Laurence Tubiana ne voit pas le succès des gouvernements à la COP22

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Laurence Tubiana, ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique pour la France et « championne du climat » des Nations unies reste pessimiste quant au succès des gouvernements seuls à la COP22. Dans une interview qu’elle a accordée à la-croix.com, elle prédit que « les gouvernements ne peuvent pas arriver tout seuls » à aider les Etats-unis à tenir leurs engagements.

Comment faire en sorte que les engagements des États pour lutter contre le changement climatique soient régulièrement révisés à la hausse ?

Au moment où nous négociions l’accord de Paris, nous savions que les engagements pris par les États seraient insuffisants pour remplir l’objectif de contenir la hausse de la température moyenne sous 2 degrés. Nous avons donc introduit trois mécanismes : des clauses de rendez-vous tous les cinq ans, un bilan global régulier pour faire le point et la définition de stratégies de décarbonation profonde de long terme. Aujourd’hui, je lance à Marrakech une plate-forme sur ces stratégies de long terme, avec le noyau des premiers volontaires. Une vingtaine de pays, dont la Colombie, la France, l’Allemagne ou encore le Brésil vont y participer. L’idée est de parvenir à définir, avant 2018, ces stratégies visant à réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre nationales. Les contributions mises sur la table pour l’accord de Paris sont assez conservatrices. Là, il s’agit d’afficher à quel point chacun en sera vraiment en 2050.

La plate-forme réunit d’autres acteurs que les États ?

J’ai en effet poussé l’idée que la plate-forme intègre des villes, des régions ou des entreprises engagées volontairement dans cette voie. Des États américains, comme l’État de Washington et la Californie, mais aussi la Catalogne, une région du Nigeria et deux régions australiennes vont rejoindre cette plate-forme. La participation d’entreprises est intéressante car les gouvernements pourront étudier leurs hypothèses sur l’évolution de la nature et des coûts des technologies. Trop souvent, les gouvernements raisonnent sur les technologies du passé, pas à partir de celles de demain. Les villes sont aussi des acteurs majeurs dans la lutte contre le changement climatique. Par exemple, les villes chinoises ont annoncé une réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre en avance sur l’objectif avancé affiché par les autorités nationales.

Les acteurs non gouvernementaux peuvent-ils aider les Etats-unis à tenir leurs engagements, même après l’élection de Donald Trump ?

L’architecture de l’accord de Paris était fondée sur cette idée que les gouvernements ne peuvent pas y arriver tout seuls. D’ailleurs, l’accord a pu être adopté justement parce que les gouvernements ont commencé à sentir que les signaux économiques allaient dans le sens de la lutte contre le changement climatique. Que ces signaux envoyés par les marchés persistants ne peuvent être qu’un encouragement. Et l’existence d’un lobby vert est désormais une réalité aux Etats-Unis.

Moctar FICOU / VivAfrik

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