L’accord de Paris analysé par l’Institut Afrique-RSE

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A la lecture des 39 pages de l’Accord de Paris adopté à l’issue de la vingt et unième Conférence des Parties sur le changement climatique, force est de constater qu’au-delà des grandes déclarations médiatiques, le document n’a rien d’historique pour plusieurs raisons, rapporte reussirbusiness.com.

Akrik clim

Après 21 ans de négociations au plus haut niveau entre les Etats, comment s’auto-satisfaire de l’accord de principe sur une réduction de 2°C à 1,5°C des émissions de Gaz à Effet de Serre alors que les GES continuent de croître sauf en période de récession ?

Lors de la COP 22 l’année prochaine à Marrakech, on pourra même acter un accord de réduction non pas de 1,5 °C mais de 1°C. Cela ne changera rien si les pays industrialisés ne prennent pas des mesures ambitieuses et drastiques pour réduire leurs émissions de carbone.

Parallèlement les pays en développement prennent à grande vitesse la voie de l’émergence avec à la clé l’explosion de leurs émissions de GES.

L’accord de Paris a également été présenté comme juridiquement « contraignant ».

Il faudra probablement réunir les meilleurs professeurs de droit et rédiger plusieurs thèses sur ce document pour le démontrer.

Il est effectivement indiqué dans la première page « Adoption d’un protocole, d’un autre instrument juridique ou d’un texte convenu d’un commun accord ayant force juridique, élaboré au titre de la Convention et applicable à toutes les parties ».

Mais il n’est fait mention nulle part de la juridiction compétente pour trancher les préjudices. On ne sait d’ailleurs pas de quels préjudices il s’agit, ni le périmètre des sanctions et encore moins les parties prenantes pouvant saisir une éventuelle « justice climat ».

Le fait également de mentionner dans l’Accord de Paris que le financement de 100 milliards de dollars octroyés par les Pays Développés à ceux en Développement n’est plus un plafond mais un plancher n’est en rien historique.

Le Fonds Vert pour le Climat attend toujours de remplir ses caisses malgré les promesses.

D’ailleurs les pays africains qui ont voté l’Accord de Paris ont l’expérience du processus de financement international.

Fixé par l’ONU, les pays développés ne devraient-ils pas accordé 0,7 % de leur PIB à l’Aide Publique au Développement ?

Ils sont seulement cinq (Danemark, Luxembourg, Norvège, Royaume-Uni et Suède) à respecter cet engagement.

Loin d’être historique au regard des défis majeurs de réduction des émissions de GES, l’accord de Paris s’inscrit dans le processus normal de négociation annuelle sur le climat.

Cependant, les organisations patronales et les entreprises africaines qui accordent très peu d’intérêt à la question du changement climatique ont tort.

Dans le cadre de la Conférence des Parties (COP 21), les états africains ont soumis leurs Contributions Prévues Déterminées au niveau National (CPDN).

Il s’agit de la présentation des principaux postes émetteurs de Gaz à Effet de Serre (GES) dans le pays, d’une simulation sur les émissions futures de carbone, du pourcentage de réduction envisagé et enfin des modalités de financement.

Après analyse des CPDN, on est surpris de la faible implication du secteur privé africain dans les négociations climatiques.

Pour les gouvernements africains, l’objectif des CPDN est d’obtenir des financements internationaux en échange d’engagements pour lutter contre les émissions de Gaz à Effet de Serre.

Agriculture et élevage, industrie, production de l’énergie, transport et logistique, agro-industrie, déchet, exploitation forestière, mine et cimenterie, industrie pétrolière et gazière, tourisme, etc. Quasiment tous les secteurs d’activités sont des cibles de réduction de GES selon les pays.

Ce qui entrainera à terme des chocs et mutations profondes au niveau des entreprises africaines.

Elles doivent donc réaliser un diagnostic de leurs émissions de gaz à effet de serre (bilan carbone) et adopter une stratégie carbone.

Ce qui permettra d’anticiper les risques des engagements internationaux des Etats sur le climat et de saisir les opportunités du green business.

D’après la Banque Africaine de Développement (BAD), le coût économique du changement climatique en Afrique sera compris 45 et 50 milliards de dollars par an d’ici 2040 et jusqu’à 7 % de Produit Intérieur Brut (PIB) annuel en moyenne d’ici 2100.

Dans la contribution de la BAD à la COP 21, on peut relever plusieurs opportunités de green business offertes par la transition vers une croissance verte.

Face aux pressions écologiques sur les énergies fossiles (surtout pétrole et charbon), il est opportun d’accroître progressivement la part des énergies renouvelables dans le mix énergétique.

D’après la Banque Mondiale, les seules coupures d’électricité coûteraient à l’Afrique subsaharienne 2,1 % de son PIB.

Le potentiel ne manque pourtant pas dans le domaine du renouvelable.

La BAD estime que la capacité de production d’énergie solaire pourrait atteindre 10 000 GW, celle éolienne 109 GW, respectivement 350 et 15 GW pour l’hydraulique et la géothermie.

Sans oublier les millions de dollars mobilisables dans les industries et le secteur tertiaire grâce à l’efficacité énergétique qu’on sous-estime le plus souvent.

Un positionnement sur le business du bas de la pyramide (BoP) permettrait également de saisir les opportunités du marché énergétique de 10 milliards de dollars par an auprès des millions d’africains qui gagnent moins de 2,50 dollars par jour d’après la BAD.

Grâce à une double révolution verte, l’Afrique qui possède 25 % des terres fertiles mondiales non utilisées pourrait passer d’une production agricole annuelle de 280 milliards de dollars à 880 milliards de dollars en 2030.

Avec une population de plus de 1,2 milliard d’habitants qui passera au moins à 2 milliards en 2050, il s’agit d’autant de bouches à nourrir.

Le défi est donc d’augmenter la production de céréales, de têtes de bœufs et de cochons en réduisant non seulement les coûts mais aussi les émissions de GES du secteur de l’agriculture et de l’élevage.

De 28 % de citadins en 1980, près de 40 % des africains vivent actuellement en ville avec un pouvoir d’achat supérieur aux résidents des zones rurales et des changements dans les modes de consommation. Plus de viande et dont plus d’émission de GES.

Avec ses 52 villes de plus d’un million d’habitants, l’urbanisation est également une grande opportunité du business du climat en Afrique.

Comme le rappelle la BAD, avec leurs populations denses, leur concentration d’infrastructures et leurs vastes surfaces bitumées, les villes sont également particulièrement vulnérables aux inondations, aux tempêtes brutales et aux autres impacts climatiques, spécialement près des côtes et sur les rivières.

Les investissements en infrastructures qui seront réalisées dans les villes dans les prochaines années devront être à la fois à faible émission de carbone et résistantes au climat.

Les villes peuvent prendre la bonne route en adoptant un développement plus compact et efficient – en augmentant la productivité économique, en améliorant la qualité de l’air et la santé publique, en réduisant la pauvreté et en relevant la sécurité.

Une telle approche plaît aux investisseurs et diminue le coût des infrastructures et des services publics.

Construire des villes intelligentes, c’est construire plus sainement des lieux plus vivables et plus productifs qui réduisent également les émissions de GES.

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