Les énergies renouvelables, une aubaine pour ivoiriens

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Les énergies renouvelables s’établissent petit à petit dans le quotidien des populations vivant en Côte d’Ivoire. Ils suscitent un engouement réel de la part d’une frange de la population. Certains opérateurs économiques s’y investissent selon des modalités diverses. L’Etat ivoirien, architecte de la politique énergétique nationale, semble avoir pris la mesure de l’importance de cet instrument de développement, à travers des investissements majeurs. Un regard synoptique de ce nouveau genre de distribution de courant électrique s’avère essentiel, constate amèrement nos confrères d’abidjan.net.

L’engouement réel d’une frange de la population pour l’énergie solaire

Pour Prince Odeogbi, un opérateur économique responsable d’une entreprise solaire, l’engouement des populations vivant en Côte d’ivoire pour le solaire est perceptible, depuis 2016, car les facilités d’acquisition du matériel et les coûts d’installation semblent désormais aisés. A partir de 10 000 FCFA, l’usager peut s’offrir un matériel solaire. Un DVD solaire peut s’obtenir à 20 000 FCFA, un fer à repasser solaire à 10 000 francs. Un réfrigérateur solaire peut s’acquérir pour un prix compris entre 500 000 et 600 000 francs et des chauffe-eau solaires vendus dans une grande surface de la place à 250 000 FCFA. Pour des installations solaires, « nous venons regarder la maison, faisons le devis et voir les démarches à faire », a-t-il fait savoir. Une installation minimale peut se faire à partir de 100 000 FCFA avec les commodités suivantes: le panneau solaire, la batterie, le régulateur de charge pour l’éclairage domestique. Pour les foyers intéressés par un équipement plus fourni composé de quatre ampoules, d’une prise et d’un téléviseur de 25 watts maximum, ils devront débourser la somme de 750 000 FCFA.

Pour Emmanuel Yao, manager général d’une entreprise, une habitation peut comporter 30% de solaire et 70% d’énergie fournie par la Compagnie ivoirienne d’électricité (CIE). Un avantage qui permettrait à l’usager d’avoir en permanence, un éclairage assuré à domicile, pour moins de 500 000 francs sur une durée de vie de plus de cinq ans. « Avec 3 500 000 FCFA, vous pouvez disposer de 10 ampoules, trois prises téléviseurs de 100 watts et la possibilité d’un branchement d’un ordinateur et son ventilateur », a-t-il dit. Malgré des coûts de vente sensiblement élevés, ces installations peuvent durer plus de cinq années. Un coût qui ne semble pas amoindrir l’ardeur de certains consommateurs. Des lampadaires solaires autonomes pour l’éclairage public, privé et communautaire, des installations solaires en courant continu, des éclairages de stations de distribution de carburants au système solaire sont disponibles pour le bienfait des populations. L’engouement pour le solaire très perceptible, notamment auprès des fermiers, des villages et des propriétaires d’entreprises agricoles.

Des projets notables en la matière dans des localités ivoiriennes

A Daoukro, un projet de construction des centrales solaires photovoltaïques et thermiques à biomasse dénommé « Daoukro Energie » initié par la société Seres Synergies Holding SA de l’entrepreneur N’da Comoé, se dresse. « Daoukro Energie », ce projet à portée sociale, veut fournir au travers des centrales solaires photovoltaïques et thermiques à biomasse d’une capacité de 350 MW, du courant électrique. « Nous voulons faire de Daoukro le hub de production et de transport d’énergie électrique en Côte d’Ivoire », avait déclaré N’da Comoé, lors de la pose de la première pierre de ce gigantesque projet dont le coût d’investissement s’élève à six milliards de francs CFA. A Nassian, l’Association ivoirienne pour le progrès avait offert, le 23 mars 2017, des pompes à énergie solaire aux ressortissants des villages de Zamou et Kapé, Kromanbira et Boudou, Kakpin et Ganssé, ainsi que Solokahé.
Dans cette même veine, le géant de l’électricité français EDF a établi un partenariat avec l’entreprise SIFCA pour la construction et l’exploitation d’une centrale électrique alimentée à la biomasse, par des troncs et feuilles de palmiers à huile. Annoncé le 22 septembre 2014, le protocole a été signé à Paris entre le premier groupe agro-industriel en Afrique de l’Ouest, l’ivoirien SIFCA, et le français EDF. Cette unique centrale de 46 MW s’étend dans la région d’Aboisso, à une centaine de kilomètres à l’Est d’Abidjan. Elle sera reliée au réseau national.

Une conversion progressive de la Côte d’Ivoire aux énergies renouvelables

Force est de reconnaître que la Côte d’Ivoire s’est investie dans le secteur des énergies renouvelables depuis les Indépendances, avec notamment la mise en route progressive des centrales hydroélectriques d’Ayamé 1 en 1959, Ayamé 2 en 1965, de Kossou en 1972, de Taabo en 1979, de Buyo en 1980 et de Grah en 1983. Le débat de genres sur la classification de ces infrastructures dans le secteur des énergies renouvelables ne se pose pas, selon le spécialiste de programme politique de l’énergie planification stratégique de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Ibrahima Babo. Cette énergie hydraulique n’émet pas de gaz à effet de serre et est utilisable rapidement grâce aux grandes quantités d’eau stockée. Elle est admise comme une énergie renouvelable très économique à long terme.

