COP 23- Action climatique: « nous sommes au début d’une nouvelle ère » – Hakima El Haité

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Ancienne ministre de l’Environnement du Maroc, Hakima El Haité est actuellement l’envoyée spéciale du Royaume chérifien pour la COP 22. Nommée il y a un an championne de haut niveau pour le climat, elle décrit ses différentes actions, notamment celles sur le sommet des territoires  à Agadir  (Maroc) qui s’est ouverte le lundi 11 septembre 2017.Dans un entretien accordé à Houmi Ahamed-Mikidache du site d’information eraenvironnement.com, Hakima El Haité parle de ses attentes au sortir du sommet.

Vous êtes l’une des actrices principales du sommet des territoires Climate Chance à Agadir. Qu’attendez-vous de cet événement ?

Mobiliser, mobiliser et mobiliser. Ce rendez-vous est comme lors de ses éditions précédentes, destiné à rassembler, à partager ensemble les expériences, les bonnes pratiques, les espoirs et puiser l’énergie pour aller plus vite et plus loin. A Marrakech, les acteurs non étatiques ont d’une certaine manière créé l’événement. Rappelez-vous, la Cop 22 s’était ouverte sur l’annonce de l’élection de Donald Trump et les craintes qu’elle suscitait.  Depuis, ces craintes se sont concrétisées par l’annonce au printemps de la volonté de retrait des Etats-Unis de l’Accord de Paris. Contrairement à ce que nous aurions pu craindre, les acteurs non étatiques ont été plutôt galvanisés par cette difficulté politique. C’est grâce à eux que l’on peut parler désormais des nouvelles Conférences des Nations Unies sur le climat “duales” crées par l’Accord de Paris : celle de la négociation entre Etats, et celle de tous les autres acteurs qui agissent sur le terrain. Mais attention, leur efficacité est extrêmement tributaire de la capacité des Etats à mettre en place des politiques de long terme cohérentes avec la transition énergétique.

A Agadir, nous sommes là pour construire des points entre le Sud et le Nord, encourager les acteurs non étatiques africains à rejoindre les coalitions mondiales. Nous avons par ailleurs suscité à Agadir un sommet des coalitions, les 13 et le 14 septembre pour nous assurer de la cohérence de ce que nous présenterons lors des journées thématiques de la COP 23, qu’il s’agisse des forêts, d’industrie, de l’océan et du yearbook. Ce sera une étape de travail essentielle pour réussir cette nouvelle COP. Avec un accent particulier sur la diffusion au-delà de l’enceinte onusienne de notre travail. Le grand public doit connaître notre action. Les décideurs économiques aussi. Les médias également. Cette connexion est une des clés de l’accélération de l’action climatique. C’est pour cela qu’à Bonn, nous allons insister sur deux points : le yearbook comme nouvel outil de travail pour les Parties et boussole des acteurs non étatiques et la diffusion du travail des coalitions sur tous les canaux, médias et réseaux sociaux compris.

Vous avez récemment à Paris examiné le processus de préparation de la prochaine conférence des Nations Unies sur le climat. Où en êtes-vous dans la préparation de ce rapport annuel  yearbook ?

Depuis la COP 22, les coalitions du Marrakech Partnership for global climate action se sont réunies à plusieurs reprises autour des Champions, notamment en juin dernier à Rome pour que nous soyons en phase sur nos priorités. J’ai proposé de mon côté de lancer une grande enquête auprès des coalitions et des alliances des acteurs non étatiques pour évaluer non seulement leurs avancées depuis l’Accord de Paris mais aussi les difficultés qu’ils rencontrent sur leur route. Les résultats de cette enquête constitueront la colonne vertébrale du premier yearbook de l’histoire des Conférences des Nations Unies sur le Climat. Ce document stratégique  fait office d’exemple. Son objectif: permettre aux Etats d’avoir une vision stratégique de l’action climatique et un retour précis sur les freins qu’ils doivent lever sur le plan réglementaire et des politiques publiques pour aller plus vite sur le terrain.

Quelles sont les conclusions de vos actions sur la mobilisation des Etats pour la préservation des océans ?

Lors de la COP 22, les acteurs des océans se sont dotés  d’une feuille de route stratégique 2016-2021 qui donne une vision pour l’action sur cinq ans et dans les six océans de la planète. Les petits Etats insulaires et l’Afrique sont les premiers concernés par le sujet. Il y aura également à la COP 23 une journée thématique consacrée aux océans qui sera un moment fort. Ne l’oublions pas, cette COP 23 se fait sous présidence fidjienne. Et nous sommes solidaires des préoccupations vitales de ces îles du Pacifique qui, comme les autres pays insulaires, attendent de la communauté mondiale le sursaut qui assurera la survie de leurs territoires. Dans toutes les journées thématiques du Partenariat de Marrakech, nous mettrons particulièrement l’accent sur les attentes des îles du Pacifique.

Etes-vous satisfaite par vos actions en tant que Championne de Haut Niveau pour le Climat ?

En tant que Championne et compte tenu de l’ampleur de la tâche, je ne considère pas que j’ai une obligation de résultat mais plutôt une obligation de moyens. Et j’estime qu’avec mon co-champion fidjien, mes équipes et celles de la Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements climatiques, sans oublier le groupe des Amis des Champions, nous mettons tout en en œuvre, notre temps, notre volonté, notre motivation pour maintenir la pression. Ce chantier va bien au-delà de nos personnes. Transformer nos vies est un combat trans-générationnel. Le climat change, le monde aussi. Nous sommes au début d’une nouvelle ère, celle de la société de la connaissance et de l’intelligence artificielle. Les emplois de demain ne seront pas ceux d’aujourd’hui. Seuls les leaders, les entrepreneurs et les acteurs qui l’auront compris suffisamment tôt et intégré en parallèle l’exigence environnementale portée par l’Accord de Paris réussiront ce saut. La quatrième révolution industrielle se profile à l’horizon. Elle repose sur une convergence inédite de technologies, du numérique (impression 3D, internet des objets, ou encore robotique avancée) aux nouveaux matériaux (« bio » ou « nano »), en passant par des processus novateurs (production fondée sur les données, intelligence artificielle, biologie de synthèse). Ce cocktail peut potentiellement tout changer. Nous le constatons déjà en tant que Champions. C’est aussi pour cela que j’avais suscité une conférence sur l’innovation à la COP 22.

Quelles sont les actions actuelles  du Centre de Compétence Changement Climatique (4 C) entre le Maroc et certains pays d’Afrique ?

Le 4 C se prépare à devenir un outil d’accompagnement important. Grâce à lui, le Maroc aura un rôle central dans le nouveau réseau mondial de centres d’excellences créé à l’occasion de la COP 22 et dont il assure le secrétariat. Nous savons que dans le domaine du climat, le partage d’information est une ressource clé en particulier pour l’Afrique et les pays du Sud. Le 4 C sera un rouage clé de la transmission de la connaissance pour faire en sorte que le développement futur du continent se fasse de façon climato-compatible.

Moctar FICOU / VivAfrik

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