Pour le professeur Chakib Bouallou, «l’innovation manque de moyens»

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En marge du 4ème Symposium international sur l’innovation et la technologie dans l’industrie des phosphates (Symphos), organisé ce mois-ci par le groupe OCP à Benguérir, «Le Matin-Éco» a rencontré le professeur Chakib Bouallou, responsable scientifique d’un groupe de recherche à l’École nationale supérieure des mines de Paris (Mines ParisTech). A l’occasion d’une interview accordée à nos confrères, il y a présenté un nouveau concept de stockage massif d’énergie en vue d’intégrer les énergies renouvelables.

Vous êtes professeur et chercheur marocain à l’École nationale supérieure des mines de Paris. Parlez-nous un peu de vous et de vos réalisations et brevets.

Je suis professeur à l’École des mines à Paris et responsable scientifique du groupe Transferts Gaz Liquide et Procédés, un groupe de recherche de Mines ParisTech. Au sein de ce groupe, je travaille essentiellement sur le captage et la valorisation du CO2 et le stockage d’énergie sous forme de vecteurs chimiques, donc sous forme d’hydrogène ou de méthane de synthèse. Je suis également président du Conseil franco-marocain des ingénieurs et des scientifiques. Par rapport aux brevets, j’ai déposé notamment des brevets relatifs à un nouveau procédé de génération de vapeur pour différentes applications, essentiellement dans le domaine de l’électroménager. Plus récemment, j’ai déposé un brevet relatif à la gestion de la chaleur d’un électrolyseur.

Dans quel cadre s’inscrit votre participation au 4ème Symphos ?

C’est évidemment pour l’innovation que j’ai participé au Symphos. J’ai présenté un nouveau concept pour le stockage massif d’énergie afin d’intégrer les énergies renouvelables. Ce concept est basé sur l’électrolyse, la méthanation et l’oxycombustion, ce que l’on appelle le concept EMO.

En quoi consiste concrètement le concept EMO ?

Il permet principalement d’intégrer les énergies renouvelables. Il s’agit d’une avancée majeure dans la mesure où l’on peut restaurer les énergies renouvelables sous forme de méthane de synthèse. Vous pouvez employer ce dernier comme du gaz naturel pour toutes les applications où l’on utilise ce gaz. Toutes les industries énergivores pourraient donc exploiter ce concept pour plus d’efficacité énergétique… Effectivement, une fois que vous avez stocké du gaz de synthèse, vous pouvez l’utiliser ensuite pour toutes les applications en tant que vecteur énergétique sous sa forme renouvelable ou verte. Je tiens à préciser que le gaz de synthèse est l’équivalent du gaz naturel mais avec des spécifications bien précises qui lui permettent d’avoir un pouvoir calorifique supérieur et plus intéressant.

Quel regard portez-vous sur la stratégie énergétique du Maroc ?

Le Maroc a effectué un virage important en développant les énergies vertes. Il a fait le bon choix puisque sa facture énergétique reste considérable. Grâce à cette stratégie basée sur les énergies renouvelables, le Maroc pourrait atteindre une autosuffisance énergétique et même exporter à moyen terme de l’énergie en Europe. Mais qui dit technologie solaire notamment concentrée, dit coûts importants. Néanmoins, face à des ressources énergétiques carbonées en cours de disparition, l’énergie solaire, à titre d’exemple, ne peut qu’être rentable à moyen terme.

Qu’en est-il du développement de la recherche scientifique au Maroc ?

La question des moyens se pose avec acuité pour l’innovation. Pour tout ce qui est fondamental, on peut aboutir à des réalisations communes, mais concernant l’innovation, la question du financement revient tout le temps. Il faut, en effet, beaucoup de moyens et d’expérimentation. De même, la mise à l’échelle 1 passe souvent par des pilotes industriels. Sur ce registre, les industriels doivent être porteurs de ce type de démarche innovante pour pouvoir ensuite industrialiser un nouveau procédé.

Moctar FICOU / VivAfrik

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