RSE Senegal : Amath Ba invite à lever une conscience citoyenne au Sénégal

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Telle que la RSE a été conçue à l’échelle mondiale, elle est bonne à prendre sur le plan des principes mais concernant l’application, il y a un travail d’adaptation conséquent à faire. C’est du moins la conviction de Amath Ba, RSE Senegal qui s’exprimait lors interview réalisée par nos confrères de  agadd.org à l’occasion du 1er séminaire des managers durables d’avenir en Afrique. Un évènement organisé à Casablanca du 8 au 12 mai 2018 par l’Académie durable internationale (Patrick D’Humières) avec des enjeux  et des  hommes (Agnès Rambaud), RSO au Maroc (Aziz Derj), RSE Sénégal (Philippe Barry et Amath Ba), RSO Côte d’Ivoire (Franck Eba), le soutien de Veolia et de l’Ecole centrale. http://academie-durable.org/

Le réseau RSE Sénégal fête en 2018 ses dix ans. Qu’est-ce qui a présidé à sa création et quel rôle y tenez-vous aujourd’hui ? 

Le réseau RSE Sénégal est une initiative de Philippe Barry, qui pendant une vingtaine d’année a été secrétaire général d’un syndicat de professionnels de l’industrie au Sénégal. Il a constaté que les organisations d’employeurs avaient des préoccupations communes mais passaient à côté des grands enjeux  du développement durable et de la RSE. Je l’ai rejoint et pris en charge les relations internationales du réseau. N’étant pas issu de ces milieux mais ayant une expérience complémentaire, je suis arrivé avec une liberté de pensée, de parole et d’action importante. Nous sommes compères et complices dans cette démarche : lorsqu’il y a des questions politiquement incorrectes, je suis le dynamiteur de service !

En parallèle, je porte le projet CREDO, une plateforme web de sensibilisation et de partage autour du développement durable au Sénégal.

La RSE nécessite-t-elle une déclinaison spécifique pour l’Afrique et le Sénégal en particulier ?

Telle qu’elle a été conçue à l’échelle mondiale, la RSE est bonne à prendre sur le plan des principes mais concernant l’application, il y a un travail d’adaptation conséquent à faire.  En priorité, il s’agit de prendre en compte le secteur informel qui représente 80% des emplois au Sénégal. Les approches classiques de certification n’ont pas d’impact direct sur ces organisations du travail qui apparaissent anarchiques. Pourtant les entreprises qui font des affaires en Afrique ont développé des solutions qui s’appuient sur ce secteur informel. D’un côté il est nié, et de l’autre on le sollicite parce qu’il est nécessaire pour gagner de l’argent. Tout l’enjeu pour nous aujourd’hui, c’est de faire le lien entre ce Sénégal qui existe mais qui n’apparaît pas dans les schémas nationaux, et les pouvoirs publics qui ont échoué dans la prise en charge de ces populations. Avec la RSE, par le dialogue entre les parties prenantes, par cette culture de la redevabilité et de la gestion du temps long, on peut intégrer de la vertu dans la relation entre pouvoirs publics, entreprises, et populations. C’est notre conviction.

L’objectif essentiel est donc le dialogue ?

Oui mais pas pour le mettre en place, car la culture africaine est une culture de dialogue, pour le structurer. Aujourd’hui les parties prenantes ne sont pas à égalité : les pouvoirs publics ne discutent pas, ils ordonnent. Les entreprises sont en mode « survie » et les populations se gèrent au quotidien, ce n’est que du court terme. Le dialogue c’est convenir ensemble des objectifs communs et des modalités pour les atteindre. Nous n’y sommes pas. Avant d’arriver à cela il faut informer. Dans les schémas classiques de promotion de la RSE, on parle toujours sensibilisation des managers et pouvoir accordé au responsable RSE. A mon sens, il faudrait d’abord partager l’information avec les organisations de travailleurs. Si on ne le fait pas, la RSE restera un discours d’experts ésotérique et abstrait pour eux. Ils resteront confinés dans des préoccupations salariales alimentaires, justifiées mais de très court terme. Ils passeront toujours à côté d’un espace de dialogue unique et d’une vision partagée sur le long terme. Des organisations comme la nôtre ont le recul et la capacité nécessaires pour faire ce lien entre tous les acteurs et trouver le socle commun de valeurs à mettre en place. Voilà notre priorité.

