Tunisie: Un scandale de déchets importés d’Italie provoque un coup de balai anticorruption

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Après plusieurs semaines d’inertie, la justice tunisienne est passée à l’action: un ministre de l’Environnement limogé et arrêté dans la foulée, de hauts responsables de l’administration mis en cause… Elle tente d’identifier les coupables de l’importation illégale de tonnes de déchets en provenance d’Italie.

Hier, mardi 22 décembre, Mustapha Aroui s’est réveillé en prison. Il y a encore 48 heures, il était ministre de l’Environnement. Tout s’est accéléré dimanche, jour de son limogeage et de son placement en garde-à-vue. Au total, la justice a 23 suspects dans le collimateur –dont huit sont actuellement en détention. Parmi eux, en plus du récent ex-ministre, deux directeurs de l’Agence nationale de recyclage des déchets (Anged), le directeur général de ce même organisme, un employé du département Environnement de Sousse et trois directeurs de l’Agence nationale pour l’environnement (ANPE).

Contacté par Sputnik, Nidhal Attia ne cache pas sa joie: «On est très contents que les choses bougent enfin.» Il est membre du Réseau Tunisie verte, une coalition d’associations environnementales, qui s’est largement impliqué dans le dossier.

On avait rencontré ce ministre il y a trois semaines et on a alors compris que ce n’était pas l’affaire la plus urgente pour lui. Il nous parlait avec beaucoup d’incertitudes, n’était pas très sûr des informations qu’il nous communiquait. On a été très déçus de cette entrevue», se rappelle Nidhal Attia.

L’affaire date du printemps dernier, lorsque des conteneurs remplis d’ordures acheminés par bateau depuis l’Italie ont commencé à arriver par vagues successives sur le port de la ville côtière de Sousse. Au total, 282 caisses métalliques ont été déchargées sur le territoire. Selon la loi tunisienne et les conventions internationales, cette cargaison n’aurait jamais dû être ni envoyée ni débarquée, l’Europe ayant l’interdiction d’exporter ses déchets vers l’Afrique.

Interrogé par Sputnik, le directeur général de l’Environnement et de la qualité de la vie Hedi Chebili défend le ministère de l’Environnement pour lequel il travaille: «On n’a jamais donné d’autorisation, il y a eu des falsifications.»

Entre la douane et le ministère de l’Environnement, les responsables tunisiens se renvoient la balle, accusant aussi les sociétés –importatrice et exportatrice– d’avoir dupé les autorités.

L’un des principaux suspects n’a d’ailleurs toujours pas pu être interrogé. Il s’agit du propriétaire de l’entreprise importatrice contre lequel un mandat d’arrêt a été émis. Ce Tunisien, originaire de Sousse et résidant en Allemagne, est en fuite depuis le mois de novembre.

Si on note par ailleurs que les déchets ont été envoyés par une société italienne basée dans la région de Naples, la qualification de crime organisé pourrait-elle être retenue? «Sans doute», répond à Sputnik le député du bloc démocratique Majdi Kerbai, élu de la circonscription de l’Italie.

«Ici, il y a ce que l’on appelle la mafia de l’environnement. Le commerce des déchets est devenu très lucratif. La mafia considère que c’est même mieux que la drogue.»

La société italienne et son partenaire tunisien avaient passé un contrat pour l’élimination de 120.000 tonnes de détritus à raison de 48 euros la tonne. Le marché dépassait ainsi les 5 millions d’euros. 

Les 212 autres conteneurs sont toujours dans le port, où l’activité était très dense quand l’AFP s’y est rendue début décembre.

Des experts judiciaires étaient affairés à en examiner le contenu, selon le directeur du port.

Depuis la révélation du scandale, le 2 novembre dernier lors de l’émission d’investigation «Les quatre vérités» sur la chaîne privée Elhiwar Ettounsi, il aura fallu plus de deux mois à la justice pour réagir. Les suites de cette affaire seront certainement  scrutées de près au cours des prochaines semaines.

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