Pêche artisanale et agriculture vivrière : pour un partenariat France-Gabon exemplaire

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Adrien N’koghe-Essingone, Député et ancien Ministre de l’Habitat, du Cadastre, de l’Urbanisme et du droit de la Mer du Gabon. À l’heure où le Covid-19 met en péril la souveraineté alimentaire sur tout le continent africain, en particulier en Afrique centrale, il est urgent de passer à l’action. En ce sens, l’enjeu vital pour le Gabon est de garantir son autosuffisance alimentaire. Il dispose, certes, aujourd’hui de plusieurs leviers, parmi lesquels son patrimoine halieutique immense et ses terres fertiles. Cependant, nous avons besoin d’un partenaire historique et fiable pour relever le défi de notre souveraineté alimentaire. Dans cette optique, comme le rappelait justement Hervé Gaymard, ancien Ministre français de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la pêche et des Affaires rurales : « Nous avons la chance d’avoir une des meilleures expertises en matière d’agronomie ainsi qu’un secteur agricole coopératif très développé. Les conditions sont réunies pour construire une proposition à l’Afrique notamment dans le domaine de l’agriculture vivrière dépassant l’autonomisation et qui profitera du développement urbain accéléré que connaît le continent. » De plus, la France possède également une expertise en matière de pêche artisanale dont 80 % de sa flottille y est consacrée. Par conséquent, si la France a l’expertise, les moyens et infrastructures techniques, le Gabon a, quant à lui, le potentiel de devenir un lieu d’expérimentation d’une pêche raisonnée et d’une agriculture vivrière et éco-responsable pour la diffuser par la suite à grande échelle. Tout d’abord, avec un littoral de plus de 800 km, le Gabon possède les cotes les plus longues et les plus poissonneuses d’Afrique centrale. Ensuite, avec ses 5,2 millions d’hectares de terre arable et un climat propice à l’activité agricole, le Gabon peut développer une agriculture vivrière pour nourrir sa population majoritairement -85%- urbaine, un record en Afrique. Enfin, les acteurs français de la pêche et de l’agriculture vivrière peuvent bénéficier du soutien de la politique volontariste du président de la République gabonaise, Ali Bongo Ondimba, dans le cadre du « Gabon Bleu et Gabon Vert », renseigne financialafrik.com.

En deuxième lieu, le Gabon est au cœur d’un marché à très fort potentiel

D’une part, le Gabon se trouve à la fois dans la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de la Communauté économiques des états de l’Afrique centrale (CEEAC), cela constitue un marché de 187 millions de consommateurs. D’autre part, il y a un déficit d’offre de poisson dans la zone CEMAC. En 2017, le FAO estimait la consommation annuelle de produit halieutique était de 900 000 t pour une capacité de 500 000 t. Enfin, une gigantesque réserve de croissance du fait de l’augmentation de la population dans les années à venir, qui seront autant de consommateurs, à condition qu’ils soient solvables. Dès lors, dans un tel contexte, il s’agit de développer un partenariat historique et inédit entre la France et le Gabon avec pour enjeu de devenir un modèle duplicable à plus grande échelle. De fait, la logique gagnant-gagnant serait ainsi au fondement de ce nouveau partenariat. Côté français, tout d’abord. Le premier enjeu est de changer l’image de la France vu les ressentiments de la jeunesse africaine envers la patrie de Voltaire. Ce serait l’occasion de retisser le lien de confiance. Le second enjeu relève de l’économie inclusive : créer de l’emploi tout en permettant aux entreprises françaises de devenir africaines en Afrique. Côté gabonais, ensuite. Le premier enjeu est comme le rappelle Jean Louis Guigou, président de la fondation « La Verticale Afrique-Méditerranée-Europe (AME) » : « Nous devons produire avec les Africains et non pour les Africains ». Le second enjeu est d’incarner un modèle durable et inclusif en Afrique articulant aussi bien l’économie moderne aux identités singulières et contraintes spécifiques du territoire, qu’un niveau de vie décent pour toutes et tous au développement durable, porteur de sens pour toutes les générations. Au fond, ce partenariat bénéfique pour la France et le Gabon, fondé sur une longue expérience dans la coopération et la mise en œuvre de projets communs, serait la garantie d’une réconciliation, confiante et porteuse de sens pour nos peuples, dessinant ainsi les contours de la paix civile et sociale en Afrique centrale, si nécessaire à notre temps, ajoute le média panafricain.

Où va la pêche ? Ne sabordons pas le navire !

La présente contribution a pour but de rappeler quelques points de base qui, je l’espère, pourront permettre de se faire une idée précise sur les enjeux relatifs à la gestion du poisson, ce patrimoine qui appartient à l’ensemble de la nation. Le secteur de la pêche s’est invité, de manière malheureuse, dans la gestion du COViD 19 avec des échanges entre le Département des Pêches et les acteurs, échanges qui masquent les vraies questions de la crise dans le secteur halieutique mais qui révèlent au grand jour les dysfonctionnements notoires qui minent le secteur depuis plusieurs décennies. La présente contribution a pour but de rappeler quelques points de base qui, je l’espère, pourront permettre de se faire une idée précise sur les enjeux relatifs à la gestion du poisson, ce patrimoine qui appartient à l’ensemble de la nation. Le combat que mènent les acteurs de la pêche ne doit pas être compris comme une affaire d’intérêt corporatiste ou d’opposition entre la pêche industrielle (Pi) et la pêche artisanale (Pa) mais plutôt comme la défense d’un patrimoine des populations actuelles et futures. D’abord, il convient de rappeler que les premiers projets d’orientation de la pêche, compte tenu de la faiblesse des exportations d’après indépendance et la nécessaire alimentation des marchés locaux en poisson, avaient choisi l’option de dire que la pêche artisanale alimente le marché local et les industriels les marchés extérieurs. Le but recherché en matière d’exportation, tenant compte des moyens de l’époque, était de procurer à notre pays des devises et par la même, améliorer sa balance commerciale. Cette option d’orientation économique avait été battue en brèche par les hausses des équipements et des intrants pour la pêche, notamment le gasoil et les moteurs horsbord ; même si la dévaluation intervenue en 1994 a rendu la pêche plus compétitive sur les marchés extérieurs. Cependant il fallait la booster pour encore améliorer la situation économique du pays. En effet, les subventions à l’exportation qui étaient mises en place vers les années 1990 avaient montré leur limite et l’état ne pouvait pas suivre le volume de paiement qui permettait au système de performer. Par ailleurs, le professionnalisme des pêcheurs artisans leur a permis de comprendre que se cantonner au marché local limitait la possibilité d’amélioration de leurs revenus, d’autant que les usines de transformation de produits halieutiques leur demandaient de plus en plus de matières premières destinées à l’exportation, note Adama Lam dans une contribution parue à seneplus.com.

Moctar FICOU / VivAfrik                         

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