Changement Climatique : résilience des femmes, des forêts dégradés, système alimentaire durale au menu

0

ODD : des systèmes alimentaires inclusifs et durables

Le secrétaire général de l’ONU va convoquer le sommet sur les systèmes alimentaires pour lancer de nouvelles mesures audacieuses et progresser dans la réalisation de chacun des 17 Objectifs de développement durable (ODD), lance le site Afrique d’information Afrique Centrale (ADIAC). Bien avant l’émergence du coronavirus, déjà, le monde n’était pas dans la bonne trajectoire pour atteindre la plupart des ODD d’ici 2030, parmi lesquels l’élimination de la faim. Et comme la propagation de la Covid-19, le nombre de personnes souffrant de faim a augmenté de façon vertigineuse, après trois décennies de progrès et dans certaines régions plus que dans d’autres. Les systèmes actuels de marché alimentaire et agricole et la dynamique du pouvoir n’ont pas fonctionné pour tous les pays et toutes les communautés, en particulier les plus marginalisés et les plus vulnérables. Au cours de l’année 2020, le monde a organisé des repas participatifs pour les familles affamées et vulnérables, et décerné le prix Nobel de la paix au Programme alimentaire mondial (PAM). Ces points positifs doivent être retenus comme des leçons pour transformer les systèmes alimentaires en une année « décisive », et le sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires devrait en tirer pleinement parti, précise ADIAC. Pour le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, « il est inacceptable que la faim augmente alors que le monde gaspille plus d’un milliard de tonnes de nourriture chaque année. Il est temps de changer nos modes de production et de consommation, y compris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. La transformation des systèmes alimentaires est essentielle à la réalisation de tous les objectifs de développement durable. En tant que grande famille humaine, nous devons absolument créer un monde délivré de la faim ». Une première étape décisive a eu lieu en ligne en 2020, lors de la conversation de 24 heures, au cours de laquelle les petits agriculteurs, les peuples autochtones et les étudiants se sont engagés sur la même plateforme que les dirigeants mondiaux, les décideurs et les chercheurs pour partager des idées sur ce qui fonctionne dans leurs systèmes alimentaires et ce qui doit être amélioré. Ce fut un grand moment de « démocratisation de la discussion sur les systèmes alimentaires ». Il s’agit de toutes les personnes qui ont les connaissances, les idées et la compréhension nécessaire pour aider à améliorer le système dans son ensemble et le rendre plus inclusif, plus durable et plus résilient. Certains experts des systèmes alimentaires ont appelé à maintenir l’élan « jusqu’à ce que nous arrivions à des solutions qui mettront fin à la faim et à la malnutrition, protégeront l’environnement et augmenteront l’équité », rapporte le site d’information. Ils appellent à orienter les systèmes alimentaires de nouvelles manières, en instaurant une étroite collaboration entre les gouvernements et les secteurs privés, et lutter plus efficacement pour la réduction du gaspillage alimentaire, considéré comme un meilleur moteur d’engagement pour favoriser le progrès. Pour le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation, Michael Fakhri, l’avenir de l’alimentation doit inclure un engagement en faveur des droits de l’homme. Mais réaliser une action avec le bon niveau d’ambition et avec une échelle suffisante nécessitera des investissements, des coûts partagés des compromis et une réduction du gaspillage sous toutes ses formes. Le Groupe scientifique du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires a tenu sa première réunion. Les résultats des travaux du groupe scientifique des Nations unies sur les systèmes alimentaires récents, composé d’éminents experts de divers domaines, dont les sciences naturelles, l’agronomie, l’écologie, les ressources naturelles, la nutrition et les sciences sociales, serviront de base pour déterminer les sujets qui seront abordés au cours du sommet.

Changement climatique – BAD :  accorde une grande priorité à la résilience des femmes

Engagée aux côtés de ses pays membres régionaux pour atténuer les effets du changement climatique, la Banque africaine de développement (BAD) accorde une grande priorité à la résilience climatique des femmes, a annoncé la BAD depuis son site. Dans les sociétés africaines, particulièrement en milieu rural, certaines tâches domestiques sont dédiées aux femmes : approvisionnement du foyer en eau et en bois de chauffe, gestion de la production agricole familiale, activités génératrices de revenus, notamment, le petit commerce, etc. Il en résulte que les femmes sont les premières victimes face à la raréfaction des ressources naturelles et à la désorganisation de l’économie agricole familiale dues aux effets du changement climatique. Ainsi, les disparités de genre constatées, s’accentuent lors des chocs climatiques (cyclones, tempêtes tropicales, sécheresses, inondations) enregistrés ces derniers mois sur le continent, de la Corne de l’Afrique au Sahel, du Mozambique au bassin du Lac Tchad.  « Il est formellement établi qu’en Afrique, les femmes et les hommes ne vivent pas de la même façon les effets du changement climatique, relève Al-Hamdou Dorsouma, chef de la Division du changement climatique et de la croissance verte à la BAD. Par exemple, la raréfaction des points d’accès à l’eau oblige les femmes à parcourir des distances toujours plus longues pour trouver cette ressource nécessaire à la vie de toute la famille. ». Lorsque l’agriculture familiale enregistre des baisses de rendement en raison d’événements climatiques tels que les sécheresses et les inondations, les femmes sont les premières à en payer les conséquences au quotidien. En effet, ce sont elles qui mettent sur le marché les produits maraîchers pour générer les revenus indispensables au bien-être de leur famille. « Les effets du changement climatique en milieu rural africain touchent surtout les femmes sur lesquelles reposent l’économie familiale, poursuit Al-Hamdou Dorsouma. Notre démarche accorde la priorité aux couches sociales les plus vulnérables dont les femmes, les jeunes et les personnes en situation de handicap. » Pour la BAD, la résilience climatique de l’Afrique passe nécessairement par l’autonomisation des femmes et par la prise en charge de leurs besoins en matière d’adaptation. Alors que d’autres institutions similaires ont fait de l’atténuation (réduction des gaz à effet de serre) leur priorité, la BAD a choisi l’adaptation comme premier pilier de son deuxième Plan d’action pour les changements climatiques (2016-2020). La Banque dispose à cet effet, des lignes directrices pour l’intégration du genre et du changement climatique dans ses opérations en Afrique. En amont, la Banque soutient des politiques d’alerte précoce, qui permettent d’anticiper les chocs climatiques, notamment à travers l’évacuation à temps des couches sociales les plus vulnérables, parmi lesquelles les femmes et les enfants. En aval, la Banque mobilise des financements climatiques conséquents (près de 3,6 milliards de dollars américains en 2019) pour soutenir des projets climato-résilients et sobres en carbone qui visent notamment à renforcer la résilience climatique des communautés les plus vulnérables, particulièrement les femmes.

