Le changement climatique néfaste à la production de plantain au Cameroun

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Une étude rendue publique par la revue Science of the Total Environment le 1er janvier 2018 a indiqué que la production de banane plantain au Cameroun a baissé de 43 % entre 1991 et 2011, précisant que la scolarisation n’a pas été épargnée.

Si l’on se fie aux auteurs de cette étude, l’Afrique centrale dont le Cameroun regorge peu d’études sur les impacts sociaux du changement climatique. Se servant des données gouvernementales dans les secteurs agricole et éducatif, ces chercheurs ont réussi à lier l’impact de l’augmentation des changements de température à la production de banane plantain et à l’éducation. « Il y avait aussi une relation statistique significative entre la diminution de la scolarisation et la baisse de la productivité du bananier plantain », déclare Trevon Fuller, chercheur principal et professeur assistant adjoint à l’Université de Californie à Los Angeles aux États-Unis. « Les températures plus élevées s’accompagnent d’une sécheresse accrue de l’air, ce qui exerce un stress sur les plantes pendant le développement des fruits et réduit les rendements », poursuit l’universitaire.

A en croire M. Fuller, de 1950 à 2011 la température annuelle moyenne a augmenté d’un degré Celsius au Cameroun. Avec la chute du rendement des plantains, le professeur assistant adjoint à l’Université de Californie de Los Angeles aux États-Unis constate que le revenu des parents diminuait également, cet état de fait se répercute sur l’éducation, favorisant son ralentissement. « Nous pensons que c’est parce que, à mesure que le rendement diminuait, le revenu des ménages s’amenuisait, parce qu’ils vendaient moins de bananes plantain. Par conséquent, les parents avaient moins de ressources pour investir dans les frais de scolarité et les fournitures scolaires de leurs enfants, comme les manuels scolaires et les uniformes, ce qui a entraîné une diminution de la scolarisation », se désole le chercheur. Qui argue que « la moyenne des années d’études post-secondaires est passée de 2,76 années en 1991 à 2,22 années en 2011, soit une baisse de près de 20 % ». S’exprimant sur la nécessité du travail de son équipe, Trevon Fuller note que l’étude a une importance capitale dans la mesure où elle représente exemple à suivre pour des programmes visant à améliorer la filière de la banane plantain, grâce à des programmes d’amélioration génétique sélectifs pour produire des cultivars plus résilients aux températures plus élevées et aux parasites.

Pour le coordinateur régional du Programme des Nations unies pour l’environnement (Pnue) sur les changements climatiques en Afrique, Richard Munang, d’autres études avaient produit des données similaires et « rendent les résultats plausibles ». Et M. Munang en veut pour preuve une étude de la Banque mondiale menée Cameroun où l’agriculture emploie jusqu’à 80% de la population et contribue à hauteur de 30% environ au Produit intérieur brut (Pib), craignant qu’une augmentation de la température de plus de deux degrés Celsius pourrait entraîner une perte de recettes agricoles de 500 millions de dollars. Comme pour confirmer cette thèse, un rapport du Pnue précise que l’Afrique centrale connaît déjà les températures moyennes annuelles les plus élevées jamais enregistrées dans l’histoire. Le coordinateur régional du Pnue entend mettre l’accent sur les systèmes agricoles et alimentaires de l’Afrique, renforcer la productivité et diversifier les opportunités de revenus. Hormis le Cameroun, le Programme des Nations unies pour l’environnement accompagne aussi le Bénin, le Ghana, le Kenya, le Malawi, le Mozambique, le Nigéria, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie, dans leurs efforts pour garantir la sécurité alimentaire, en utilisant un cadre encourageant les partenariats avec plusieurs secteurs liés à l’agriculture. « Les approches utilisées pour produire de la nourriture [devraient] garantir des rendements croissants, même face au changement climatique », explique Richard Munang.

Moctar FICOU / VivAfrik

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