La Sierra Léone à l’école des écovillages du Sénégal

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Suite à la rencontre entre les représentants du Gouvernement de la République de Sierra Leone et le Réseau Mondial des Ecovillages, lors de la COP 23 à Bonn en Allemagne, une forte délégation officielle Sierra Léonaise a séjourné dans notre pays du 18 au 22 décembre 2018. Cette importante délégation, composée d’une part de Directeurs généraux de l’environnement, des eaux et forêts,  de l’énergie, de la gouvernance locale et de l’aménagement du territoire et de l’autre de journalistes d’organes de presse  public et privé, est allée à la rencontre des acteurs des communautés écovillageoises de notre pays.

Accueillie à son arrivée au Sénégal par Dr Ousmane Aly PAME, Président de  la section africaine du Réseau Mondial des Ecovillages, la délégation Sierra Léonaise a visité  les écovillages de Ndem et Bacoumbel où elle a été très chaleureusement accueille par les populations locales. Les acteurs de ces communautés modèles dans la mise en œuvre des stratégies écovillageoises, étaient à la fois ravis et fiers de partager, avec leurs hôtes, leurs expériences respectives. Ils ont fait la genèse de leurs initiatives communautaires et montré les divers projets en cours de réalisation en mettant en relief les succès enregistrés mais aussi en expliquant les stratégies mises en œuvre pour surmonter les multiples défis qui se présentent à eux.

A Ndem, la délégation Sierra Léonaise a visité le périmètre agro écologique du village, l’atelier de transformation et de conservation des produits agricoles biologiques,  le centre artisanal qui emploie des dizaines de teinturières, de tailleurs, de tisserands qui utilisent un coton cultivé sur place avec des méthodes biodynamiques, sans pesticides ni engrais chimiques. Les machines à coudre,  ventilateurs, les ordinateurs et autres appareils fonctionnent exclusivement au solaire.

A Bacoumbel, les Sierra Léonais ont visité une boulangerie communautaire et des cuisines domestiques  qui fonctionnent au biogaz.  L’éclairage public et domestique ainsi que l’alimentation en  énergie de la salle informatique de l’école sont assurés par une unité de panneaux solaires, située à l’entrée de l’écovillage. L’utilisation de lampes solaires dans les maisons a prolongé le temps d’étude des écoliers et considérablement amélioré les résultats scolaires du village.  L’école privée de Bacoumbel est aujourd’hui victime de  son succès. Elle attire les enfants de villages voisins et ne cesse de croître. Elle compte aujourd’hui  549 élèves dont les frais de scolarité sont largement pris en charge par de généreux bienfaiteurs.

Bacoumbel (qui signifie en Sérère un baobab aux fruits doux) est entouré de vergers familiaux luxuriants et d’un grand domaine agricole communautaire. Ce domaine communautaire de six hectares est un champ école où se tiennent des séances de formation agroécologique au profit du village et d’une dizaine de villages environnants. Dans la stratégie communautaire de lutte contre l’insécurité alimentaire, outre les jardins familiaux, sont plantés dans chaque foyer familial cinq espèces d’arbres fruitiers différents. Les habitants procèdent par ailleurs à l’insémination artificielle de leur cheptel et au croisement de la volaille.

A Ndem comme à Backoumbel, l’accent est mis dans la gestion minutieuse de l’eau, dans la lutte contre la dégradation des écosystèmes, dans la création de revenus conséquents et durables permettant aux habitants de vivre de façon digne et décente. Des entreprises socioéconomiques florissantes y sont gérées par les populations elles-mêmes, notamment par des femmes et des jeunes. La gestion des ressources se fait sur une base tournante, transparente et solidaire et la qualité de vie des habitants de Bacoumbel et de Ndem est bien supérieure à celle des quartiers résidentiels de Dakar car les populations produisent et consomment des produits naturels biologiques, respirent de l’air non pollué et vivent dans une remarquable sérénité.

Le dynamisme socioéconomique  des communautés de Ndem et de Bacoumbel se traduit aussi par une poussée démographique notable : les voisins viennent s’y installer et les jeunes originaires qui s’étaient établis à Dakar ou ailleurs reviennent dans leur terroir  pour trouver de meilleures conditions de vie et de travail.

Très satisfaite de sa tournée, la délégation Sierra Léonaise envisage de créer des écovillages pilotes dans les différentes régions de leur pays avant de l’étendre à l’ensemble de leur territoire national en vue de lutter plus efficacement contre la vulnérabilité croissante de leur milieu rural.  Pour réussir  ce pari dans leur pays, la délégation Sierra Léonaise compte bien s’inspirer de l’expérience des écovillages du Sénégal et s’appuyer également sur le soutien de GEN Afrique et du REDES (Réseau pour l’Emergence et le Développement des Ecovillages au Sahel).

Ousmane Aly PAME,  Docteur d’Etat

Président de la Section africaine du Réseau Mondial des Ecovillages

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