Les méfaits des changements climatiques mis en exergue à l’occasion de l’atelier de restitution des résultats du projet AgMip à Nioro du Rip

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L’atelier de restitution des résultats du Projet AgMip (Agricultural model intercomparison and improvement poject (en français le modèle d’inter-comparaison et d’amélioration de celui agricole) par l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar) : cas de Nioro du Rip a servi de tribune pour différents acteurs de passer au peigne fin les maux qu’engendrent les dérèglements climatiques surtout dans le secteur agricole.

Pour le Dr. Cheikh Oumar Ba, directeur exécutif de l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar), les effets du changement climatiques sont loin d’être une vie d’esprit. «Les changements climatiques, loin d’être une vie d’esprit, constituent une menace sérieuse qui n’épargnera personne, ni aucun système de production, ni aucune nation. La différence se mesurera à l’aune de la capacité d’anticipation que chaque Etat développera individuellement mais également collectivement pour faire face. Notre secteur agricole emploie près de 70% de la population reste encore fortement tributaire des conditions climatiques». De son côté, le député Cheikh Omar Sy représentant du président du Réseau des parlementaires pour l’environnement au  Sénégal (Repes), estime le changement climatique constitue une sérieuse menace pour l’agriculture. «Le changement climatique constitue une sérieuse menace sur les secteurs clés de l’économie notamment l’agriculture. Ces effets,  se font ressentir de façon démesurée sur l’ensemble des secteurs de développement avec comme conséquence néfaste avec une augmentation des terres arides, une baisse des rendements agricoles, un accroissement des terres arides. Il est clairement admis que les températures plus élevées diminuent les rendements des cultures aussi l’exemple le plus significatif d’une telle situation constitue les mauvaises récoltes à court terme et la baisse de la production».

Prenant la parole, Ibrahima Hathie, directeur de recherche de l’Initiative prospective agricole et rurale (Ipar) se veut plus clair. « Le changement climatique a un impact différencié selon les cultures, les types de populations et les systèmes de production. Lorsqu’on pense aux cultures, on s’est rendu compte, parce que nous avons un système de production basé sur céréales-légumineuse (mil, maïs et arachide), plus élevage. Notre investigation s’est basée sur ces cultures. Nous avons vu que le maïs souffre de l’impact du changement climatique que ce soit dans le système de production actuelle que celui futur. L’impact est moindre sur l’arachide et parfois même positif. En conséquence, du fait que l’arachide occupe une place dans les systèmes de production à Nioro, l’impact positif de l’arachide se répercute sur l’impact global des ménages. On se rend compte finalement que le changement climatique peut avoir un aspect positif sur les ménages. Mais cela ne doit pas nous induire en erreur parce que cela suppose seulement pour les ménages où l’arachide joue un rôle important où le maïs n’est pas très important. Pour les ménages où le maïs joue un rôle important, ces ménages vont perdre. Il est possible de prendre des dispositions pour atténuer ces changements. Des mesures d’adaptation que nous avons préconisées permettent de faire table rase et de même faire disparaître l’impact sur le maïs si elles sont prises », détaille-t-il. Ajoutant que « l’une des mesures que nous avons préconisée et qui a été testée est celle des variétés qui soient moins sensibles à la chaleur. Dans ces zones la chaleur joue un rôle très important. Si on a des variétés moins sensibles à la chaleur, on voit que ça se répercute avec des rendements qui augmentent même pour le maïs qui est le cas le plus préoccupant. Ce qui veut dire, aujourd’hui, on devrait mettre plus de ressources dans la recherche pour permettre d’inventer ce type de variété. En allongeant le cycle on se rend compte, aussi en augmentant l’utilisation d’engrais, que les céréales voient leur rendement augmenter rapidement y compris pour le maïs. On a vu que les rendements de maïs ont triplé avec cet engagement. Par contre, pour l’arachide souffrirait de cela », se félicite Ibrahima Hathie. Qui conseille d’« avoir des politiques réfléchies, voir selon les cultures quelle mesure de recherche aussi adoptée ». « Ce qu’on remarque, conclut-il, s’il n’y a pas d’intervention, d’adaptation les producteurs peuvent souffrir sauf dans le cas où l’arachide occupe une place importante dans le système. Et dans ce cas, le résultat peut être positif. Aujourd’hui, si vous voulez prendre des dispositions et qu’elles soient durables, il faudrait prendre la voie du développement durable. Ça va être plus lent en termes de croissance mais ça va être durable. Par contre si vous prenez une option factuelle, ça se fait au détriment des ressources et au détriment de nos enfants qui vont venir demain».

Souleymane Diallo, directeur de cabinet du ministère de l’environnement et du développement durable déclare que «la menace du changement climatique est de plus en plus préoccupante, car les populations sont majoritairement vulnérables et leur moyens d’existence sont tributaires des ressources naturelles en constante dégradation (déforestation, dégradation des sols, érosion côtière etc.). L’agriculture, pilier de l’économie rurale, est un des secteurs les plus affectés par les effets de la variabilité et du changement climatique. Les populations sahéliennes vivent au quotidien les impacts de la variabilité et du changement climatique qui sont ressenti sur la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau des populations et à la dégradation des écosystèmes  entraînant des conflits inhérents à la gestion des ressources naturelles. Les incidences des changements climatiques remettront en question des systèmes de production déjà fragilisés et qui devront produire plus pour nourrir les populations de plus en plus nombreuses. Il est ainsi nécessaire de prendre rapidement des mesures à la fois pour limiter l’impact du changement climatique sur l’agriculture et ses conséquences en termes de sécurité alimentaire et nutritionnelle mais aussi pour rendre les pratiques agricoles plus responsables et respectueuses de l’environnement».

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