L’Afrique couvre la moitié de ses besoins en sucre

0

L’année 2017 a été plutôt bonne pour la filière sucre en Afrique même si, grosso modo, la situation n’a guère évolué, avec toujours environ la moitié de ses besoins couverts par les importations. Ceci rend les Etats très vulnérables à l’évolution des cours mondiaux sans toutefois que le consommateur ne le ressente car dans la plupart des pays, le prix du sucre est réglementé.

Un marché mondial en berne en 2017

Avant de rentrer dans l’analyse du marché africain, un mot de l’évolution du marché mondial et de ses perspectives. La baisse de production en 2015/16 (164,7 millions de tonnes contre 177,4 Mt en 2014/15) a fortement fait grimper les cours mondiaux la campagne suivante, encourageant la fabrication de sucre qui est passée, selon le Département américain de l’Agriculture (USDA), à 171,4 Mt en 2016/17 et devrait atteindre 184,9 Mt en 2017/18.

« Depuis mai 2016, on a eu une très forte volatilité sur les cours du sucre roux à New York », a expliqué Olivier Crassard, analyste chez Sucden lors de la 22ème Rencontre de l’Association française de la canne à sucre qui s’est tenue le 11 décembre (lire nos informations et l’interview de Benoît Coquelet, président de l’Afcas). « On a constaté une forte accélération à partir de mai 2016 sur des cours qui cotaient entre 13 et 14 US cents la livre (lb) pour atteindre 23 à 24 cents au mois d’octobre, suivie d’une baisse -entrecoupée au mois de janvier- jusqu’à début juillet 2017. Puis, on est entré dans une nouvelle phase qui est une phase de stabilité. »

Une hausse des cours qui a impacté la production. Ainsi, entre 2016/17 et 2017/18, elle a progressé de l’ordre de 10% en un an, selon le spécialiste qui l’explique par trois éléments. Tout d’abord, globalement, l’absence d’évènements climatiques sur la campagne 2017/18, avec des conditions « tout à fait favorables notamment au Brésil mais aussi en Europe, en Mer noire, en Chine et en Inde. » Le Brésil est sur deux années record ; l’Europe a des rendements de 8 à 10% supérieurs en betterave ; l’Inde cumule trois facteurs positifs que sont « un climat favorable, des réservoirs d’eau bien remplis pour irriguer et des prix de la canne à des niveaux records », souligne Olivier Crassard.

sucre.png

En outre, par rapport à d’autres cultures comme le blé, le soja ou le maïs, « le sucre a été très bon payeur […) ce qui fait  que la bulle sucrière de l’année dernière a attiré énormément de nouveaux planteurs, de betterave ou de canne, notamment en Europe où il y a eu des augmentations de surfaces » avec, pour toile de fond, la libération du système sucrier européen.

On revient donc à une situation excédentaire sur le marché mondial que le marché avait anticipé avec une baisse des cours jusqu’en juillet 2017 puis leur stabilisation à de faibles niveaux.

Un marché qui n’a fonctionné que par anticipation, souligne le spécialiste. De mai à octobre 2016, on s’est inquiété des disponibilités à venir, les fonds d’investissement s’engouffrant dans la brèche et faisant grimper les cours. Puis, ils  ont revendu massivement. « Dans les deux cas, ces achats et ces ventes portaient sur pratiquement la moitié du marché mondial, donc en gros 25 millions de tonnes (Mt): ils ont acheté 25 Mt dans la hausse et ils ont revendu  25 Mt dans  la baisse. »

Une corrélation sucre-pétrole plus étroite que jamais

« Depuis juillet 2017, les fondamentaux n’ont pas véritablement changé. Pourtant, les cours du sucre se sont stabilisés », constate encore l’analyste de Sucden. La raison ? Le lien plus fort que jamais entre sucre et énergie et ce, à cause du changement de réglementation au Brésil. « Au 1er juillet, il y a eu un changement réglementaire sur les prix au Brésil qui a été très important : dorénavant, Petrobras fixe quotidiennement les prix de l’essence en fonction du marché mondial. Ainsi, pendant des années, le rapport n’était que théorique car le prix de l’essence au Brésil n’était pas sujet aux variations du marché mondial. Aujourd’hui, depuis le 1er juillet, il l’est. Or, les prix du brut ont énormément augmenté : +35 à +40% du prix du pétrole depuis la mi-mai », rappelle-t-il.  L’éthanol a augmenté, suivant en grande partie les cours du brut.  » Pour un producteur sucrier, cela veut dire qu’au-delà de la lecture fondamentale du marché du sucre, il va dorénavant falloir toujours regarder les cours du pétrole de façon très précise. »

Quid de l’Afrique ?

