Un mécanisme pour sauver les forêts accusé de bafouer les droits autochtones

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Le seul mécanisme financier soutenu par l’ONU pour freiner la déforestation, question-clé pour le climat, a bafoué les droits des communautés forestières sur trois continents, dénoncent des experts qui réclament sa réforme.

Dernière cible des détracteurs des programmes REDD+ (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts): 20 projets dans la province de Mai-Ndombe, en République démocratique du Congo, accusés dans un récent rapport de l’ONG Rights and Resources Initiative (RRI) d’avoir un impact négatif sur les communautés locales.

Soutenues par le gouvernement congolais et des bailleurs internationaux, des entreprises privées en charge de parties importantes des forêts ont ignoré les droits des peuples autochtones et provoqué des déplacements, sans les autorisations préalables requises, selon cette étude.

« Les peuples autochtones ne bénéficient tout simplement pas de REDD+ parce qu’il n’y a pas de plan de partage » des fruits de ces projets avec les populations locales, explique à l’AFP Marine Gauthier, qui observe les programmes de Mai-Ndombe pour RRI depuis 2012.

Quelque 73 millions d’euros, venus de pays donateurs ou de fonds privés, ont jusqu’ici été déboursés, ou promis, dans cette province pour des projets forestiers liés au réchauffement, alors que l’impact de la déforestation sur le changement climatique est multiple.

Perdre chaque année en surfaces boisées l’équivalent de la taille de la Grèce réduit la capacité de la Terre à absorber le dioxyde de carbone, et cela libère un volume de CO2 dans l’atmosphère qui représente un cinquième des émissions mondiales.

Les forêts tropicales fournissent également des moyens de subsistance à au moins 250 millions de membres de communautés autochtones. Communautés qui, quand elles sont impliquées dans la gestion des ressources, permettent de mieux réduire le rythme de la déforestation, montrent les recherches.

« Malheureusement, les projets REDD+ en RDC acheminent de l’argent à des acteurs du secteur privé qui n’ont pas forcément les mêmes motivations à protéger les forêts », regrette Alain Frechette, directeur de l’analyse stratégique pour RRI.

Négocié dans le cadre du traité de 1992 sur le changement climatique, les projets REDD+ existent depuis dix ans, mais nombre d’entre eux sont en attente jusqu’à 2020, date à laquelle le « cadre stratégique » du mécanisme doit être finalisé.

– ‘Menaces’ et ‘spoliation’ –

En attendant, des projets pilotes de dizaines de pays d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique, sont accusés de flouer les communautés locales et de ne pas répondre à leur objectif premier de lutte contre le changement climatique.

« On voit mal comment les peuples indigènes vont bénéficier de REDD+ », s’interroge le Centre pour la recherche forestière international (CIFOR).

« REDD+ évolue dans un contexte de violations des droits, de déplacement et de spoliation, de menaces et de harcèlement, et de répression et d’assassinats de militants environnementaux par des représentants de l’Etat ou privés », poursuit-il.

Selon Global Witness, plus de 200 militants environnementaux ont été tués dans le monde en 2016, dont près de la moitié faisaient partie de peuples autochtones.

En RDC, qui abrite 50% des forêts tropicales d’Afrique, la situation « est très conflictuelle » dans certaines disputes foncières, note Marine Gauthier.

A Mai-Ndombe, un groupe de Pygmées a ainsi été récemment empêché par les tenants d’une concession avec un contrat REDD+ d’utiliser l’agriculture traditionnelle sur brûlis, parce que leur forêt était déjà endommagée par l’exploitation forestière industrielle.

En principe, REDD+ paye pour réduire les émissions de CO2 liées à la déforestation, mais pas pour garder les forêts intactes, ce qui peut avoir des effets pervers, notent les détracteurs du programme.

Par exemple, à Mai-Ndombe, une entreprise a récemment postulé pour une « concession de conservation » sur une parcelle qu’elle venait de déboiser. « Après avoir gagné de l’argent avec les arbres, ils veulent de l’argent REDD+ pour en replanter », s’étonne Marine Gauthier.

Mais pour nombre d’experts, la solution n’est pas d’éliminer le mécanisme. « REDD+ a permis d’attirer une attention inédite sur l’importance des forêts dans la stratégie globale de lutte contre le changement climatique », souligne ainsi Alain Frechette.

« Mais il y a des défauts fondamentaux dans sa conception, en particulier le manque d’importance accordé aux droits des peuples autochtones. Ça doit être réparé », plaide-t-il.

Moctar FICOU / VivAfrik

Avec information.tv5monde.com

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