L’ONG Greenpeace condamne l’annulation du visa de l’un de ses employés et l’expulsion d’un réalisateur français au Congo

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Pour cette ONG internationale de défense de l’environnement, cette expulsion est « une nouvelle manifestation inquiétante de la manière dont certains officiels congolais essaient de limiter le rôle des médias et de la société civile dans le pays pour protéger notamment les intérêts de grandes entreprises ».

Dans un communiqué du début du mois de mars, l’ONG internationale Greenpeace a condamné l’expulsion d’un réalisateur français et l’annulation du visa de l’un de ses employés dans la province de l’Équateur. Ces décisions, a précisé cette organisation, ont été prises par les autorités congolaises, à la suite d’un tournage dans la province de l’Équateur. Greenpeace a noté que les bases légales pour leur arrestation et l’expulsion du réalisateur et de son employé qui a suivi demeurent floues. Mais l’ONG reconnaît que l’équipe était sur place pour filmer le quotidien des communautés dans la zone d’Imbonga, près de la concession forestière. Établissements Motema, appartenant à l’amiral Baudouin Liwanga, qui fait sous-traiter l’exploitation à Cotrefor. « Ils étaient dans le pays légalement avec toutes les autorisations et documents nécessaires, notamment une accréditation officielle du ministère de la Communication et des Médias », a précisé à adiac-congo.com la responsable de la Campagne forêt à Greenpeace, Irène Wabiwa. Pour cette dernière, leur expulsion est « une nouvelle manifestation inquiétante de la manière dont certains officiels congolais essaient de limiter le rôle des médias et de la société civile dans le pays pour protéger notamment les intérêts de grandes entreprises ». Cette ONG a noté que l’ordre a été donné, le 17 octobre, par les autorités locales à cette équipe de quitter la zone pour se rendre à Mbandaka. À leur arrivée au chef-lieu de la province, le matériel vidéo et le passeport du réalisateur ainsi que celui d’un employé non congolais ont été confisqués. Personne n’a été placé en détention, a indiqué Greenpeace, mais le réalisateur a été interrogé par les services de l’immigration, avant qu’il ne soit, avec son équipe, renvoyé à Kinshasa.

Une décision influencée par les grandes entreprises

Irène Wabiwa pense que cette décision avait été influencée par les intérêts de grandes entreprises forestières pour limiter le rôle critique de Greenpeace, parce ce que cet employé de Greenpeace et le réalisateur documentant les activités des communautés ont été expulsés sans aucune raison légale, quelques semaines après les révélations faites par cette ONG internationale sur l’allocation illégale par l’ex-ministre de l’Environnement, Robert Bopolo, de deux concessions forestières en violation du moratoire de 2002 sur les nouveaux titres forestiers. Ces révélations, a-t-elle, expliqué, ont été l’objet de vives critiques du gouvernement congolais de la part des donateurs internationaux, car elles confirmaient le chaos ambiant du secteur forestier en RDC. Irène Wabiwa a fait savoir que le 8 février, l’actuel ministre chargé du secteur, Athys Kabongo Kalonji, a confirmé à La voix de l’Amérique l’illégalité et l’annulation de ces titres attribués par l’un de ses prédécesseurs. Mais, à l’en croire, ce membre du gouvernement Badibanga a, ensuite, précisé qu’aucun arrêté d’annulation n’avait encore été signé, alors qu’il n’avait non plus rien dit quant à d’éventuelles sanctions contre des personnes impliquées dans ces allocations. Greenpeace a également rappelé qu’un groupe international de bailleurs présidé par la Norvège, l’Initiative pour la forêt de l’Afrique centrale (Cafi), avait également sollicité du gouvernement congolais l’annulation de ces concessions illégales. Cette ONG a souligné que Cafi, qui a pourtant signé avec le gouvernement un accord de 200 millions de dollars américains pour la réduction de la déforestation, n’a pas exigé des comptes aux officiels impliqués dans ces violations et ne s’est pas non plus ému d’expulsions précédentes et n’a pas demandé de garanties au gouvernement congolais de permettre à la société civile de travailler librement.

Mise en place des conditions et garanties de base

Pour Irène Wabiwa, le gouvernement peut montrer de manière crédible qu’il tient à améliorer la gouvernance dans le secteur forestier congolais par la mise en place des conditions et garanties de base pour que la société civile puisse fonctionner et contrôler le secteur forestier sans prendre le risque d’être arrêtée ou expulsée. « Nous demandons au gouvernement congolais, a-t-elle dit, de permettre aux ONG impliquées dans la surveillance de la gestion forestière de travailler librement et d’envoyer un signal fort aux bailleurs de leurs efforts vers la transparence, l’un des éléments-clés d’une coopération fructueuse. »