flèches qu’il comptait dans son arc au point de se demander s’il n’a pas épuisé sa batterie de solutions puisque ce « terrorisme forestier » reste encore actuel et continue de faire mal. En jetant un regard dans le rétroviseur, le Sénégal a mené des campagnes de sensibilisation avec un événement phare organisé dans ce sillage : la journée de la foresterie organisée à Kolda. Une journée qui a été un moment fort de plaidoyer en faveur de la nécessité de protéger l’environnement. Le CRD sur la coupe illicite de bois coprésidé par le ministre de l’environnement et son homologue des forces armées a été suivi par des patrouilles conjointes organisées par une forte coalition composée de forces de défense et de sécurité. Les résultats sur le terrain ont été encourageants avec des saisies importantes, notamment le long de la frontière avec la Gambie, plaque tournante du trafic de l’ « or vert ». A cela s’ajoute le travail important effectué par la justice qui a beaucoup sévi avec à la clé des pilleurs condamnés, surtout dans la région de Kolda. Malgré tout, ces « terroristes de l’environnement » n’ont pas dit leur dernier mot.

La solution diplomatique s’impose…

Compte tenu du fait que les tirs groupés en provenance des différents acteurs de la lutte contre ces malfrats ne sont pas parvenus à venir à bout de ce carnage, il urge donc de changer de fusil d’épaule. De plus en plus, des protecteurs de l’environnement haussent le ton pour recommander la pédale douce. Celle-ci consiste à   jouer à fond la carte diplomatique. Déjà, cette solution a été esquissée par certains acteurs locaux lors du CRD cité plus haut. Cependant, elle a été fortement conseillée par le responsable régionale de la fédération des écologistes de Kolda. Hamidou Diallo, dans une lettre ouverte rendue publique au mois d’août dernier, a invité le Sénégal, je le cite : « Il est nécessaire de déléguer une mission diplomatique ‘’militarisée’’ près de l’Excellence Cheikh Alhadji Doctor President Yahya AJJ Jammeh Nasirul Deen Babili Mansa, afin de lui faire comprendre amicalement, que le Sénégal tient, non seulement  à une coexistence pacifique et à l’amitié des peuples, mais aussi fermement, que nous n’accepterons plus qu’un état étranger commande à partir du port de Banjul un produit forestier que la Gambie n’est pas en mesure de produire sur son territoire », Fin de citation. Pour l’heure, difficile de dire si cet appel des écologistes a eu des échos favorables au niveau des plus hautes autorités du pays. Dans tous les cas, pour les camarades El Ali Haidar, « La solution diplomatique s’impose et elle doit être aussi couplée à la lutte contre la pauvreté et le chômage », ceci à travers le processus d’accélération de mise en place des domaines agricoles communautaires dans les zones riveraines des massifs forestiers afin de favoriser la reconversion professionnelle des coupeurs de bois en agriculteurs.

Ismaila Mansaly / vivafrik

 

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