Solidarités international émet des craintes sur la qualité d’eau bue par 50% de la population mondiale

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Selon un document de l’association humanitaire, Solidarités international, près de 50% de la population mondiale « boit chaque jour de l’eau dangereuse ou de qualité douteuse. Qu’en sera-t-il dans les prochaines décennies marquées par le stress hydrique que va provoquer le réchauffement climatique ? s’interroge humanite.fr et parcourue par vivafrik.com.

Ce 22 mars est donc la journée mondiale de l’eau. Sauf que l’on peut se demander à quoi servent au fil des ans ces journées mondiales attribuées à tant de nobles causes, dont la raison d’être est oubliée dès le lendemain. Il en va ainsi des journées contre la misère et de beaucoup d’autres. Pour ce 22 mars, le dossier publié par l’association humanitaire Solidarités international sur les enjeux liés à l’eau véhicule bien des contradictions. Certes, il nous rappelle fort justement que près de 50% de la population mondiale « boit chaque jour de l’eau dangereuse ou de qualité douteuse », que « 1,8 milliard de personnes utilisent des points d’eau contaminés par des matières fécales », que « 2,4 milliards de personnes (soit un humain sur trois) manquent d’un assainissement adéquat » et que « 4,2 milliards de personnes ont été affectées par les sécheresses, les inondations et les tempêtes depuis 1992».

350 000 litres pour fabriquer une tonne de sucre

Le document nous dit aussi que la consommation journalière d’eau d’une personne en Afrique subsaharienne est de 15 litres et met en parallèle quelques 1 000 litres nécessaires pour fabriquer un kilo de pain, 15 000 litres consommés pour produire un kilo de bœuf et 350 000 litres pour fabriquer une tonne de sucre. Ce qui tendrait à suggérer que nous privons d’eau ceux qui n’en n’ont pas assez en mangeant du pain et de la viande et en mettant du sucre dans le café. Sauf que les choses ne sont pas aussi simples. L’eau absorbée par le blé qui pousse en plaine et par l’herbe ou autres plantes comme la canne à sucre est souvent une eau de pluie qui n’est enlevée par personne là où elle tombe. Il serait même idiot de ne pas l’utiliser pour produire de la nourriture. Qui plus est, avec le réchauffement climatique, stocker une plus grande partie de l’eau de pluie dans quelques barrages bien dimensionnée n’aura rien d’une aberration dans les prochaines décennies. Ce sera même une nécessité sous bien des latitudes si on veut nourrir une population mondiale de 9 milliards d’individus. Mais ce sujet n’est pas abordé par Solidarités international.

Une agriculture moins gourmande en eau

Son dossier de presse nous dit aussi qu’après l’accord de Paris sur le climat, l’eau « rentre pleinement dans la mise en œuvre de cet accord au Maroc en juillet et en novembre de cette année » pour « l’évènement eau et climat » en juillet et la Cop 22 à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016. Le fondateur de Solidarités international, Brice Lalonde, coordonnateur exécutif de la conférence des Nations unies sur le développement durable affirme qu’il « faut à la fois éviter que les zones rurales se dépeuplent et, d’une manière ou d’une autre, soulager la misère urbaine. Il faut aussi que l’agriculture soit moins gourmande en eau. Il y a évidemment des endroits où cela est plus difficile que dans d’autres, notamment dans la diagonale de la soif, de Gibraltar au Nord-est de la Chine. Le rôle des acteurs de l’eau sera donc de faire pression pour la mise en place d’une stratégie. C’est cela l’objectif des grands acteurs : comment fait-on pour mettre en œuvre les Objectifs mondiaux de développement (Odd) ? Et pour cela il y a un allié de poids, l’Europe avec ses 28 Etats membres qui est le premier donateur du monde», dit Lalonde. Cela reste à confirmer. En attendant, cette Europe a signé en 2013 avec la Maroc un accord de libre échange qui fait croître de manière exponentielle l’usage pour irrigation du peu d’eau dont dispose le Maroc dans ses rivières, ses lacs et surtout ses nappes phréatiques. Cette eau sert à faire pousser les cultures de tomates, de concombres, de poivrons, de melons autres légumes que ce pays exporte désormais en Europe. Ce qui va réduire l’eau disponible pour les marocains à très court terme. Mais, en dépit de son importante fonction, Brice Lalonde est trop éloigné des réalités du terrain pour s’en être rendu compte à ce jour. Le Maroc risque ainsi de connaître prochainement la même situation que l’Etat d’Israël aujourd’hui : un recours massif au dessalement de l’eau de mer qui multiplie par dix le prix de revient de l’eau du robinet en plus d’être très énergivore, donc émetteur de gaz à effet de serre, sans même parler de la saumure dont on ne sait que faire.

Construire des barrages

Dans un monde marqué par le réchauffement climatique vecteur d’évaporation accélérée de l’eau de pluie, de baisse du niveau global des nappes phréatiques dans de nombreuses régions du monde, d’alternances de sécheresses prolongées et de pluies porteuses d’inondations dévastatrices, la bonne gestion de l’eau sera vitale durant ce XXIème siècle et après. Dans un pays comme la France bien pourvu en cours d’eau nous courons néanmoins un double risque. Celui de voir alterner les dégâts causés par la sécheresse et par les inondations. D’autant qu’il tombera moins de neige sur nos montagnes en hiver et qu’elle fondra plus tôt dès le printemps. Les postures de refus systématique de construction de quelques barrages -pour lesquels ont peut trouver des sites appropriées dans bon nombre de vallées encaissées aux prairies déjà abandonnées- seront demain en totale contradiction avec la nécessité d’assurer la nourriture et l’eau pour la population. Que cela nous plaise ou non, stocker de l’eau sera de plus en plus indispensable au XXIème siècle. Cela ne doit pas déboucher sur une fuite en avant dans l’irrigation des cultures d’exportation qu’il s’agisse de céréales, d’oléagineux, de betteraves sucrières ou de pommes de terre. La gestion durable des terres agricoles est d’ailleurs incompatible avec des pratiques d’irrigation permanentes qui débouchent très vite sur une salinisation des sols. Cette gestion prévisionnelle de l’eau ne doit pas nous empêcher de sensibiliser tout un chacun aux économies d’eau. Il reste encore du travail sur ce sujet dans une population française qui, tous usages confondus, consomme 200 litres d’eau par jour et par habitant en moyenne. Mais, selon Solidarités international le chiffre moyen donné par nos concitoyens pour répondre à cette question est de 51 litres, 25% des personnes interrogées pensant même que nous consommons 10 litres d’eau par jour.

Moctar FICOU / VivAfrik

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