Agriculture climato-intelligente : Cinq enseignements clés d’un forum continental organisé par la BAD

Les innovations agricoles adaptées au climat, à l’image des variétés végétales capables de supporter des températures élevées, offrent des perspectives majeures pour améliorer les rendements agricoles en Afrique, renforcer la capacité d’adaptation face aux chocs climatiques et augmenter les revenus des exploitants. Pourtant, leur adoption demeure limitée, notamment en raison d’un déficit d’information sur leur utilisation et leur diffusion à grande échelle.

C’est dans ce contexte que le Groupe de la Banque africaine de développement (BAD) a organisé récemment un forum virtuel consacré à la promotion de l’agriculture climato-intelligente au service de la résilience des producteurs africains. L’événement a rassemblé environ 390 participants issus de 34 pays africains et de dix pays d’autres régions du monde. Experts agricoles, institutions et acteurs du secteur privé y ont partagé des expériences probantes, exploré des pistes de coopération agro-industrielle et débattu des leviers nécessaires à l’essor de systèmes agricoles adaptés au changement climatique.

1 – Le continent africain particulièrement exposé aux effets du dérèglement climatique

Les projections climatiques indiquent que, sans adaptation rapide, la production de cultures essentielles telles que le blé et le maïs pourrait chuter de 20 % à l’horizon 2050. Ces conclusions s’appuient sur des travaux conjoints de la Fondation Gates, du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de Sesi Technologies. Une telle baisse aurait des conséquences économiques et sociales majeures, l’agriculture représentant une source d’emploi pour plus de la moitié de la population active d’Afrique subsaharienne.

Selon la Banque africaine de développement, la généralisation de pratiques agricoles adaptées au climat constitue une réponse efficace à ces risques. Une analyse conduite par Global Change Data Lab, en partenariat avec l’université d’Oxford, montre qu’en Afrique de l’Ouest, des ajustements relativement simples — comme la modification des calendriers de semis ou le choix de variétés mieux adaptées — pourraient non seulement éviter les pertes anticipées, mais aussi générer une hausse des rendements estimée à 13 %.

2 – Le programme TAAT, moteur de la transformation agricole et de la sécurité alimentaire

À travers son initiative Technologies pour la transformation de l’agriculture africaine (TAAT), la Banque africaine de développement diffuse à grande échelle des solutions agricoles à fort impact, notamment des semences tolérantes à la sécheresse et à la chaleur. Ces interventions visent à accroître la production, créer des emplois ruraux et améliorer les revenus des agriculteurs.

En moins de dix ans, le programme a permis à plus de 13 millions d’exploitants agricoles d’accéder à des technologies climato-intelligentes et à des formations sur les meilleures pratiques d’adaptation. Cette dynamique s’est traduite par une augmentation d’environ 25 millions de tonnes de production agricole.

Au Nigéria, par exemple, le dispositif TAAT, soutenu par la Facilité africaine de production alimentaire d’urgence, a distribué 6 500 tonnes de semences améliorées et assuré des formations techniques aux producteurs. Ces actions ont permis d’étendre la superficie cultivée en blé, passée de 11 820 hectares en 2021 à près de 400 000 hectares en 2025, avec des rendements en hausse de près de 30 % dans les zones concernées. À l’échelle du pays, plus de 29 600 tonnes de semences et 180 400 tonnes d’engrais ont été mises à disposition, bénéficiant à 710 000 agriculteurs et générant plus de 2,1 millions de tonnes de denrées alimentaires.

3 – Organisations paysannes et entreprises privées, des relais indispensables

Les coopératives agricoles et les acteurs privés jouent un rôle central dans la diffusion des innovations climato-intelligentes auprès des petits producteurs. Leurs approches combinent la fourniture d’intrants agricoles avec un accompagnement technique, des solutions de financement et l’accès à des données climatiques et météorologiques, souvent via des plateformes numériques.

Des études réalisées en Éthiopie montrent que l’appartenance à une coopérative augmente significativement la probabilité d’adopter des pratiques telles que le paillage, la gestion des eaux de ruissellement ou la lutte intégrée contre les ravageurs. Ces pratiques tendent également à se diffuser au-delà des membres des organisations structurées. En Afrique de l’Ouest, des entreprises comme Ignitia, en partenariat avec des opérateurs de télécommunications tels que MTN, proposent des prévisions météorologiques ultra-localisées basées sur le GPS, accessibles via de simples abonnements téléphoniques. Ces outils permettent aux agriculteurs d’optimiser leurs décisions, notamment en matière d’épandage d’engrais, et de limiter les pertes.

4 – Des innovations largement utilisées, mais souvent méconnues de leurs bénéficiaires

La Banque africaine de développement a contribué à la diffusion de plus de 80 solutions agricoles adaptées au climat à travers le continent. Celles-ci incluent notamment du maïs tolérant à la sécheresse, du blé résistant à la chaleur, du riz adapté aux variations climatiques, des races animales améliorées, des systèmes d’irrigation économes en eau, des fertilisants naturels et des dispositifs agroforestiers.

Des millions d’agriculteurs utilisent ces innovations sans toujours savoir qu’elles sont issues de programmes soutenus par la Banque. Cette situation s’explique par les canaux de diffusion indirects, impliquant collectivités locales, coopératives, entreprises privées et systèmes nationaux de recherche agricole.

Le forum continental a ainsi permis de mettre en lumière les contributions croisées des institutions de développement, des centres de recherche et des secteurs public et privé engagés dans l’adaptation de l’agriculture africaine au changement climatique.

5 – Le financement des engrais, un levier clé pour la résilience agricole

Le Mécanisme africain de financement du développement des engrais (MAFDE), hébergé par le Groupe de la Banque africaine de développement, contribue à sécuriser l’accès aux intrants agricoles en Afrique. En combinant instruments financiers et garanties de crédit, il limite les risques pour les institutions prêteuses et assure un approvisionnement régulier pour les petits exploitants.

Actif dans huit pays africains, le mécanisme a vu le volume de ses garanties de crédit commercial être multiplié par 4,6 entre 2019 et 2025. Cette progression a permis la distribution de 145 772 tonnes d’engrais à 987 676 petits producteurs, dont 34,5 % de femmes. Par ailleurs, plus de 171 363 agriculteurs ont bénéficié de formations sur les bonnes pratiques agricoles, renforçant ainsi la résilience des communautés rurales face aux effets du changement climatique.

Moctar FICOU / VivAfrik


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