Les plantations d’huile de palme de Bolloré au Cameroun créent un dialogue de sourds

0

Des ONG et des villageois mettent en cause les immenses concessions qui occupent les terres et polluent l’eau.

Bottes aux pieds, torse nu ruisselant dans la touffeur de ce début d’après-midi, l’un sectionne les régimes de fruits mûrs d’un coup de machette, l’autre les charge sur une brouette. Puis ils passent au palmier suivant. L’essentiel des tâches a lieu le matin dans la plantation de Mbambou, dans la région du Littoral au Cameroun, mais tous deux prolongent leur labeur. En Afrique, l’huile de palme qui suscite tant de polémique en Europe fait avant tout couler la sueur des travailleurs. L’appel est à 6 heures, six jours par semaine. Déforestation, accaparement de terres, rudes conditions de travail, logements sommaires : accusée de tous les maux, la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm) n’a pas selon lemonde.fr bonne presse. Filiale de la Société financière des caoutchoucs (Socfin) basée au Luxembourg, détenue à un peu plus de 50 % par le belge Hubert Fabri et à près de 39 % par le groupe de Vincent Bolloré, elle est dans le collimateur de plusieurs ONG et associations de riverains. Sa direction a décidé qu’il était temps d’amorcer un changement. Elle se fait conseiller par l’ONG The Forest Trust pour y parvenir, et a ouvert ses portes au Monde en gage de bonne volonté. C’est une première.

La concession de Mbambou s’étend sur 16 500 hectares. Sur chacun d’eux s’alignent à l’identique 143 palmiers en quinconce. Un cercle bien net est dessiné au glyphosate – l’herbicide le plus vendu au monde – au pied de chaque palmier, afin de ne pas perdre le moindre fruit tombé. Les femmes des villages alentour les ramassent, moyennant 250 francs CFA (38 centimes d’euros) le sac de 35 kg. Les coupeurs viennent, eux, majoritairement des montagnes pauvres du nord-ouest anglophone du pays, et sont payés au poids par des sous-traitants.

Moctar FICOU / VivAfrik

Laisser un commentaire