Impact El Nino:  » L’Afrique australe est en proie à une forte sécheresse » selon Alexandre Boy

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Depuis l’été 2015, le phénomène climatique El Niño fait de nouveau rage. Principalement actif dans les régions tropicales et subtropicales du Pacifique, il contribue à modifier les conditions climatiques des régions qu’il traverse. Alexandre Boy, analyste chez Agritel, décrypte les derniers mouvements y étant liés sur les marchés agricoles, lors d’un entretien avec L’Usine Nouvelle paru dans sa livraison du jour.

Quels sont les principaux impacts constatés d’El Niño depuis le début du phénomène?
El Niño est un réchauffement des températures mesurées sur l’océan Pacifique, supérieures à la moyenne normale. Cela entraine une modification des courants atmosphériques dans l’hémisphère Sud, ce qui peut notamment affecter la production de blé en Australie. En moyenne, une année El Niño sur deux, un impact est constaté dans ce pays. Cette année, ses conséquences ont été cantonnées à la période du 1er septembre au 15 octobre, limitant la perte de production entre 1 et 2 Mt. La récolte s’élèverait à environ 24,5 millions de tonnes, contre 26 Mt habituellement.

Par contre, l’Afrique australe est en proie à une forte sécheresse. L’Afrique du Sud, un des principaux exportateurs de maïs de la zone, devra en importer cette année (3 à 4 Mt importées, pour compenser une baisse de production de 40% environ sur deux ans). Les pays périphériques d’Afrique australe (Zimbabwe, Malawi, etc.) sont également touchés.

Quelles sont les conséquences attendues en termes de production?
L’impact a été, pour l’heure, limité au niveau mondial : une perte de récoltes de 1 à 2 Mt représente peu par rapport à une production mondiale de 750 Mt de blé ! Pour les mois qui viennent, nous suivrons particulièrement l’Inde, où la sécheresse, qui fait rage pour la deuxième année consécutive, affecterait la production de blé avec des surfaces en baisse. L’Inde importerait du blé pour la première fois depuis dix ans. L’an dernier, la production était déjà très mauvaise, à 89 Mt ; cette année, elle pourrait tomber à 86/87 Mt, contre environ 94 Mt lors des campagnes classiques. L’Inde a par ailleurs acheté du maïs cette année, alors qu’elle en exporte habituellement.

Qu’en est-il de l’huile de palme, dont l’essentiel de la production se situe en Asie du Sud-Est?
Au moins trois-quarts de la production mondiale vient d’Indonésie et de Malaisie. Une baisse de la production liée aux fortes précipitations était attendue, mais les arbres ont finalement bien tenu, et l’impact n’a pas été majeur. Nous n’avons pas observé de baisse significative de la production par rapport à la tendance de ces dernières années.

Quelles avaient été les conséquences notables des épisodes précédents?
L’impact d’El Niño est très variable selon les années : de fortes baisses de la production peuvent alterner avec des épisodes sans impact majeur. El Niño peut avoir des conséquences fortes lorsque la production est restreinte. Les marchés ont toujours tendance à mettre une prime de risque, mais les opérateurs tendent à devenir plus prudents vis-à-vis de ce phénomène.

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