La biodiversité africaine face à une crise d’extinction massive

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Par Marie-France Réveillard

En moins de 50 ans, la terre a perdu les deux tiers de sa biodiversité selon le Fonds mondial pour la nature (WWF). Cette situation est intrinsèquement liée à la dégradation des terres ainsi qu’au dérèglement climatique. A la veille de la COP 27 pour le climat, la Tribune Afrique revient sur les défis liés à la protection de la biodiversité sur le continent.

Après un report de 2 ans, la 15e Conférence mondiale sur la biodiversité (COP 15) se tiendra du 5 au 17 décembre 2022 à Montréal, au Canada. « La COP 15 est l’équivalent de l’Accord de Paris pour la biodiversité », déclarait Mathilde Bord-Laurans, la responsable de la division climat de l’Agence française de développement (AFD), le 29 septembre 2022, lors d’un atelier presse organisé en amont de la COP 27, au siège parisien du groupe.

Selon le rapport Planète vivante 2020 du Fonds mondial pour la nature (WWF), les activités humaines seraient responsables du déclin de 68% des populations de vertébrés en moins d’un demi-siècle. La terre aurait ainsi perdu les deux tiers de ses populations vertébrées entre 1970 et 2016, soit « un rythme estimé de 100 à 1.000 fois supérieur au taux naturel d’extinction » par le WWF.

Agriculture, urbanisation, surexploitation forestière, chasse ou pèche intensives et extraction minière, seraient les principales responsables de la pollution, de l’arrivée d’espèces invasives, de la multiplication de zoonoses et de la disparition d’espèces animales et végétales. Par ailleurs, la croissance démographique mondiale, estimée à 11 milliards d’habitants en 2100 par les Nations unies, devrait également continuer de faire peser une lourde charge sur la biodiversité.

La biodiversité s’impose au cœur du débat mondial

La destruction d’habitats naturels représente certainement l’une des principales raisons de la dégradation de la biodiversité. En effet, depuis 1990, quelque 420 millions d’hectares de forêts naturelles ont disparu à travers le monde. Entre exploitation extensive, pesticides et surexploitation des espèces, la biodiversité a du plomb dans l’aile.

Par ailleurs, le commerce illicite d’espèces rares et sauvages représente encore l’un des crimes transnationaux les plus lucratifs. Des défenses d’ivoire aux ailerons de requin, ce commerce représenterait entre 91 et 258 milliards de dollars par an, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) et Interpol.

En 2019, la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), considérée comme le « GIEC de la biodiversité »,, avertissait qu’une crise d’extinction massive des animaux et des plantes était en cours, soit une première depuis 65 millions d’années. Un million d’espèces animales et végétales sur 8 millions environ répertoriées seraient menacées de disparition dans les décennies à venir.

La biodiversité est au cœur de l’alimentation. A ce titre, elle est désormais intégrée au secteur agricole à part entière, par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) qui, face aux menaces d’extinction, adoptait en 2021, un cadre d’action en faveur de la biodiversité pour l’alimentation et l’agriculture.

En chiffres, selon le Rapport Planète vivante du WWF, Biological Conservation (IPBES), 40 % des insectes sont en déclin, 41 % des amphibiens et 27  % des crustacés risquent de disparaître à brève échéance, 75 % des milieux terrestres sont altérés de façon significative et plus de 85 % des zones humides ont été détruites. Environ 66% des milieux marins sont détériorés, 33 % des récifs coralliens et plus d’un tiers des mammifères marins sont menacés. Enfin, 15 milliards d’arbres sont abattus chaque année et 46 % de la couverture forestière a disparu depuis la préhistoire.

Autant dire que la prochaine COP sur la biodiversité concentrera toutes les urgences. Elle devrait établir un nouveau cadre mondial permettant de stopper l’érosion de la biodiversité à l’horizon 2030. Le pari est d’autant plus ambitieux qu’aucun des objectifs définis sur la période 2010-2020 n’avait été atteint.

Comment préserver la biodiversité africaine ?

Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN), la liste rouge 2021 des espèces animales et végétales menacées réunit 142 577 espèces, dont 40 084 menacées (41 % des amphibiens, 13 % des oiseaux et 26 % des mammifères). Si l’extinction des rhinocéros ou des gorilles africains fait l’objet d’une attention particulière dans l’opinion publique internationale, à grand renfort de communication et de packages touristiques à des prix de plus en plus prohibitifs, ce sont 6 419 espèces animales et 3 148 espèces végétales en Afrique, qui sont menacées d’extinction d’ici la fin du XXIe siècle, selon un rapport publié en 2016 par le centre de surveillance de la conservation de la nature (WCMC).

Dans l’hypothèse où la température augmenterait de 3 °C, 8 milliards de personnes seraient exposées à de très fortes chaleurs, 4 milliards d’habitants  manqueraient d’eau, 742 millions feraient face au risque de pénurie d’énergie, 2 milliards seraient confrontées à des difficultés agricoles, et plus de 1 milliard à des dégradations irréversibles de leur lieu de vie selon l’IPBES.

Une quinzaine de pays africains ont déjà rejoint la Coalition pour la biodiversité (une initiative européenne) dont l’objectif repose sur la transformation de 30 % de la terre en aires protégées d’ici à 2030. Cet objectif ne fait pas l’unanimité à l’instar de l’association Survival International qui l’associe à une forme de « colonisation verte » susceptible de nuire à près 300 millions de personnes à travers le monde.

Organization for Biodiversity Certificates (OBC) : un crédit carbone de la biodiversité ?

Le 4 octobre 2022, le lancement de l’Organization for Biodiversity Certificates (OBC) à l’Académie du climat de Paris, a réuni 150 représentants d’entreprises, d’associations, mais aussi les autorités publiques. Son objectif repose sur l’élaboration de certificats-biodiversité, qui permettront aux entreprises, aux associations et aux collectivités, de faciliter l’évaluation de leur impact sur la biodiversité. OBC a été fondée par l’entreprise aDryada et Le Printemps des Terres, en partenariat avec Carbone 4 et le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), « pour développer un mécanisme juste et opérationnel qui permette de financer la conservation et la restauration des écosystèmes ».

Selon Global Canopy, près de 800 milliards de dollars devraient être investis chaque année pour enrayer l’érosion de la biodiversité d’ici à 2030. « 80 % des flux financiers proviennent des Etats mais ils ne peuvent pas tout régler. C’est pourquoi, à travers cette initiative, nous voulons mobiliser les acteurs du secteur privé », explique Fabio Ferrari, CEO d’aDyada, qui revient sur la genèse du projet.

« Nous voulions créer un indicateur de restauration intelligent (…) Il existe déjà des crédits carbone pour le climat : pourquoi ne pas décliner ce modèle pour la biodiversité ? », explique l’entrepreneur. « Ce principe n’est admissible qu’à partir du moment où tout a déjà été fait pour minimiser les impacts sur le climat et la biodiversité. Quand toutes les options sont épuisées, il faut bien trouver des solutions (…) L’idée n’est pas de compenser ce qui est détruit, ce n’est pas une « Licence to Kill » », précise-t-il.

Pour Alain-Richard Donwahi, président de la COP 15 sur la désertification, « cette initiative arrive à point nommé. Elle montre le lien qui existe entre les troid conventions relatives au climat, à la biodiversité et à la désertification ». Le premier projet pilote sera lancé dès la fin de l’année.

Marie-France Réveillard, Journaliste – LA TRIBUNE AFRIQUE

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