Sénégal-trafic de bois : des sanctions sévères préconisées

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Le constat est alarmant. En dix ans, la forêt casamançaise a diminué de 50%, selon l’architecte, Pierre Goudiaby.

« Il y a une mafia qui s’est organisée, elle envoie des jeunes aller chercher ou couper du bois, dans des endroits où c’est interdit. Il faut ouvrir une enquête – j’allais dire, sérieuse – et si le procureur nous demande, nous lui donnerons des noms. La racine du mal, c’est cette mafia qui s’est installée en Casamance et qui pille les forêts casamançaises, depuis plus de 10 ans », cingle Pierre Goudiaby Atepa à propos du  drame survenu en Casamance au Sénégal le samedi 6 janvier 2018 mettant en lumière un phénomène qui touche la région depuis des années, celui de l’exploitation illégale du bois et le trafic d’essences rares faisant 14 morts. Originaire de Casamance, l’architecte Pierre Goudiaby est d’ordinaire prudent et mesuré dans ses propos. Et s’il accuse aujourd’hui la mafia, c’est que le trafic de bois casamançais menace non seulement l’écosystème régional mais aussi la paix. En dix ans, la forêt casamançaise a diminué de moitié, selon Pierre Goudiaby. Le trafic a commencé à la frontière gambienne et s’étend désormais à celle de la Guinée-Bissau. Il concerne d’abord le bois de chauffe, un commerce lucratif, selon Haidar El Ali, militant écologiste et ancien ministre. « On a le droit de produire du charbon que dans les forêts aménagées. Pourtant : que se passe-t-il ? On va dans les zones interdites, on exploite le charbon. Après on se dit : ‘Oh, on a 10 000 sacs ! On vous met une petite amende de 1000 francs CFA par sac. Vous l’avez produit pour 1000 francs le sac, cela fait 2000 francs plus le transport 1000 francs, cela vous revient à 3000 francs le sac. Et lorsque vous l’avez acheminé à Dakar le sac de charbon se vend 8000 francs. Donc c’est le jackpot ! Mais comme vous avez payé une amende de 1000 francs par sac, c’est comme si vous aviez blanchi le charbon « trafiqué ». »

Mais si les forêts casamançaises sont menacées, c’est aussi parce que les trafiquants exploitent les bois rouges et notamment une espèce protégée, le bois de vène. Du temps du régime de Yaya Jammeh, le trafic transitait par la Gambie. Les commerçants chinois exportaient directement depuis Banjul. Aujourd’hui les choses ont changé et les autorités sénégalaises ont renforcé les contrôles. Mais il faut faire plus selon Haidar El Ali : « Je rappelle que depuis que le président a demandé aux ministres de la Défense, de l’Intérieur et de l’Environnement, d’être présent sur le terrain pour lutter contre ce trafic, il y a un mieux. Mais ça ne suffit pas. Il faut que les lois soient revues, de façon à ce que le trafic soit pénalisé. Parce aujourd’hui, lorsque vous attrapez un trafiquant, il paie une amende et il s’en sort. Il faut qu’il fasse du pénal et ensuite que l’on cible la mafia, les patrons. Les chinois, eux, ils ont bien compris, ils se sont déplacés vers la Guinée-Bissau, ils sont toujours présents. Il faut que ce soit un combat sous régional. »

Sous régional, voire africain. Entre 2010 et 2015, la Gambie et le Nigéria étaient les deux principaux pourvoyeurs africains d’essences nobles en Chine.

Moctar FICOU / VivAfrik

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