REDD+, Crédit Carbone : Le Sénégal expérimente la foresterie privée

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Les autorités Sénégalaises comptent apporter des solutions innovantes notoires dans la gestion durable des forêts. Le capitaine Mamadou Thiam, Chef du bureau Aménagement forestier à la Direction des Eaux et forêts, chasses et de la conservation des sols (DEFCCS) du ministère de l’Environnement et du Développement (MEDD) expliquait pourquoi le Sénégal expérimente la foresterie privée au cours d’une interview accordée à la rédaction de VivAfrik le 30 décembre 2020.

« La mission du service forestier est de conserver le potentiel forestier et des équilibres écologiques car, la forêt est un ensemble d’écosystèmes qui doivent se retrouver dans un ensemble bien équilibré. Tout ce potentiel doit être géré d’autant plus qu’on ne va pas garder la forêt pour la garder. Il faut répondre aux besoins socio-économiques des populations en produits forestiers ligneux et non ligneux d’où la nécessité de sa gestion durable ». S’appuyant sur une projection détaillée des missions, de l’organisation et des activités du service forestier, il a décliné les objectifs de son institution. « Ce que l’on vise, c’est le développement de l’homme. Pour se faire, la stratégie déclinée dans la nouvelle politique forestière est centrée sur deux thèmes majeurs. La lutte contre la pauvreté et maintenant la décentralisation qui tourne autour des points suivants : l’aménagement et la gestion durable et rationnelle des ressources forestières et fauniques à travers des plans d’aménagement et de gestion conçus sur la base des potentialités des écosystèmes forestiers en fonction des besoins des populations. Le renforcement des capacités des collectivités territoriales et des organisations communautaires de base (OCB) avec l’Acte 3 de la décentralisation ».

Aujourd’hui, beaucoup de domaines ont été transférés aux collectivités et la Direction des Eaux et forêts, chasses et de la conservation des sols sert d’appui technique pour ces collectivités territoriales. Le renforcement ensuite des capacités d’intervention du service forestier si l’on sait qu’il fait face aujourd’hui à près de 12 millions d’hectares de superficie forestière. Face à cette situation, il faut renforcer le nombre du personnel chaque année afin de faire face aux défis croissants annuellement notamment avec le trafic illicite du bois entre autres.

Poursuivant sa présentation, le Chef du bureau Aménagement forestier à la DEFCCS lève un coin du voile sur la gestation de la foresterie privée au Sénégal. « Depuis quelques années, le Sénégal travaille sur l’expérimentation de la foresterie privée. Son développement sera bientôt une réalité dans notre pays. Ce qui constitue ici, une perspective très intéressante. Nous le voyons très souvent dans les pays développés mais ce sont des choses qu’on doit davantage expérimenter et essayer d’étudier les retombées positives et négatives. A cela, il faut ajouter le développement de la foresterie urbaine et péri-urbaine. Aujourd’hui, vous voyez le cas de la forêt classée de Mbao, ceinturée par Keur Massar, Boune et toutes les communes environnantes. Elle est en pleine ville. Il y a donc une nouvelle approche par rapport aux forêts qui sont dans les régions et cette nouvelle approche de gestion des forêts doit être développée pour la forêt de Sébikhotane », fait savoir le soldat des forêts.   

Pour sa part, le Capitaine Mamadou Kora, Ingénieur des Eaux et Forêts / Ms.Télédétection & SIG par ailleurs Chef du Bureau Changements climatiques à la Direction des Eaux et Forêts, Chasses et de la Conservation des sols (DEFCCS) s’est exprimé sur le cadre législatif et règlementaire que dispose le Sénégal tout en faisant le lien entre la foresterie privée et le changement climatique.

« Je vais faire un peu le « link » entre la foresterie privée et les questions de changements climatiques, a-t-il commencé, depuis quelques années, vous avez entendu parler du Protocole de Kyoto qui a prévu un certain nombre de mécanismes dont le mécanisme pour un développement propre. A travers ce mécanisme, il était possible aux privés de venir investir dans des pays en développement et de bénéficier des crédits carbones. Dans ce cas précis, le Sénégal, grâce à son dispositif législatif, a vu un certain nombre de partenaires extérieurs venir investir dans la foresterie », a détaillé M. kora.

L’exemple le plus concret, c’est le reboisement massif de OCEANIUM en Casamance où des dizaines de milliers d’hectares ont été reboisés grâce aux fonds étrangers d’un organisme appelé DANONE. Cet organisme a accompagné OCEANIUM, les populations locales à reboiser les terres dégradées et en contrepartie, elle récupère ses investissements forestiers sous forme de crédits carbone.

Il y a également d’autres projets qui sont en train d’être montés. L’un d’eux est déjà finalisé. Ainsi, il y aura 9 000 hectares qui seront restaurés dans le Sine Saloum et dans la Casamance. Toutes ces initiatives rejoignent la foresterie privée.

« Il y a, en outre, le Mécanisme pour un développement propre (MDP) qui a pris fin le 31 décembre 2020. Un autre mécanisme est encore déjà en vue. Il a été renforcé grâce à l’Accord de Paris sur le climat, la REDD+. C’est maintenant au Sénégal de travailler davantage son cadre législatif et règlementaire pour attirer les investisseurs afin qu’ils appuient le développement de la foresterie, pour qu’en retour, bénéficier du crédit carbone qui sera vendu sur le marché international », a exhorté l’Ingénieur des Eaux et Forêts. 

Moctar FICOU / VivAfrik          

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