Guinée Conakry : Les compagnies minières sommées de transformer localement et « sans délai » la bauxite

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Le Colonel Mamadi Doumbouya a ordonné aux compagnies minières étrangères de construire des raffineries de bauxite pour un partage équitable des revenus. Mieux, Mamadi Doumbouya qui dirige le gouvernement de transition arrivé au pouvoir en Guinée Conakry à la suite d’un coup de force, en septembre 2021 a invité, dans une vidéo devenue virale durant le week-end du samedi 9 au dimanche 10 avril 2022, les entreprises exploitant la bauxite, à respecter « sans délai » leurs engagements à transformer localement la ressource produite dans le pays.

« Vous êtes venus en Guinée pour investir afin d’obtenir un meilleur rendement pour vos capitaux. Ces investissements devraient être faits, non pas au détriment de la Guinée, mais également à son profit. C’est cela la coopération gagnant-gagnant. Nous avons mis en place des mesures incitatives pour un climat d’affaires garantissant un retour élevé. Cependant, force est de constater que les attentes ne sont pas comblées du côté de nos populations. Cela ne peut continuer », a fait savoir le Colonel Doumbouya.

Signalons que la Guinée possède, avec une estimation de 7,4 milliards de tonnes, les plus importantes réserves mondiales de bauxite, minerai entrant dans la fabrication d’aluminium, essentiel par exemple dans les industries automobile ou alimentaire. Elle en est aussi le deuxième producteur. La Chine importe de Guinée environ la moitié de ses besoins de bauxite.

Conscient de cette situation, M. Doumbouya a évoqué le contenu des conventions d’établissement des entreprises exploitant la bauxite, qui comportent des engagements, aussi bien pour l’Etat que pour les entreprises exploitantes, laissant entrevoir de possibles annulations de contrats. Cette évolution avait déjà été prédite par Hamidou Dramé, avocat au Barreau de Guinée et spécialisé en droit minier, dans une interview accordée à l’Agence Ecofin en octobre 2021.

« Si aucune grande réforme du cadre juridique n’est à envisager, on peut toutefois s’attendre à ce que les nouvelles autorités renforcent l’application des règles prévues dans le code minier notamment en matière fiscale et de contenu local », avait-il prédit. Reste à savoir comment une telle instruction évoluera. Elle intervient alors que le prix de l’aluminium est à son plus haut niveau depuis les dix dernières années, selon des données de marché.

Les retombées en Guinée de l’extraction de la bauxite ou des autres abondantes ressources naturelles comme le fer, l’or et le diamant restent notoirement disproportionnées. Les experts invoquent l’insuffisance des investissements dans le développement d’un tissu économique local, le manque d’infrastructures primordiales comme les routes, une corruption réputée endémique, le déficit énergétique ou encore les lacunes des textes en vigueur.

« En dépit du boom minier du secteur bauxitique, force est de constater que les revenus escomptés sont en-deçà des attentes, vous et nous ne pouvons plus continuer à ce jeu de dupes qui perpétue une grande inégalité dans nos relations », a dit le colonel Doumbouya aux industriels.

Mais la construction des usines sollicitées par le gouvernement de transition nécessitera de mobiliser des ressources financières de la part des acteurs impliqués dans la production et l’exploitation de bauxite. Pour une entreprise comme la Compagnie des Bauxites de Guinée, l’Etat qui est actionnaire à hauteur de 49%, devra aussi apporter sa quote-part des financements.

Des compagnies comme la Société minière de Boké (SMB, consortium formé par l’armateur singapourien Winning Shipping, le producteur chinois d’aluminium Shandong Weiqiao, le groupe Yantaï Port), la Compagnie des bauxites de Guinée (CBG, détenu à 49% par l’État guinéen et à 51% par Halco Mining Inc, un consortium formé par l’Américain Alcoa, l’Anglo-Australien Rio Tinto-Alcan et Dadco Investments) et le Russe Rusal, opèrent dans le secteur.

Le deuxième défi à surmonter est celui de l’énergie. La transformation de bauxite requiert d’importantes quantités en énergie et en eau. Deux ressources sur lesquelles d’autres secteurs de l’économie de la Guinée sont en concurrence. La volonté du Colonel Doumbouya a été saluée par une partie de la société civile des pays de l’Afrique de l’ouest, qui y voit « un acte courageux d’un digne fils de l’Afrique ».

Le pays est en tête en termes de réserves mondiales de bauxite (le tiers des réserves mondiales, selon certaines sources). Mais la sphère des acheteurs est resserrée autour de la Chine, producteur majeur d’aluminium sur le plan mondial.

Moctar FICOU / VivAfrik