C’est aussi le sens de votre projet CREDO ?

Oui : Il faut même aller au-delà et sensibiliser toute la population du Sénégal, parce que ces travailleurs sont aussi des citoyens. C’est la raison pour laquelle j’ai lancé le projet CREDO. Ce site web a vocation à rassembler les conseils et bonne pratiques dans tous les domaines du développement durable au Sénégal, habitat, consommation, santé, valorisation des ressources locales naturelles et culturelle de nos pays, etc … avec une part d’échanges entre experts et consommateurs. Je pense que cet éveil des consciences va faire en sorte que le citoyen lui-même, quand il aura compris l’importance du développement durable, demandera des comptes à ses dirigeants  Il manque en Afrique des citoyens responsables, une opinion publique qui ait un meilleur niveau d’exigence par rapport aux dirigeants, qui sache leur opposer une analyse critique. CREDO a l’ambition d’être un début de réponse à cette situation.

Vous intervenez avec Philippe Barry dans ce premier séminaire organisé par l’Académie durable internationale, quel est le message que vous allez passer à vos pairs ? Et quel est votre ressenti concernant cette première édition ? 

Nous allons témoigner de l’expérience sénégalaise, partager notre vision et surtout faire une analyse critique de notre parcours. Nous sommes souvent partis la fleur au fusil, en pensant qu’il y aurait un effet d’entrainement.  Il ne s’est pas réellement produit : des entreprises sont entrées dans le réseau RSE pour en ressortir deux ans plus tard car leurs dirigeants ont jugés que l’annonce de leurs intentions était suffisante pour la revalorisation de leur image.

Mais je pense que nous allons surtout commenter avec les autres participants tous les enseignements que nous avons commencé à recevoir : grâce à ce séminaire le monde s’est ouvert à nous. On a pu comprendre pourquoi les choses se présentent sous cette forme, à qui elles s’adressent, ce que cela apporte à ceux qui s’engagent, ce qui va manquer à ceux qui ne s’engagent pas. On est en train de s’outiller pour avoir des arguments solides et un discours percutant pour inciter ceux qui sont des acteurs ou qui devraient l’être à entrer dans le système. Ce séminaire est un succès par la variété et la qualité des participants comme des enseignants. Ce qu’on peut lui souhaiter c’est de donner envie à ces entreprises d’y envoyer d’autres personnes pour que nous partagions toujours plus ces préoccupations. (Ndlr : Voir également la tribune « Découpler – Décaler » publiée par Amath Ba sur linkedin à l’issue du séminaire).

Biographie de Amath Ba, conseil en stratégies et  responsable des relations internationales, RSE Sénégal

Après une  licence en histoire géographie à Dakar puis une maîtrise en tourisme à Paris, Amath  Ba effectue un bref passage en hôtellerie au Sénégal avant de poursuivre sa route comme responsable commercial d’une entreprise agro industrielle, en charge du marché national et régional, de la Mauritanie au Cameroun.

Au lendemain de la dévaluation du franc CFA en 1994, il décide de tenter une expérience en entreprenariat en créant REZO, un concept novateur alliant club de consommateurs, centrale d’achats, supports de communication et études économiques. Ces expérimentations l’ont rapproché des milieux de ‘entreprise, organisations d’employeurs et de travailleurs, des milieux académiques et universitaires, des partenaires au développement et des organisations de la société civile.

Il a ainsi participé à des programmes de renforcement de la citoyenneté, de la démocratie, du développement durable, notamment  comme  responsable des relations internationales de RSE Sénégal et en tant que maître de cérémonie du Forum international de Dakar sur la RSE.

2018 marque le lancement de CREDO.SN, le réseau social engagé, une plateforme web d’informations et de conseils qui a pour ambition de fédérer les bonnes pratiques et les avis éclairés afin de renforcer la culture citoyenne des sénégalais.

Sur les quelques 400.000 unités économiques enregistrés au Registre du Commerce au Senegal, seulement 3,2% ont déclaré un statut formel. Ces 3,2% d’entreprises font à elles seules 83% du chiffre d’affaire national (informations via RSE Sénégal).

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