Quelle attitude des entreprises marocaines face aux changements climatiques ?

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La rencontre organisée par l’ambassadeur Aziz Mekouar le 15 décembre dernier sur la question de la COP22 a été l’occasion pour lui de faire le point sur les actions de la présidence marocaine ainsi que sur les actions qui restaient encore à mener. Si le diplomate est resté dans son rôle de défenseur convaincu de la dynamique environnementale ainsi que des bénéfices certains des différentes COP, il a toutefois émis un doute concernant les capacités du secteur privé à faire face à l’adaptation climatique. Ses propos, dans les colonnes de huffpostmaghreb.com, selon lesquels il serait plus facile de convaincre une entreprise d’investir dans les énergies renouvelables que dans d’autres domaines nous ont interpellés car il touche directement notre thème de prédilection, la corporate sustainability et surtout son opérationnalisation au Maroc.

Mais qu’en est-t-il au Maroc? Comment est perçue l’adaptation climatique dans le royaume et y a-t-il des entreprises qui s’y mettent déjà? Après l’organisation de la COP22, le choix du Maroc n’est plus à justifier mais celui d’Agadir l’est certainement. Agadir, et plus largement la région Souss-Massa Drâa, c’est d’abord l’une des 4 zones qui ont été choisies au niveau mondial pour l’implémentation du projet de la GIZ (coopération allemande) dédié à l’adaptation du secteur privé à travers la formation des conseillers en gestion des risques et d’opportunités climatiques pour appuyer les PME dans leurs efforts d’adaptation. Agadir, c’est aussi une zone dont les trois poumons économiques (agriculture-tourisme-pêche) sont directement touchés par le changement climatique. Ainsi, au niveau du tourisme, les observateurs notent une modification des saisons touristiques en raison des changements climatiques et au niveau de la pêche maritime, la migration des ressources halieutiques vers le sud a eu des effets néfastes. Le secteur agricole est particulièrement concerné par cette question, non seulement parce qu’il est un grand émetteur de gaz à effet de serre au niveau national (58%) mais aussi et surtout parce que la région est soumise à un stress hydrique intense (avec un bilan régional estimé à 58 millions de m3 par an) qui l’oblige à recourir à des solutions technologiques novatrices.

Dès lors, la mobilisation des élus, des institutions et des organisations locales (à travers notamment la mise en place d’un plan d’adaptation de la région au changement climatique PRCT et l’organisation de conférences de sensibilisation à l’attention des entreprises) se comprend aisément et il est tout à fait légitime de chercher à comprendre comment les entreprises de la région perçoivent cette question. C’est ce que nous avons fait en allant à la rencontre de la section CGEM Agadir il y a quelques mois. C’est donc le 1er septembre dernier que nous avons rencontré M. Mehdi Berrada et M. Abdou Hajfani, deux représentants de la commission environnement de la CGEM-Agadir, pour nous entretenir sur la vision actuelle de l’adaptation au changement climatique des entreprises de la région. D’emblée, les deux entrepreneurs, qui sont eux-mêmes dans le domaine du green business, ont insisté sur l’importance qu’accorde la CGEM à l’adaptation en exposant toute la stratégie composée de séances d’informations, d’ateliers de sensibilisation ou encore d’activités d’orientations des entreprises vers des sources fiables. Ils ont également expliqué que les exigences des donneurs d’ordre étrangers sont pour le moment le principal moteur de l’adaptation climatique des entreprises. Cette adaptation reste pour l’heure assez limitée puisqu’elle se traduit principalement par la mise en place des normes ISO 14001 et qu’elle ne touche qu’un petit nombre d’entreprises. A défaut d’études précises sur le sujet, cette situation peut s’expliquer par le manque d’incitations locales (il n’existe par exemple aucune demande publique verte pour motiver les entreprises à s’adapter) et bien sûr par un certain manque de contrôle dans la mise en place et dans l’application des lois. Et sur le terrain, ces lacunes se traduisent par un désintérêt de la plupart des entrepreneurs pour la question de l’adaptation au changement climatique : d’aucuns parleraient de résistance au changement mais nous préférons plutôt évoquer la méconnaissance du concept et donc de toutes les opportunités qu’il peut receler.

Il y a toutefois une note d’espoir puisque la campagne Zéro Mika a obligé certains entrepreneurs à accorder une plus grande importance aux opportunités que peuvent receler l’adaptation au changement climatique. Il reste donc à espérer que d’autres initiatives de ce genre soient lancées pour enfin permettre l’éclosion de moteurs nationaux pour l’adaptation des entreprises au changement climatique. Il en va de la survie de la planète mais également de leur rentabilité future.

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