Une étude révèle que le changement climatique affame les éléphants du parc de la Lopé au Gabon

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Sale temps pour les éléphants du parc de la Lopé. D’après une étude parue dans la revue Science, la quantité de fruits dont se nourrissent les éléphants de forêts a chuté de 81 % en l’espace de 30 ans dans le parc national de la Lopé au Gabon. Cette privation de nourriture liée au changement rapide des conditions climatiques a entraîné à partir de 2008, une perte de poids de l’ordre de 10 % chez les éléphants de forêt frugivores.                         

Intitulée « L’effondrement à long terme de la disponibilité en fruits sur la mégafaune des forêts d’Afrique centrale », et publiée le 24 septembre 2020 dans la revue britannique Science, l’étude révèle que pendant 30 ans, de 1986 à 2008, la quantité de fruits observés dans le parc national de la Lopé a chuté de 81 %.

En outre, elle met en évidence les effets néfastes du changement climatique sur la vie des éléphants dans le parc national de la Lopé, situé au centre du Gabon.

Ce résultat a été obtenu grâce à l’évaluation mensuelle de la présence de fleurs, de fruits mûrs ou encore verts dans la canopée d’un millier d’arbres comprenant 73 espèces différentes, dont 14 d’entre elles constituent l’essentiel du régime alimentaire des éléphants. Les chercheurs de l’université de Stirling (Royaume-Uni), auteurs du rapport, ont également scruté une base de données de 80 000 photos prises par des chercheurs ou des visiteurs du parc de la Lopé depuis une vingtaine d’années, et ont fini par conclure que les éléphants avaient perdu plus de 10 % de leur masse corporelle au cours de la dernière décennie étudiée. « Nous avons constaté que la probabilité de voir des fleurs et des fruits a chuté de façon significative dans le parc. En moyenne, les éléphants et les autres animaux trouvaient des fruits mûrs sur un arbre sur dix dans les années 1980, mais aujourd’hui ils doivent en chercher sur plus de 50 pour en trouver », écrivent Emma Rush et Robin Whytock, qui ont conduit l’étude.

Une conséquence du réchauffement climatique

Le déclin de la production fruitière des arbres du parc national de la Lopé est imputé à la variation rapide des conditions climatiques dans la région. Une situation traduite par une baisse des précipitations et une élévation moyenne des températures minimales d’environ 1 °C depuis la fin des années 1980. « La floraison des arbres dépend étroitement du niveau des températures minimales. Au-delà d’un certain seuil, elle ne se déclenche pas » expliquent les chercheurs, avant de conclure qu’« il est probable que les éléphants, les grands singes ou les nombreux oiseaux qui se nourrissent de fruits en aient souffert ».

Les résultats de cette étude ont été qualifiés de préoccupants par le ministre gabonais de la Protection de l’environnement. « Il est alarmant de constater que le changement climatique entraîne la famine chez les éléphants de forêt et les oblige peut-être à quitter les forêts pour s’approcher des villages à la recherche de nourriture, ce qui les amène à ravager les plantations », affirme le ministre Lee White.

Les résultats de cette étude sont d’autant plus inquiétants que les éléphants sont déjà confrontés à d’autres menaces telles que le braconnage, la chasse et la déforestation. Selon le « Great elephant census », le plus grand recensement des éléphants d’Afrique publié en 2016, ces pachydermes ont diminué de 60 % entre 2002 et 2011 en Afrique centrale et leur déclin se poursuit à un rythme de 8 % par an, la cause principale étant le braconnage.

Moctar FICOU / VivAfrik

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