Un casse-tête né de l’interdiction des sachets plastiques au Congo

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Halte aux « Niaou » ! Depuis l’interdiction des sachets, le conditionnement de certains produits demeure un casse-tête. Bien d’alternatives sont prises, annonçant ainsi une guerre « intelligente » causée par le manque d’alternatives concluantes pour certains commerçants ambulants.

Si l’on se fie à adiac-congo.com, de nombreux pays interdisent désormais les conditionnements non biodégradables. Entre les sociétés proposant des alternatives, la compétition est lancée. Des sociétés françaises acheminent vers le continent 1800 tonnes d’emballages alimentaires par an, pour un chiffre d’affaires de 4 millions d’euros. Plus qu’une tendance, l’Afrique se lance dans la chasse aux emballages non biodégradables, véritable fléau dont les sacs en plastique échoués sur tout le continent sont devenus un symbole encombrant. L’interdiction de la production et de l’importation des emballages en plastique a donc des motivations économiques tant qu’écologiques. Solide, étanche, sans danger pour la santé lorsqu’il est traité pour le contact alimentaire, le plastique possède des propriétés qui en font un matériau difficilement remplaçable, notamment dans l’industrie agroalimentaire. Face à la pollution, les sacs biodégradables ou oxo-biodégradables, en papier, en tissus, sont là des alternatives aux sacs non dégradables.

Seuls hic : son prix. Environ 75 % de plus qu’un sac classique. Le prix ne joue donc pas en faveur des bioplastiques. Il y a cinq ans environ, un sac plastique fin revenait à 25 Fcfa, aujourd’hui un sac biodégradable coûte 100 Fcfa voire 150 à 250 Fcfa. En conséquence, cette mesure ne favorise qu’une catégorie de commerçants et de consommateurs. Alors qu’en est-il des petits commerçants exerçant dans l’informel ? Comme nous le savons tous, ce secteur est le plus dynamique au Congo. Pour ne pas être en déphasage avec la loi, bien de commerçants trouvent des alternatives pour combler ce vide. Les vendeurs de farine de manioc, de chips (fait maison), pop-corn et autres, utilisent généralement des papiers de journaux ; des pots en plastique, en papier, en aluminium, et autres pour emballer leurs produits. Mais de l’autre côté, naît un phénomène dit « Niaou » ou « Bord ezanga kombo ». Bien que la production, l’importation, la commercialisation et l’utilisation des sacs et des films en plastique soient interdite, un marché noir voit le jour au mépris de la loi. Pour cause : aucune alternative concluante pour les commerçants ambulants, surtout ceux vendant des produits en liquide à l’instar du bissap, du jus de fruits, du ski, de l’eau glacée et autres. Pourtant voué à l’interdit, le sachet continue, pour de tierces raisons, à être commercialisé sous les manteaux au risque d’une amende et de peines d’emprisonnement. Pour arrêter l’hémorragie d’un marché favorisant la spoliation de l’environnement, il faut donc accélérer l’émergence d’alternatives compostables et biosourcées. Ainsi, face à la perspective d’une perte de marché, les industriels de la plasturgie se doivent de produire des emballages plus épais, tout en étant plus petits, pour conditionner des jus de fruits, yaourt (local), eau glacée et autres liquides. Ainsi, pour mettre fin à cette guerre « intelligente », qui s’annonce sous une forme pacifique, il est plus que temps d’ouvrir un marché parallèle pour ces petits commerçants, à l’instar de celui des emballages biodégradables, lavables, durables, réutilisables et récupérables en fin de vie ; qui du reste demeurent insuffisants au regard des activités de packaging de plus en plus importantes dans le commerce informel.

Les multiples difficultés pour la collecte, le transfert et l’élimination des déchets ont des impacts tant environnementaux, que sanitaires. L’incinération des déchets plastiques dont la matière première est d’origine fossile, émet du dioxyde de carbone, ce qui accentue le réchauffement climatique. Même si les défenseurs de l’environnement pensent que l’interdiction des sacs en plastique n’est qu’une partie immergée de l’iceberg, face à l’immense quantité de déchets ; des alternatives sont plus importantes à l’heure où l’écosystème se dégrade peu à peu par simple inattention. La valeur environnementale de création d’une alternative solide aux emballages en plastiques est donc de mise.

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