Les investissements, source de déclin des forêts d’Afrique Centrale

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Selon une étude intitulée « Sur les analyses des conversions des forêts par les grands investissements en Afrique Centrale » présentée à Yaoundé, dans la capitale camerounaise, plus de 10 millions d’hectares de terres forestières ont disparu dans les pays d’Afrique centrale ces dix dernières années face aux grands projets d’investissements.

L’étude initiée par le centre pour l’environnement et le développement (Ced), au Cameroun, l’observatoire congolais des droits de l’homme (Ocdh), au Congo, Brainforest au Gabon, et la Maison de l’enfant et de la femme pygmée (Meep), en République Centrafrique, s’est atteler à démontrer comment le massif forestier d’Afrique Centrale subit des changements à cause des investissements non-forestiers. Pour étayer leur argumentaire, les auteurs de l’étude ont pointé du doigt les conversions des forêts au profit des grands projets d’infrastructures routières qui impactent négativement sur l’environnement immédiat des riverains. L’exemple le plus illustratif est la construction de l’autoroute entre l’aéroport international de Yaoundé – Nsimalen, et le centre-ville, traversant le petit village de Toutouli, sur près de 6 kilomètres. Les travaux avancent à grands pas mais avec un lot de dégâts sur les terres forestières du village. « On a perdu les champs, les plantations et la forêt. On nous a dit que le passage de l’autoroute va prendre 50 mètres de plus dans nos terres cultivables », se plaint Tarsis Owona, un habitant du village de Toutouli. A ce désastre, s’ajoutent les démolitions de maisons.

Hormis Toutouli qui est loin d’être un cas isolé, le secrétaire général du Centre pour l’environnement et le développement, Samuel Nguiffo, argue que « la situation est similaire dans de nombreuses localités du Gabon, du Congo et de la RCA ».  A l’en croire, « l’objectif de développement des pays d’Afrique centrale et celui de conservation de la biodiversité sont devenus contradictoires ». Pour lui, la forêt est la plus impactée. « On voit un nombre important d’investissements miniers, d’agroindustrie et surtout d’infrastructures. Si l’on n’y prend garde, la forêt va payer le plus lourd tribut de cette tendance », alerte Samuel Nguiffo. Qui ajoute qu’« il faut penser au développement, mais en préservant aussi l’objectif de protection de la forêt ».

Soucieuse de conserver les terres forestières de ces pays, l’étude précise qu’il importe de respecter les textes sur les processus de conversions forestières de la région. « Ces textes existent bel et bien, mais ne sont malheureusement pas très explicites sur les conversions des forêts pour les grands investissements », regrette Marie Madeleine Bassalang, consultante juriste gestion en ressources naturelles à Rainbow forest. Expliquant que « les Etats en Afrique centrale améliorent cette lacune dans leurs législations forestières pour prendre en considération tous les types de forêts ».

Si rien n’est fait dans ce sens, le massif forestier d’Afrique centrale pourrait être considérablement impacté par les activités de développement économique, ont laissé entendre, les auteurs de l’étude.

Moctar FICOU / VivAfrik

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