Le Nigéria veut booster son économie et agir pour le climat

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Le pays le plus peuplé d’Afrique, première économie et premier producteur de pétrole, n’est pas en pointe sur les questions énergétiques. Abuja est néanmoins optimiste et espère qu’en novembre et décembre, la COP21 de Paris aboutira à un nouvel accord international sur le climat. Samuel Adeyoe Adejuwon est responsable du changement climatique au ministère de l’environnement du Nigéria. Il vient de clore une semaine de réunions avec les acteurs français de la COP21 à Paris.

N’ayant pas encore publié ses contributions nationales, le Nigéria, contrairement au Gabon, au Maroc ou à l’Ethiopie, n’a toujours pas indiqué les efforts qu’il était prêt à accomplir lors de la conférence de Paris.
S’exprimant sur pressafrik.com dans sa parution du jour et lu par vivafrik.com, monsieur Adejuwon affirme : «ce sera fait au début du mois de septembre. Nous avons organisé des consultations avec tous les acteurs concernés par le dossier au Nigéria » indique-t-il avant de dévoiler sa stratégie. «Notre approche consiste à nous pencher sur notre contexte national, nos besoins, notre capacité » détaille le responsable nigérian au ministère de l’environnement. Et de s’interroger en ces termes : «devons-nous faire des efforts et prendre des engagements ? » Assurément, répond-t-il à sa propre interrogation. Poursuivant son questionnement, il martèle «avons-nous besoins d’être aidés au niveau du savoir-faire et des financements pour nous adapter au changement climatique ? » Sa réponse est également affirmative. « Là aussi, la réponse est oui. La question des moyens est d’une importance critique. S’il n’y a pas de moyens pour mettre en œuvre des décisions prises à Paris, les objectifs ne seront jamais atteints et nos résolutions n’auront aucun impact sur le climat » conclut Samuel Adeyoe Adejuwow.

A la question de savoir si les pays africains vont insister sur le volet de l’assistance financière, il rétorque « je dirais plutôt que la région Afrique souhaite un traité sur le changement climatique qui soit efficace. Il ne sera pas efficace si nous n’avons pas les moyens d’atteindre nos objectifs. C’est important, car les pays pauvres sont plus vulnérables que les autres pays face au changement climatique. L’Afrique n’est responsable que 3,4% des émissions de gaz carbonique au niveau mondial. Ceci étant dit que l’impact est là, chez nous il se fait sentir, sous forme de catastrophes naturelles, d’inondations, de sécheresse, de désertification, et notre capacité de réponse n’est pas aussi efficace que celle des pays développés où les événements climatiques sont marginaux et rapidement surmontés, donc nous souffrons plus. Il nous faut donc un accord qui traite à la fois des façons mitiger les gaz à effets de serre, mais aussi qui permette l’adaptation au changement climatique, et s’il couvre les deux alors, l’Afrique en sortira gagnante, ce sera un bon accord pour le continent, et pour le monde ».

A l’en croire sur l’approche commune adoptée par les pays africains, il y a une large concertation. A ce sujet, il soutien «…nous échangeons, et lorsque nous nous rendons à ces réunions nous avons un groupe de négociateurs, et nous alignons notre position de sorte que nos propositions deviennent celles du groupe de l’Afrique, ensuite nous présentons ces propositions au G7, et ensuite elles seront présentées à la COP21. Pour revenir à la question des moyens, celle-ci ne sera abordée que si l’addition des efforts de chaque pays permettra d’atteindre les objectifs recherchés au niveau de la lutte contre le changement climatique. A ce moment-là, nous dirons « parlons maintenant argent. » Mais si les efforts de chaque pays sont très faibles, il ne servira à rien de signer un accord, à moins de signer un document qui exigera des pays de s’engager à des efforts additionnels avant une date butoir ultérieure » indique le responsable nigérian au ministère de l’environnement dans une interview exclusive.

Se prononçant sur ses entretiens d’une semaine en France avec les différents acteurs de la conférence sur le climat, monsieur Adejuwon n’hésite à afficher son optimisme. «Je suis optimiste mais il est encore tôt, peu de pays ont publié leur contribution nationale. Les français ont engagés de multiples consultations et c’est une bonne chose, même si le processus de consultation est très compliqué. La France est sur le bon chemin, mais les consultations doivent se poursuivent jusqu’à la fin, jusqu’au dernier coup de marteau, lorsqu’il sera dit « nous avons un accord contraignant qui couvre tous les domaines ».

Sachant que le Nigéria est la première économie de l’Afrique, le pays le plus peuplé du continent, et qu’il a besoin d’énergie pour nourrir son économie, monsieur Adeyoe sera le porte étendard d’un tel message lors de la COP21. Ainsi, il affirme : «nous avons besoin d’énergies. Et c’est pour cela que nous avons beaucoup parlé d’énergie renouvelable et de développement lors de nos réunions à Paris, c’est un domaine où le Nigéria n’est pas en pointe. La France nous propose des solutions et nous sommes intéressés pour collaborer sur ces solutions pour des projets suivants un mode bilatéral, cela nous séduit beaucoup car nous souhaitons en effet booster notre développement économique tout en luttant contre le changement climatique ». Selon lui, il n’appartient pas au Nigéria d’exercer la pression sur les Etats Unies et la Chine, les plus grands pollueurs de la planète mais plutôt la France et l’Union européenne.
Moctar FICOU / VivAfrik

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