Au Bénin, l’accès au foncier rural demeure un défi majeur pour les femmes et les jeunes désireux de s’investir dans l’agriculture. Bien que le cadre légal reconnaisse aux femmes le droit d’hériter des terres au même titre que les hommes, cette égalité reste largement théorique. Dans la pratique, les transmissions foncières leur échappent presque toujours. Les jeunes, de leur côté, rencontrent de nombreuses difficultés pour s’installer durablement et assurer la continuité des exploitations agricoles. Face à cette situation, des pistes de solutions émergent et les actions de plaidoyer se renforcent.
Dans le pays, les terres relèvent juridiquement du domaine de l’État, mais leur gestion est assurée par les autorités locales, qui les attribuent le plus souvent à des hommes considérés comme propriétaires traditionnels. Privées de titres fonciers officiels, les femmes se retrouvent également exclues de l’accès au crédit. « Pour obtenir un financement, il faut pouvoir présenter une garantie foncière, c’est-à-dire une parcelle sécurisée par un titre. Or, la femme ne possède pas de terre. Quelle parcelle pourrait-elle engager comme garantie ? », s’interroge Marie Aguewé, présidente de l’Association nationale des femmes agricultrices du Bénin (Anaf-Bénin).
Des terres précaires pour les femmes agricultrices
Selon elle, les parcelles confiées aux femmes sont le plus souvent des sols appauvris. Ces dernières les réhabilitent grâce à des pratiques agroécologiques, mais sans aucune sécurité à long terme. Le risque d’éviction reste permanent. Cultivatrice de maïs et de soja dans la commune de Ouaké, dans le département de la Donga, Marie Aguewé décrit une situation fréquente : une fois la terre remise en état, l’exploitante peut être sommée de partir sous divers prétextes. « On invoque par exemple le retour d’un fils de l’étranger, à qui il faudrait attribuer la parcelle. On reprend alors la terre à la femme pour la déplacer ailleurs », explique-t-elle.
Même sans être propriétaires, les agricultrices peuvent toutefois améliorer leur situation foncière. La signature de contrats formalisés constitue une option pour réduire leur vulnérabilité. « Grâce à la loi foncière, nous travaillons à l’élaboration de modèles de contrats que nous soumettons aux autorités, afin d’éviter qu’un détenteur présumé de la terre ne puisse, du jour au lendemain, décider de déplacer l’exploitante à sa guise », précise la responsable associative.
Les jeunes également confrontés à des blocages
Les obstacles à l’accès à la terre ne concernent pas uniquement les femmes. Les jeunes agriculteurs peinent eux aussi à obtenir des parcelles pour démarrer leur activité. Pourtant, rappelle Modeste Dayato, secrétaire de l’Association des jeunes agriculteurs modernes du Bénin, les communes disposent légalement de réserves foncières qu’elles peuvent affecter à cette catégorie. « Les municipalités ont la responsabilité de constituer ces réserves, mais dans les faits, cela reste rarement appliqué. Il faut engager un travail de sensibilisation pour amener les autorités locales à prendre des décisions favorables à l’installation des jeunes », souligne-t-il.
Ces terres communales peuvent servir de point de départ. Même sans titre de propriété, elles permettent aux jeunes de lancer une activité agricole, parfois sur des parcelles déjà aménagées. « Cela leur donne l’opportunité de commencer à produire, d’épargner et, à terme, de réunir les moyens nécessaires pour acquérir leur propre terrain », explique-t-il.
Faciliter l’accès au crédit
Au-delà du foncier, la question du financement reste centrale. Pour encourager l’installation des jeunes agriculteurs, Modeste Dayato appelle à un renforcement du rôle du Fonds national de développement agricole (FNDA). Il plaide pour que cette institution couvre jusqu’à 80 % du montant des prêts bonifiés destinés aux jeunes, contre 50 % actuellement, afin de lever les réticences des établissements financiers et soutenir davantage la nouvelle génération agricole.
Moctar FICOU / VivAfrik


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