Ce potentiel hydroélectrique ivoirien exploité s’élève actuellement à 604 MW. Quand celui non exploité ou pas encore exploité se chiffre à 1 847 MW. Sa part dans le mix énergétique s’établit à 45 %, en ligne avec les engagements pris par la Côte d’Ivoire, lors de la Cop21 au Maroc, selon le ministre de l’Energie, du Pétrole et des Energies renouvelables, Thierry Tano. Il intervenait lors de la mise en service officielle du premier groupe de production d’électricité de l’aménagement hydroélectrique de Soubré, le 30 juin 2017. Lancé le 25 février 2013, le barrage de Soubré demeure à ce jour, le plus grand du pays grâce à sa fourniture prévue de 275 mégawatt (MW) pour le mois d’octobre 2017. D’importants projets ont pignon sur rue, pour permettre de générer plus de 2 000 MW durant les prochaines années. Il s’agit, entre autres, des barrages hydroélectriques de Louga (283 MW), Boutoubré (156 MW), Tiboto (220 MW) et de Tayaboui (100 MW). Un autre barrage de ce genre, d’une puissance de 44 MW situé à Singrobo Ahouaty, à 90 km de Yamoussoukro, sur le fleuve Bandama, est en projet pour un coût de 85 milliards FCFA. Ce sont, au total, sept barrages dans trois régions du pays que le gouvernement ivoirien prévoir de construire, avant fin 2019.

L’exonération de taxes douanières et la tarification sur les énergies renouvelables, des obstacles à franchir

Le secteur de l’Electricité en Côte d’Ivoire est régi par la loi n°2014- 132 du 24 mars 2014, portant Code de l’électricité. Cette réglementation assujettit l’exercice dans le secteur des énergies renouvelables à la signature d’une autorisation ou d’une convention entre le promoteur et l’Etat ivoirien. Cette nouvelle réglementation indique la volonté des autorités gouvernementales d’encourager le développement des énergies renouvelables en Côte d’Ivoire. Au-delà des bonnes intentions exprimées dans cette législation, la maîtrise de la tarification sur les énergies renouvelables s’impose. Eu égard aux contraintes liées aux coûts d’investissements des entrepreneurs, à la rétribution attrayante des investisseurs et la qualité des services rendus. Pour ce faire, des mesures adéquates au travers de politiques pertinentes et de mécanismes permettant de promouvoir les investissements dans ce secteur semblent indiquées. Bien plus, selon le directeur général du groupe Technopole, Jean Marie Koné, l’Etat doit exonérer de taxes douanières les importations des panneaux solaires. « Le gouvernement doit miser sur l’exonération des taxes douanières sur tout ce qui est produit sur les produits d’énergies solaires. Un supplément de 35% en termes de dépenses est constaté pour toutes les transactions », a-t-il décrié. Une mesure dont les conséquences serait bénéfique pour les usagers, en termes de coût d’achat. Pour l’entrepreneur, les artifices existent pour éroder le dynamisme des entrepreneurs désireux d’investir, dans ce secteur. « Le système doit être déverrouillé pour permettre aux populations d’avoir du courant de bonne qualité et à un coût accessible », estime Jean Marie Koné. Le Burkina Faso, le Nigéria et le Bénin offrent des panneaux exonérés de taxes douanières.

Le développement des énergies renouvelables, une volonté mondiale

Selon le rapport 2016 de l’Agence internationale pour les énergies renouvelables, le choix des énergies renouvelables par les nations s’avère compétitif par rapport à d’autres solutions. Il favoriserait les économies d’échelle en offrant des avantages considérables en termes de création de valeur au niveau local, de sécurité énergétique et de viabilité environnementales. L’accord inédit conclu en décembre 2016 par les 195 pays représentés à la 21ème Conférence des Parties (COP21) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), tenue à Paris, scelle la volonté commune des états de limiter le réchauffement climatique mondial nettement en dessous de 2° Celsius. Des engagements inédits ont par ailleurs été pris en faveur des énergies renouvelables par des collectivités régionales, étatiques et locales, ainsi que par des entreprises privées, selon ce rapport. Le développement des énergies renouvelables s’impose, par conséquent, dans une Afrique qui compte plus 500 millions de personnes vivant sans électricité, avec moins d’un Africain sur cinq raccordé à l’électricité en 2012. La volonté publique existe en Côte d’Ivoire. Elle s’est exprimée à travers le nouveau Code de l’électricité adopté en 2014. Cette volonté publique doit s’accommoder avec la prise de mesures fortes pour une libération totale du secteur pour l’accès à un coût raisonnable de l’énergie dans le pays.

Faire de la Côte d’Ivoire, un hub énergétique donne une vue sur l’ambition légitime du gouvernement. Des investissements importants devront être entrepris avec notamment, la poursuite d’une politique de promotion et de vulgarisation de l’énergie renouvelable et une redéfinition de la tarification de l’énergie renouvelable.

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