L’Afrique invitée à muer son agriculture en une activité industrielle

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Les pays africains sont appelés à muer leur agriculture en une activité industrielle de production et transformation afin d’assurer leur autosuffisance alimentaire, sortir les zones rurales de la pauvreté et emprunter la voie de l’industrialisation en vue de leur émergence économique, a affirmé Marc Omboui dans les colonnes du site d’information afriqueexpansionmag.com.

Ainsi, nombres de gouvernements du continent noir, conscients que l’agriculture est la voie du salut, ont lancé des opérations baptisées « révolutions vertes », dans le but de développer de cette activité considérée comme salvatrice de l’humanité afin, d’une part, assurer l’autosuffisance alimentaire des populations et, d’autre part, de produire des denrées destinées à l’exportation, ce qui pourrait permettre d’engranger les devises dont les pays ont besoin.

Les statistiques de la Banque africaine de développement (Bad) pour les économies africaines stipulent que l’agriculture, qui représente 16,2 % du Produit intérieur brute (Pib) du continent et fournit du travail à plus de 60 % de sa population, est la clé de l’accélération de la croissance, de la diversification et de la création d’emplois.

Une production insuffisante

Seulement, l’objectif de satisfaire les besoins alimentaires des populations est toujours loin d’être atteint. Les pays sont en effet encore contraints d’importer, en y sacrifiant leurs maigres ressources financières, des centaines de milliers de tonnes de riz ou de farine de blé pour satisfaire leurs besoins domestiques, souvent parce que leur production de denrées alimentaires est insuffisante.

De même, les cultures de rente, souvent exportées à l’état brut, et donc sans aucune valeur ajoutée, ne rapportent pas les devises en quantité suffisante, en tout cas pas en mesure de favoriser l’essor économique.

Cette situation maintient la plupart des pays au stade peu enviable de pourvoyeurs de matières premières agricoles et autres, et d’importateurs de produits finis. Ce qui, compte tenu de la détérioration des termes de l’échange, ne peut qu’être préjudiciable au développement de leurs économies.

Passer à une agriculture de seconde génération

La solution, pour y faire face, pourrait consister à développer l’agriculture, passer d’une agriculture extensive à une agriculture intensive pour maximiser la production. Le secteur est encore effet dans nombre de pays entre les mains des petits paysans qui entretiennent généralement des exploitations modestes, deux à trois hectares, sans intrants agricoles et avec des techniques et du matériel rudimentaires.

Ainsi que le recommande Adenwumi Adesina, le président de la BAD, il faut faire en sorte que « l’agriculture cesse d’être perçue comme un secteur de développement qui aurait pour seule vocation de gérer la pauvreté et les moyens de subsistance, et la muer en une activité industrielle de production et transformation de produits alimentaires et ainsi créer de la richesse pour les propriétaires et des emplois décents pour la main-d’œuvre ».

C’est peut-être le lieu d’interpeler l’élite des pays concernés pour qu’elle s’implique un peu plus dans l’agriculture, afin que l’on passe effectivement à une « agriculture de seconde génération ». Face au manque d’intérêt des investisseurs étrangers pour ce secteur, l’élite est bien placée pour investir dans des exploitations de moyenne et de grande importance, recourir au machinisme agricole et à l’usage d’intrants susceptibles de booster la productivité et la production. Bref, il faudrait que naisse en Afrique une classe d’entrepreneurs agricoles.

L’augmentation de la production agricole doit pouvoir ouvrir la voie à une industrie de transformation pour que les pays cessent d’exporter les produits agricoles à l’état brut. Ceci leur permettrait de satisfaire la demande locale, notamment en ce qui concerne les produits alimentaires, d’apporter de la valeur ajoutée aux produits destinés à l’exportation, – et donc de gagner plus de devises -, et de fournir du travail à une main d’œuvre de plus en plus abondante, notamment chez les jeunes.

Les États doivent pouvoir, eux aussi, jouer leur partition, notamment en facilitant l’accès à la terre, en aménageant les infrastructures de transport et en organisant les circuits de distribution.

Moctar FICOU / VivAfrik

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