Sur l’Afrique, le contexte change relativement peu, estime Olivier Crassard. « On a  une production assez constante en Afrique et une consommation qui augmente mais de manière relativement faible par rapport à l’augmentation de l’ensemble du marché mondial.  On garde ce profil de l’Afrique sucrière qui importe un petit peu plus que la moitié de ses besoins avec deux gros sous-profils : un sous profil importateur de roux qui va essentiellement correspondre à l’Afrique du Nord -Algérie, Egypte, Maroc, Tunisie qui est un nouveau venu parmi les raffineurs de roux- et une Afrique sub-saharienne dont le seul gros importateur est le Nigeria avec trois raffineries de trois groupes privés qui fonctionnent toute l’année. »

Importations de sucre roux

(tonnes, 2017 incomplet)

2015

2016

2017

Afrique du Nord

4 210 949

4 300 636

5 647 617

– Algérie

1 807 980

1 916 566

2 165 644

– Egypte

1 036 195

1 076 639

2 065 353

– Maroc

1 028 424

958 680

1 004 120

– Tunisie

338 350

348 751

412 500

Afrique centrale et sud

1 558 715

1 692 650

1 629 502

– Nigeria

1 457 430

1 612 150

1 244 30

– Kenya

258 700

– Maurice

71 050

80 500

126 500

– Afrique du Sud

30 235

TOTAL

5 769 664

5 993 286

7 277 119

Source : Sucden

Les 7 Mt de sucre roux importé selon Sucden se répartissent entre plus des deux tiers en Afrique du Nord, le reste allant en Afrique sub-saharienne où les pays « importent leur déficit, qu’il soit faible ou important, comme le Soudan par exemple. »

On constate, selon les chiffres de Sucden, que les importations de sucre roux seraient fortement en hausse en 2017 (chiffres provisoires), tandis que celles de sucre blanc régressent. Une des raisons serait à trouver du côté de l’Algérie qui a considérablement augmenté ses achats de sucre roux, devenant ré-exportateur de sucre blanc. Il importe du roux du Brésil, transforme sur place grâce à des coûts de raffinage peu élevés, et réexporte du sucre blanc vers le continent, notamment vers l’Afrique de l’Est.

Importations de sucre blanc détectées

(milliers de tonnes, 2017 incomplet)

2015

2016

2017

Afrique du Nord

578

556

317

– Egypte

166

262

100

– Libye

95

154

161

– Tunisie

175

69

12

-Algérie

101

69

40

– Maroc

41

4

4

Afrique Ouest & centrale

2 369

2 094

2 244

– Ghana

371

315

251

– Mauritanie

348

299

266

– Angola

267

263

362

-Togo

262

257

225

– Côte d’Ivoire

209

207

248

Afrique Est & Sud

3 500

3 794

2 822

– Soudan

1 238

1 028

939

– Afrique du Sud

531

609

535

– Somalie

436

676

370

– Kenya

386

426

381

– Tanzanie

247

274

127

TOTAL

6 446

6 444

5 382

Source : SucDen

Les problèmes fonciers freinent la Côte d’Ivoire

S’agissant de la Côte d’Ivoire, en 2017, l’offre aurait été de 170 000 t dont 150 000t de production (205 000 t selon le ministère de l’Industrie, lire nos informations) et 20 000 t de stocks, face à une consommation de 220 000 t environ, selon  Joseph Kouame Kra, président du conseil d’administration de Sucaf CI. Un marché qui, rappelons-le, est protégé des importations hors CEDEAO  par des droits de douanes et des mécanismes de péréquation.

« En Côte d’Ivoire, nous avons quatre usines détenues par deux sociétés [Sucrivoire et Sucaf-CI,Ndlr], avec une capacité totale qui est dépassée par la croissance de la consommation. Les deux sociétés ont étudié la possibilité de créer un cinquième complexe. On a fait une étude et on n’a pas abouti à une conclusion qui permette de réaliser une 5ème usine. Non pas que ce ne soit pas rentable mais des problèmes fonciers se posent », explique à CommodAfrica Joseph Kouame Kra. « Donc, on a décidé d’améliorer la production et la productivité des quatre complexes, l’objectif étant d’atteindre 200 000 t voire 220 000 t. Donc nous faisons des investissements d’accroissement et de renouvellement. Cela vaut le coup car les prix locaux sont bons. »

Les difficultés monétaires du Nigeria ont pesé sur sa compétitivité

Quant à l’Afrique centrale, 2017 s’est « plutôt bien passée », souligne Samuel Libock, du Groupement des professionnels du sucre de la Cemac et directeur commercial & marketing régional chez Sosucam,  les « vrais problèmes de la sous-région étant la contrebande venant du Nigeria. Lorsque les cours internationaux s’écroulent, comme cela s’est passé en 2017, le Nigeria est en général beaucoup plus compétitif que la production locale en Afrique centrale. Mais comme ils ont eu des petits soucis monétaires et macro-économiques,  le Nigeria a perdu en compétitivité à l’importation du sucre brésilien et nous avons pu mieux gérer notre marché. Ceci dit, il reste des problèmes avec la partie sahélienne, surtout avec le Tchad où il y a encore des fraudes importantes venant de Libye. »  Une fraude que le responsable estime à 100 000 à 120n 000 t au niveau de la Cemac.

La production serait, cette année, entre 280 000 et 285 000 t dans la Cemac, selon  Samuel Libock. « C’est plus que l’année dernière car on avait eu un énorme problème de sécheresse au Congo. » La consommation, quant à elle, serait de 350 000 à 400 t. Elle n’aurait progressé que de 2,3 à 2,5% en 2017 contre 2,7 à 3% habituellement car « l’Afrique centrale n’échappe pas aux problèmes économiques de la planète ».  Ceci dit, « avec l’urbanisation, la demande devient plus qualitative. On est plus dans le reconditionnement mais dans le produit individuel, fini, type supermarché, des produits finis. »

Pour la Cemac, à l’horizon 4 à 5 ans, il s’agirait d’accroître la production de 50 000 à 60 000 t, selon le responsable.

Avec commodafrica.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here