Installation de centrales à charbon dans les côtes sénégalaises : que risque les écosystèmes?

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L’océan gagne chaque année près de deux mètres sur les terres. Alors quand le gouvernement veut y installer la première centrale à charbon du pays, l’amertume se double de colère. « Bargny est déjà victime du changement climatique, nous ne voulons pas du charbon. C’est l’énergie la plus polluante et la plus dangereuse pour le climat », explique sur lemonde.fr dans sa parution du 8 septembre 2015 et lu par vivafrik.com Fadel Wade, le coordinateur du collectif des communautés affectées par les centrales à charbon de Bargny.

Le projet Sendou d’une capacité de 125 mégawatts – soit l’équivalent d’un quart de l’électricité produite aujourd’hui par le Sénégal – est né en 2009 sous la présidence d’Abdoulaye Wade, avant d’être repris dans le Plan Sénégal émergent de Macky Sall. Depuis six ans, la population de Bargny ferraille sans relâche pour obtenir son abandon. Jusqu’à présent sans succès. Plus que l’hostilité de la population, la mésentente entre certains actionnaires, le Suédois Nykomb et le Marocain Afg, explique la suspension des travaux quelques mois seulement après leur démarrage en 2013. « Aujourd’hui, il y a assez de travail pour tout le monde. On ne prend pas les pirogues pour partir en Espagne. Le poisson séché est exporté dans toute l’Afrique de l’Ouest et nous rapporte 2 milliards de francs CFA [3 millions d’euros] par an. Construire cette centrale, c’est nous condamner à la pauvreté car les eaux et l’air seront pollués », prédit Fatou Samba, présidente de l’association des transformatrices et conseillère municipale. En retrait de la plage où de grandes pirogues débarquent les casiers de poissons, des femmes courbées vers le sol préparent des tas de coques d’arachide destinées au fumage des sardinelles.

Normes environnementales non respectées
Dans son boubou blanc, la tête coiffée d’une chéchia, l’ingénieur Daouda Gueye, responsable technique de la ville, a épluché toutes les données du projet et égrène sans faillir la liste des dangers. A l’en croire, « cinq pompes vont aspirer 15 000 mètres cubes d’eau de mer par heure et rejeter une eau dont la température aura été réchauffée de plus de 10 °C. Rien n’a été prévu pour stocker les résidus des 400 000 tonnes de charbon qui seront brûlées chaque année. Qui peut prétendre que la préparation des poissons pratiquée à l’air libre sera encore possible à proximité d’une centrale dont les fumées seront chargées de particules polluantes de plomb, de sélénium, d’arsenic… »
Ainsi, la petite compagnie sous l’autorité du doyen, qui jure que tant qu’il sera vivant, « Bargny ne produira pas d’électricité au charbon », envisage de porter plainte contre le gouvernement et la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec) devant la Cour suprême. « Les normes environnementales de la Banque mondiale ne sont pas respectées », assure l’écologiste Mbacké Seck, qui prête main-forte aux communautés de Bargny dans leur combat contre ce « projet sale ». « Le Sénégal doit faire un saut technologique vers les énergies renouvelables. Pas choisir la pire des solutions pour le climat et les populations », plaide ce représentant de la branche sénégalaise de l’Ong internationale Waterkeepers.

Pour sa part, le président Macky Sall a choisi le chemin inverse pour assurer les besoins en énergie des 14 millions de Sénégalais aujourd’hui très mal desservis et à des tarifs parmi les plus élevés d’Afrique de l’Ouest. Une deuxième usine à charbon, deux fois plus puissante, et confiée au Coréen Kepco est programmée à Bargny. Au nord de Dakar, à Kayar, l’indien Jindal Stell a été retenu pour livrer une unité de 350 mégawatts et le canadien Africa Energy a signé pour 250 mégawatts à Mboro. Le charbon sera importé d’Afrique du Sud conclue notre source.
Moctar FICOU / VivAfrik

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