Des fermes verticales pour pallier le déficit des terres cultivables en Ouganda

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Comme beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne, l’Ouganda n’échappe pas à la pénurie des terres cultivables. Pour y faire face, des bénévoles sensibilisent les agriculteurs à cultiver non pas à terre… mais à la verticale, dans les airs, grâce à des fermes biologiques.

Entre 2005 et 2010, l’Ouganda a perdu 8 000 kilomètres carrés de surface agricole. En cause notamment, les sécheresses et l’érosion des sols en raison de cultures intensives. Les petites exploitations vivrières ont de fait de plus en plus de mal à survivre. Cela pose d’autant plus le problème que l’agriculture représente un cinquième de la richesse produite par le pays, alors que 80 % des exploitations restent des fermes de petite taille selon les rapports de la Banque mondiale. S’il n’y a plus d’espace disponible au sol, alors pourquoi ne pas faire pousser ses plantations dans les airs ? L’idée a été lancée par des bénévoles de l’ONG Ideas for Uganda qui ont fait le pari d’importer les fermes verticales artisanales (« Vertical and micro-gardening » (Vmg) en anglais) dans les zones sub-urbaines d’Ouganda où l’accès à la propriété est souvent difficile.

Comment ça marche ?

Ces fermes individuelles sont construites en bois, avec une chambre centrale de lombricompostage où se trouvent des vers de terre. Ces derniers permettent de transformer les déchets organiques, qu’ils ingurgitent, en engrais naturel, lorsqu’ils les rejettent. Du coup, le rejet de méthane dans l’atmosphère est moindre. Par ailleurs, des bouteilles d’eau disposées au-dessus des fermes permettent de récupérer l’eau de pluie ou d’alimenter les cultures en eau. Et des tuyaux permettent de filtrer l’eau et d’opter pour une irrigation continue ou choisie des plants.
Les fermes verticales permettent de « cultiver dans les airs » grâce à des boîtes en bois prenant moins d’un mètre carré d’espace. Résultat : ces avancées font qu’il est possible, sur un espace d’un mètre carré seulement, de cultiver l’équivalent de trois mètres carrés au sol, soit environ une centaine de plants (des tests ont été faits avec des tomates et des concombres) selon les concepteurs du projet. L’utilisation de ce type de ferme réduit également de 70% l’utilisation d’eau, selon les rapports de l’université Colombia aux États-Unis.

Le projet est actuellement en place dans 15 fermes d’Ouganda dans les districts de Kampala, Wakiso et Mityana. Notre observateur espère qu’il pourra, dans les cinq années à venir, profiter à 360 fermes dans tout l’Ouganda, voire à d’autres pays voisins. Le projet est pour l’instant en place dans trois districts, visibles sur la carte, et aide une quinzaines de fermes. Il a vocation d’ici à cinq ans à aider environ 360 petites exploitations. « Les agriculteurs peuvent produire quatre fois plus, avec des méthodes plus respectueuses de l’environnement » dira Paul Matovu, un bénévole membre de l’ONG Ideas for Uganda à l’origine du projet, branche de l’ONG internationale « Intellectual decisions on environmental awareness and solutions » (), basée (Ideas) aux États-Unis, qui finance l’ensemble des installations de ces fermes en Ouganda.

L’agriculture est la colonne vertébrale de l’économie ougandaise : dès que les gens sont indépendants à ce niveau-là, en mesure de développer leur propre petite entreprise, ils peuvent nourrir leur famille et améliorer leur niveau de vie. Or il y a un paradoxe : seulement 39 % des Ougandais possèdent un terrain où ils peuvent cultiver, car beaucoup sont détenus par de grandes entreprises agricoles. C’est aussi essentiel car environ un quart des petits agriculteurs sont des femmes au foyer. Elles ont besoin de pouvoir pour avoir des petites exploitations à domicile pour ensuite vendre leur production sur les marchés et être indépendantes économiquement.

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