Le numérique et la COP22 sont-ils sociables ?

0

S’il faut parfois être prudent par rapport au « solutionisme » technologique, il n’en faut pas moins être conscient que les paradigmes classiques du développement économique et environnemental sont largement à revisiter par le numérique, alertent Gilles Babinet et Stéphan-Eloïse Gras, co-fondateur de Africa4tech dans les colonnes de latribune.fr. On peut ainsi jouer à se faire peur : selon la présidente de l’UNCCD, une agence de l’ONU en charge de reforestation, « Depuis 2011, 100% des réfugiés politiques […] sont en réalité des réfugiés climatiques ».

Une pression hydrique source de conflits armés

Le CO2, c’est désormais environ 400 ppm (parties par million) dans l’atmosphère et sa progression n’est, malgré le volontarisme affiché lors de la COP21 et souhaitons-le, de la COP22, pas près de se stabiliser. Au train où vont les choses, le réchauffement climatique pourrait être rapidement bien supérieur à 2°C – elle est déjà de 1,3°. Or, les écosystèmes de la bande sahélienne sont déjà largement fragilisés. Si la température montait encore, ce seraient les 100 millions d’êtres humains qui la peuplent qui pourraient être dans l’obligation de se déplacer pour survivre. Au-delà de l’évidente solidarité humaine qui nous commande d’aider ces populations, écrivent-ils, il y va de notre sécurité et de l’initiation d’une politique de stabilité migratoire que nous n’avons pas encore eu l’audace d’entreprendre.Que faire face à ce qui en apparence semble inéluctable ? Et quel mode d’action lorsque l’on sait que les politiques d’aide au développement sont peu efficaces, car souvent dévoyées ou confiées à des opérateurs aux capacités de gouvernance limitées et inadaptées à l’urgence et aux réalités du terrain?

Il est nécessaire de comprendre que les populations sahéliennes, et plus généralement les populations africaines dépendent largement des conditions climatiques pour se nourrir. Si l’Afrique n’est pas autosuffisante sur le plan agricole, ce n’en est pour autant pas moins de 40% à 80% de ses actifs qui sont employés dans ce secteur. Augmenter la productivité agricole, et surtout localiser les efforts dans les zones où le risque de stress alimentaire est le plus important, est donc un impératif. Dans le Sahel, nombreuses sont les tentatives pour essayer d’accroitre l’efficacité agricole. Très souvent, ces tentatives se heurtent à des enjeux de passage à l’échelle. Ce qui marche dans un domaine ne fonctionne plus lorsque l’on cherche à l’étendre au territoire voisin, où les pratiques agricoles, la biochimie du sol ne sont plus les mêmes. Et plus souvent encore, ce sont avant tout les moyens pour assurer une transmission efficace des savoirs qui manquent.

Le numérique moteur économique ?

S’il faut parfois être prudent par rapport au « solutionisme » technologique tel qu’il s’exprime parfois dans la Silicon Valley – la technologie va sauver le monde et nous rendre tous heureux -, il n’en faut pas moins être conscient que les paradigmes classiques du développement sont largement à revisiter. À l’aune de cette fameuse révolution numérique, ce qui était factuellement impossible le devient pour trois raisons : la capacité de diffuser des techniques et de développer des savoirs contextuels grâce au digital. En Ouganda, la productivité agricole a ainsi cru de 40% en huit ans, principalement grâce à des apps sur mobile qui diffusent météo, bonnes pratiques et prix des matières premières aux agriculteurs. La capacité de diffuser les techniques à coût marginal n’est pas en reste. Une simple pompe agricole est souvent un investissement hors de portée pour un agriculteur. Demain, avec la possibilité « d’imprimer » ce type d’appareil en partant de fichiers open source, il sera possible d’abaisser très sensiblement le coût de tels produits. Ainsi, après la barrière de la diffusion des savoirs, ce sera au tour de la barrière technologique de tomber. Des capteurs biochimiques, des pièces de tracteurs (ou drones) seront accessibles localement à condition de passer à l’échelle. Enfin, la possibilité de fédérer les acteurs. Car, quiconque va à la rencontre du monde agricole africain constate la grande difficulté que ceux-ci ont à agir de concert. Les plateformes numériques devraient permettre de faciliter les dynamiques de coopératives, ou encore la mise en place de systèmes de crowdfunding, indispensables pour acheter certains équipements et substances agricoles de base.

Laisser un commentaire