L’agonie de la filière de la canne à sucre en Ile Maurice

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Un coup dur pour les producteurs de la canne à sucre en Île Maurice. Le secteur est aujourd’hui confronté par une baisse de sa valeur sur le marché mondial, la filière sucre devient de moins en moins rentable pour Maurice. Une page économique semble définitivement tournée dans le pays : la place longtemps tenue par l’exportation de sucre dans l’économie de l’île. Certes, les plaines et plateaux restent dominés (90 % des surfaces cultivées) par les champs de canne qui, depuis plus de trois siècles, ont marqué l’histoire humaine et économique de Maurice. Mais en 2018, des mutations profondes de la filière sont arrivées à maturité : en moins de deux décennies, la traditionnelle exploitation sucrière a cédé la place à une industrie cannière diversifiée.

L’économie de l’île dépend encore des revenus de cette industrie. Des revenus estimés à environ 250 millions de dollars par an. Ces dernières années, les cours du sucre ont baissé de près de 40 %.

Dans le nord-ouest de l’île, l’Aventure du sucre expose les principaux axes de cette mutation. Voilà quinze ans, cette ancienne sucrerie de la commune de Pamplemousses a été transformée en musée interactif dédié à l’histoire de l’or blanc mauricien.

Industrie phare de l’économie mauricienne pendant au moins 30 ans, le sucre est entré dans une longue phase de réinvention depuis 2009, année qui marquait la fin du protocole sucre, qui offrait à l’île un prix et un quota garantis sur le marché européen. Le pays a depuis centralisé sa production, pour passer de 12 à 4 usines seulement.

Mais la dégringolade du prix du sucre sur le marché international a plombé les efforts des producteurs, selon Jacqueline Sauzier, secrétaire générale de la Chambre d’agriculture. « Le prix du sucre a baissé de plus de 40 % sur les 5 dernières années. Nos coûts de production ont également augmenté. Dans nos coûts d’opération, la part de la main-d’œuvre est importante. Ce qu’il faut faire maintenant, c’est réduire nos coûts de production et augmenter nos revenus, pour qu’il y ait un équilibre qui soit correct. »

Jusqu’aux évolutions les plus récentes : fluctuations brutales et effondrement des cours du sucre, dans les années 1990 et 2000 ; démantèlement progressif, depuis 2009, du « Protocole sucre » signé en 1975 entre l’Union européenne et 19 pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique) et qui accordait à Maurice à un accès préférentiel au marché européen via des quantités et des prix garantis ; et, enfin, annonce officielle, en 2017, de la fin des quotas sucriers européens, livrant désormais aux seules lois du marché le cours hasardeux de l’or blanc.

Maurice produit désormais autour de 400 000 tonnes de sucre par an, destiné principalement au marché européen.

Valorisation des sous-produits de la canne pour faire face à la chute des cours du sucre

Les cours ont chuté à 319 dollars la tonne en avril dernier, alors que le seuil de viabilité pour les producteurs est de 500 dollars la tonne, déplore Devesh Dukira, directeur du Syndicat des sucres. « 90 % de la production sont exposés à la fluctuation des prix dans le monde. Il faut rendre cette industrie viable, d’abord en réduisant le coût de production tout le long de la chaîne, des champs aux clients, ensuite, la canne n’est pas que le sucre ; il y a la mélasse et la bagasse. » La bagasse qui est un sous-produit de la canne et qui génère 15 % de la production électrique dans l’île.

Maurice cherche à augmenter et à rationaliser cet apport. Ce qui est un défi d’une autre nature, car les planteurs abandonnent la canne. Kripaloo sunghoon, la soixantaine et agriculteur, a vu cette industrie se rétrécir décennie après décennie. « Il y a 50 ans de cela, Maurice avait 38 000 planteurs qui occupaient environ 30 % de la terre arable. Ils possédaient environ 28 000 hectares de terrain, mais après 50 ans, le nombre d’agriculteurs est tombé à 14 800, en même temps la superficie sous culture de la canne est tombée à 16 000 hectares. »

Face à cette situation et pour appuyer le repositionnement de cette industrie dans les filières à haute valeur ajoutée, comme les sucres spéciaux, un regain d’intérêt pour l’industrie de la canne est souhaité de toutes parts. Le gouvernement a confié à un comité ministériel la tâche de proposer un nouveau plan d’action, pour valoriser le sucre et tous les sous-produits possibles de la canne.

Moctar FICOU / VivAfrik

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