Coupe de bois au Sénégal : Des accords avec la Gambie, à la tuerie de Boffa en Casamance

0

Si le Sénégal lutte en permanence contre le trafic de bois, côté gambien, Adama Barrow milite visiblement pour une réorganisation du commerce. En attendant un accord véritable, la coupe abusive de bois se poursuit avec également la complicité de la Guinée Bissau, qui accueille actuellement les chinois après leur expulsion de la Gambie comme l’ont confirmés les autorités sénégalaises au lendemain de la tuerie de Boffa Bayotte. Deux essences sont essentiellement trafiquées : le rônier qui sert à la construction des bâtiments en Gambie et le plus noble bois de Vène, exporté massivement et illégalement vers la Chine.

L’ancien ministre en charge de l’Environnement du Sénégal, Haidar El Ali dénonce ce trafic depuis plus de 20 ans et milite pour une harmonisation des politiques. « Nos réseaux nous informent que les trafiquants sont toujours là. Au Sénégal, la loi interdit d’importer le bois de Vène. Il suffirait que la Gambie interdise d’exporter le bois de Vène pour que cette situation soit stabilisée. Les populations doivent se sentir concernées et élire le gouvernement en dénonçant ces trafiquants, parce que quand on trafique le bois, on installe le désert».

L’essentiel du bois provient de la commune de Médina Yoro Foula, près la frontière gambienne.

 Le Sénégal aurait perdu plus d’un million d’arbres depuis 2010 tandis que les exploitants basés à cette époque en Gambie ont empoché près de 140 milliards de francs CFA (plus de 213 millions d’euros) en exportant ce bois vers la Chine.

Depuis peu, entre les deux pays, la reprise de relations normalisées a débuté, les deux ministres des Affaires étrangères,  Gambien et  Sénégalais travaillent à la mise en place d’ partenariat. Un conseil présidentiel a été créé, il se réunira tous les 6 mois afin de déterminer une feuille de route commune.

Effectivement, trois accords ont été signés. Le premier sur la défense et la sécurité, le Sénégal continuera d’appuyer la sécurisation de la Gambie. Le second concerne le tourisme, point fort de l’économie en Gambie qui pourrait partager son expérience et savoir-faire avec le Sénégal. Le dernier vise à renforcer les représentations consulaires.

L’objectif à court terme entre les deux pays étant de d’achever le pont Trans-Gambie qui permettra de traverser plus rapidement la Gambie pour désenclaver la Casamance. Au niveau économique, la levée des restrictions imposées par le défunt régime de Jammeh empêchant aux pécheurs sénégalais d’opérer en Gambie.

Si les relations sont donc excellentes entre les deux présidents Barrow et Sall, des points resteront à clarifier dans les prochains mois. Les accords bilatéraux sur la justice, les transports et la forêt.

La coupe illicite de bois expose encore aujourd’hui la Casamance à des situations terroristes.

Suite au massacre en début janvier 2018 de 14 jeunes hommes venus chercher du bois dans la forêt protégée de Boffa Bayotte, proche de Ziguinchor, principale ville de cette région agricole et touristique bordée au nord par la Gambie, le président sénégalais Macky Sall a ordonné la suspension sans délai de toutes les autorisations de coupe de bois dans cette zone sud.

Selon des experts et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC – rébellion), le massacre pourrait être lié à l’exploitation illicite du bois précieux en Casamance, région en proie à une rébellion indépendantiste depuis 1982.

L’Etat sénégalais a récemment alourdi les peines pour ce qui est de la coupe illégale de bois au Sénégal (les peines infligées aux trafiquants de bois passeront désormais de quatre à dix ans avec des sanctions pécuniaires pouvant atteindre jusqu’à 30 000 000 F CFA, selon le nouveau code forestier qui attend son passage à l’Assemblée Nationale pour son adoption). C’est le  garde des sceaux, ministre de la justice, Ismaila Madior Fall qui fait l’annonce. Selon lui, « le ministère va prendre toutes les dispositions pour qu’il y ait une répression des opérations de trafic de bois qui sera fondé sur la loi pénale. La justice va, aux côtés de tous les services de l’État, notamment l’Armée, le ministre de l’Intérieur, le ministère de l’Environnement, s’engager dans cette lutte. Le ministère de la Justice va évaluer la politique pénale dans la région notamment en matière de trafic de bois », a-t-il promis.

Le Sénégal a obtenu que les populations de Pterocarpus erinaceus (le bois de Vène) soient classées dans l’annexe III de la liste couverte par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites). Une nouvelle tentative de ralentir la coupe abusive de ce bois des forêts en Casamance qui transite par la Gambie pour être vendu en Asie et principalement en Chine.

Selon un rapport de l’environnemental Investigation Agency  les espèces de bois de rose comme le vène sont même appelés les « bois du sang » en raison des liens intrinsèques entre leur pillage et l’économie criminelle liée à des soulèvements ou des mouvements armés ; ce qui met en évidence le besoin imminent pour les deux pays de travailler ensemble.

Malheureusement, la crise casamançaise a favorisé une économie criminelle et la contrebande. Ce qui fait que des individus opèrent dans les forêts du sud du Sénégal  souvent couverts par les groupes armés, mais aussi, par la corruption de certains agents de l’État sénégalais, des autorités gambiennes et tout récemment bissau-guinéennes.

Aminata NDIAYE (Stagiaire) / VivAfrik

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here