La qualité de la vanille de Madagascar s’étiole de plus en plus

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Environ 80 % de la vanille produite dans le monde provient de la Grande Ile. Depuis deux ans, les cours s’envolent, et la qualité s’étiole, a-t-on appris dans les colonnes du quotidien lemonde.fr.

Quand on demande à Cécile Zafy si ses affaires tournent bien, elle joint les mains contre sa poitrine et rit aux éclats. « En deux ans, j’ai fait construire une nouvelle maison en bois et suis en train d’en bâtir une autre avec un sol en béton, s’émerveille-t-elle. J’ai aussi acheté une moto, une sono et on varie les repas quasiment tous les jours à la maison. J’ai jamais été aussi heureuse… » Agée de 56 ans, Cécile Zafy cultive de la vanille dans la Sava, une région qui produit 85 % de la vanille malgache, depuis 1984. Dans son village de Tsaratanana, situé à une trentaine de kilomètres au nord de la ville de Sambava, elle n’est pas la seule à se frotter les mains : la plupart des Mobylettes sont neuves, les immortelles 4L sont impeccables et dans la rue principale, la première maison à étages est en construction. Si l’argent circule dans la bien nommée Sava, c’est parce que 80 % de la vanille mondiale vient de Madagascar, qui devrait en exporter environ 2 000 tonnes cette année, contre 1 500 en 2015. Sur les pistes cabossées de cette jolie région du nord-est de la Grande Ile, on se surprend à fermer les yeux pour respirer l’air à pleins poumons et s’enivrer des arômes qui se mélangent. Parfois associée à des plants de café ou d’ananas, la vanille est ici partout. Et chaque gousse vaut désormais de l’or.

Depuis deux ans, les cours de la vanille ont explosé, passant de 65 euros le kilo en 2014 à 205 euros en 2015. Sur le marché international, il se négocie maintenant autour de 400 euros. Pour beaucoup, cette bulle spéculative est une aberration. « Le marché est tendu et déconnecté de la réalité, explique Benoît Leroy, directeur du site d’achat et de préparation de vanille de la ville d’Antalaha pour la coentreprise Givaudan-Henri Fraise Fils. Cette hausse impacte aussi le prix du pain, des poissons, des tomates… Ce n’est pas une bonne chose pour la plupart des populations de Madagascar. » La vanille, avec ses 150 molécules aromatiques, est devenue une épice précieuse, la plus chère du monde après le safran. Pour obtenir son arôme si doux qui renvoie aux premières sensations de l’enfance, il faut un savoir-faire, de la précision et du temps. La vanille est une orchidée, la seule comestible parmi une dizaine de milliers d’espèces. La pollinisation de sa fleur, qui s’effectue entre octobre et novembre, est une affaire de femmes. D’un geste précis, celles que l’on appelle « les marieuses » soulèvent avec un bâtonnet de bambou le rostellum de la fleur et, grâce à une légère pression du pouce, font tomber les pollinies sur le stigmate. Cette opération très délicate ne peut se faire que manuellement et après une longue observation puisque cette phase cruciale n’est possible que pendant une douzaine d’heures. Chaque fleur de vanille ainsi pollinisée va ensuite donner une capside, une gousse de couleur verte qui mettra environ neuf mois pour se charger en sucres et en enzymes. A maturité, les gousses seront récoltées puis plongées dans un bain à 60 °C pour interrompre leur évolution. Ce n’est qu’après cette opération d’étuvage qu’elles seront triées, calibrées et séchées pendant deux à trois semaines à raison de quelques heures par jour, où elles prendront leurs teintes noires. Elles seront enfin laissées pendant deux ou trois mois à l’ombre.

La gousse de vanille, qui peut se conserver une dizaine d’années si elle a reçu toutes les attentions, a fait la richesse de la Sava, véritable jardin exotique dans un pays considéré comme l’un des plus pauvres du monde, où 92 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais jusqu’à quand ? A mots couverts, les professionnels sont inquiets. « Les niveaux de prix et de qualité de la vanille malgache sont inversement proportionnels, assure un intermédiaire de la filière. Le taux de vanilline, qui garantit la qualité des gousses, est passé de 1,8 % en 2014 à 1,2 % en 2015. On se dirige vers un taux de 0,98 % cette année. » Plusieurs facteurs expliquent cette dégradation de la qualité. Par peur de voir les prix s’effondrer du jour au lendemain, les producteurs ont récolté leurs gousses, comme en 2015, bien avant qu’elles n’arrivent à maturité. Or le taux de glucovanilline, qui donne la qualité aromatique, se développe de façon exponentielle dans les dernières semaines du cycle, soit entre juin et août. Malgré les interdictions (des comités de vérification ont été instaurés sur les marchés pour détruire la vanille pas assez mûre et 500 kg ont été brûlés par le gouvernement), on a ainsi vu des taxis-brousse remplis de canapés, de panneaux solaires ou de sacs de ciment se diriger vers les villages de brousse dès le mois de mai.

Moctar FICOU / VivAfrik

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