Forêts tropicales humides :  220 millions d’hectares perdus depuis 1990

En 30 ans, ce sont quelques 220 millions d’hectares de forêts tropicales humides qui ont été perdus, soit une moyenne de 7 millions par an, selon une nouvelle étude publiée dans Science Advances (Long-term (1990–2019) monitoring of forest cover changes in the humid tropics) réalisée par une équipe de scientifiques du Centre commun de recherche (JRC), du Cirad, du CIFOR et de l’INPE, a fait savoir Commodafrica. L’étude, réalisée à partir de données satellitaires recueillies sur 30 ans, révèle que la déforestation a été largement sous-estimée, en particulier sur le continent africain. Ainsi note le communiqué du Cirad, « en Afrique, la déforestation associée à l’agriculture sur brûlis est de type mosaïque, affectant des surfaces de forêts petites mais multiples, ce qui la rend plus difficile à détecter par satellite. Au niveau mondial, ce sont 17 % des forêts tropicales humides qui ont disparu au profit de l’agriculture et d’autres utilisations des terres depuis 1990 », constate Commodafrica sur ses colonnes. Outre la perte d’hectares de forêts, l’étude souligne que les forêts tropicales qui subsistent sont très dégradées surtout en raison de l’exploitation du bois, des feux de faibles ampleurs et des perturbations naturelles comme les tempêtes. Christelle Vancutsem, spécialiste en télédétection au JRC, souligne aussi que la dégradation des forêts a tendance à s’accélérer ces dernières années.

Sur le même sujet Agence Ecofin, titre hier « A l’échelle mondiale, deux tiers des forêts tropicales sont soit détruits ou dégradés »

 Au niveau mondial, la déforestation continue de gagner du terrain. Si des efforts ont été faits ces dernières années aussi bien dans les pays qu’au sein des organisations internationales, rien ne semble pour l’instant pouvoir enrayer sérieusement la disparition des surfaces forestières, commente Agence Ecofin. Les années se suivent et les rapports alertant sur la situation préoccupante des forêts dans le monde s’enchaînent. Dans sa dernière analyse, l’ONG Rainforest Foundation Norway estime que 34 % des superficies de forêts tropicales ont été détruites en raison de l’exploitation et de la conversion des terres essentiellement pour l’agriculture entre 2002 et 2019. D’un autre côté, l’organisation indique que 30 % des surfaces forestières ont été dégradées en raison des activités humaines, ce qui accroît leur vulnérabilité aux feux. Selon Agence Ecofin, la perte de la couverture forestière en plus de représenter une sérieuse menace pour la biodiversité mondiale entrave les efforts de lutte contre le changement climatique dans la mesure où les forêts agissent comme les puits de carbone en absorbant près de 2 milliards de tonnes de CO2 par an selon la FAO. Si le phénomène n’épargne aucune région du monde, la plus grosse réduction a eu lieu en Amérique du Sud notamment au Brésil où plus de la moitié de la disparition des superficies depuis 2002 a été enregistrée en Amazonie et dans les forêts riveraines.  Agence Ecofin informe que la deuxième région la plus touchée est l’Asie du Sud-Est insulaire où l’Indonésie qui possède le troisième bassin de forêts équatoriales du monde a vu une forte destruction de ses surfaces boisées en raison notamment de la culture de palmier à huile. L’Afrique centrale occupe la 3e place avec la majorité des dommages qui sont concentrés dans la forêt du bassin du Congo en raison des activités agricoles et le développement de l’exploitation forestière. Il faut noter que ce rapport n’est pas le premier à se pencher sur la destruction forestière dans le monde. Déjà en 2019 Global Forest Watch (GFW), un outil développé par le World Resources Institute (WRI) avait indiqué que 12 millions d’hectares de forêts tropicales ont été détruits en 2018. Pour rappel, les principaux bassins forestiers de la planète sont situés en Amazonie (Amérique du Sud), au Mékong (Asie du Sud-est) et au Congo. Ces massifs forestiers représentent à eux trois près de 80 % des forêts tropicales de la planète.  

Maïmouna Diop (Stagiaire / VivAfrik)

Laisser un commentaire