Les négociations sur modalités d’application des accords de Paris se poursuivent en Pologne

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La 24ème Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP 24) s’ouvre ce lundi 3 décembre 2018 et se déroulera jusqu’au 14 décembre prochain, trois ans après une COP 21 ambitieuse mais fragilisée par le départ des Etats-Unis. Cette rencontre mondiale sur le climat verra les négociations, sur les modalités d’application des accords de Paris, continuer sous l’égide de l’ONU. Mais l’Union européenne ne semble pas en mesure de relancer le processus.

Il a été célébré en sabrant le champagne comme le texte qui sauverait le monde des périls du changement climatique, en décembre 2015. Pourtant, trois ans après la COP 21, certains dirigeants aux Etats-Unis, au Brésil et en Australie n’hésitent plus à renier l’accord de Paris. Le premier texte international sur le climat à avoir un caractère universel serait-il mis en péril, alors que les scientifiques s’épuisent à alerter sur l’extrême urgence de transformer profondément nos sociétés dans les prochaines années ? Dans une interview accordée à liberation.fr, Aude Massiot a affirmé que la 24ème Conférence des Nations unies sur le climat qui s’ouvre officiellement ce lundi à Katowice en Pologne, aura au moins cet objectif : démontrer que cette entente historique n’est pas devenue une coquille vide.

Que peut-on attendre de la COP 24 ?

Le temps des négociations internationales sur le climat est long, très long. L’accord de Paris, entré en vigueur le 4 novembre 2016, ne prendra effet qu’à partir de 2020. Il stipule pour la première fois la volonté de contenir «l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et [à poursuivre] l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C». Mais trois ans après la COP 21, les conditions d’application et de compte rendu sur les engagements pris par les pays ne sont pas encore établies.

Dans le froid polonais de Katowice, jusqu’au 14 décembre, les 197 Etats parties de la convention cadre des Nations unies sur le changement climatique doivent finir d’écrire le rulebook (règles du jeu dans le jargon onusien) de l’accord de Paris. Le document, qui fait pour l’instant 250 pages, doit fixer tous les domaines clés de l’accord, notamment les modalités de transparence et de financement des actions à venir. «Il n’y a pas de raison pour qu’on n’y aboutisse pas, assure Olivier Fontan, de la direction Climat du Quai d’Orsay. Mais cela demandera beaucoup de travail technique et nous avons peu de temps de négociations à Katowice.»

Les Etats et leurs négociateurs participeront aussi au «dialogue de Talanoa» (autre terme de jargon onusien). Initié l’an dernier par la présidence des îles Fidji, il vise à créer un espace de discussion pour encourager les pays à relever leurs ambitions climat.

Les pays tiennent-ils leurs promesses ?

Pour l’instant, les engagements pris par les Etats lors de la COP 21, s’ils sont respectés, mèneraient le monde à se réchauffer de 3 °C d’ici à la fin du siècle (par rapport à l’époque préindustrielle). Ce qui entraînerait des catastrophes irréversibles autant pour les humains que pour beaucoup d’autres espèces vivantes, d’après le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Les membres du G20, qui se sont réunis en Argentine ce week-end, ne sont pas épargnés. «Environ la moitié d’entre eux ont des trajectoires climat qui sont loin de leurs objectifs fixés à la COP 21 : l’Union européenne, les Etats-Unis, l’Argentine, l’Australie, le Canada, la Corée du Sud, l’Arabie Saoudite et l’Afrique du Sud», détaille un rapport de l’ONU sorti le 27 novembre. La Chine, le Japon, la Russie, l’Inde et le Brésil devraient tenir leurs promesses. Mais elles étaient pour la plupart peu ambitieuses.

La France, loin de l’image de «champion du climat» portée par le président Macron, a vu ses émissions de CO2 croître de 3,2 % en 2017, surtout à cause du secteur des transports. D’après Matignon, les nouvelles politiques lancées porteraient leurs fruits. Au troisième trimestre 2018, la consommation de carburants aurait diminué de 4 %, assurent les services du Premier ministre, qui ne fera finalement pas le voyage à Katowice à cause de la crise des «gilets jaunes». Par rapport à ses collègues européens, l’Hexagone ne s’en sort pas trop mal. En 2016 (dernières données disponibles sur Eurostat), les Français ont émis 7,1 tonnes de CO2 par habitant. En comparaison, l’Allemagne est à 11,4, le Royaume-Uni à 7,9, mais le Portugal à 6,9 et la Hongrie à 6,3.

Quels pays s’opposent à l’accord de Paris ?

L’annonce du retrait des Etats-Unis par Donald Trump, en juin 2017, a fortement ralenti la dynamique lancée par la COP 21 deux ans plus tôt. Malgré cela, l’équipe de négociation américaine, la même qui a approuvé le texte de Paris, continue à prendre part aux discussions. D’après nos informations, ses membres sont opposés à la décision de leur président et préparent le terrain pour un possible retour du pays dans le traité. La sortie, si elle est confirmée, sera effective en novembre 2020, soit au moment de la prochaine présidentielle. Dans la même lignée, Jair Bolsonaro, le nouveau président brésilien d’extrême droite, admirateur de Trump, a aussi évoqué la possibilité de sortir son pays de l’accord. Il vient également de renoncer à accueillir la COP 25 en 2019. A un moindre niveau, le parti conservateur au pouvoir en Australie a fait chuter son Premier ministre cet été parce qu’il voulait inscrire les objectifs de la COP 21 dans la loi.

Pourquoi l’Union européenne n’est-elle pas le leader attendu ?

A la COP 21, le couple Etats-Unis-Chine a tiré les négociations vers le haut. Depuis que Trump a renié l’accord de Paris, le siège de leader mondial du climat reste vacant. Les regards s’étaient naturellement tournés vers l’UE pour prendre le relais. Mais force est de constater que Bruxelles n’est pas à la hauteur. Emmanuel Macron tente tant bien que mal de compenser ce manque.

A Matignon, on s’autoproclame meneur sur la scène internationale. Seulement, difficile pour un petit pays comme la France, qui ne respecte pas ses propres engagements nationaux, d’être crédible face à des pays en développement qui souffrent déjà fortement des conséquences du dérèglement climatique. Cet été, Miguel Arias Cañete, le commissaire européen pour l’Action pour le climat, a évoqué la possibilité que l’UE annonce avant la COP 24 une relève de ses ambitions pour 2030.

Seulement, entre-temps, la chancelière allemande, Angela Merkel, a mis son veto, rejoignant le groupe des récalcitrants présidé par la Pologne. Comme pour leur forcer la main, la Commission a publié, mercredi, une stratégie climat 2050 très ambitieuse. Reste aux Vingt-Huit (bientôt Vingt-Sept avec la sortie du Royaume-Uni en mars 2019) à surpasser leurs divisions et à approuver cette feuille de route cohérente avec l’accord de Paris. Et ainsi envoyer enfin le signal que l’Europe est prête à prendre la tête de l’action climatique mondiale.

«Les élections européennes de mai 2019 et les neuf scrutins nationaux de l’an prochain vont être un moment clé, signale la directrice des relations internationales de l’Action pour le climat de la Commission européenne, Yvon Slingenberg. Les nouveaux gouvernants doivent comprendre que leur population se soucie de la transition écologique.»

Moctar FICOU / VivAfrik

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