Le charbon, le casse-tête pour les défenseurs de l’environnement en Afrique

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Le charbon, deuxième source d’énergie primaire utilisée dans le monde et la première pour la génération d’électricité, est pointé du doigt par les experts environnementaux en raison de l’importante pollution qu’il engendre pour des raisons évidentes. Tout d’abord, lors de son extraction car les mines génèrent de grandes quantités de CO2 et polluent parfois les nappes phréatiques.

Vient ensuite la pollution liée à l’exploitation même du charbon. Selon des études menées, la roche émet 3,5 tonnes de CO2 par tonne d’énergie consommée, soit une fois et demie plus que le gaz et le pétrole. Suffisant pour ces experts d’associer le charbon à la révolution industrielle du XIXe siècle.

Le charbon est néanmoins encore massivement utilisé aujourd’hui, aussi bien dans les pays développés que chez les émergents. Son principal atout réside dans le fait qu’il offre des réserves abondantes ainsi que des prix plus attractifs et plus stables que ceux du pétrole et du gaz.

Lors de l’exploitation du charbon, les mineurs sont exposés à l’inhalation de poussière de charbon et de silice cristalline

Dans le cas spécifique de l’Afrique par exemple, la majorité des ménages utilise le charbon de bois pour la cuisson des aliments. Cette pratique occasionne la prolifération des activités clandestines de coupe abusive du bois dans les forêts, faisant du charbon de bois l’une des causes majeures de la déforestation. En diminuant la consommation du charbon de bois dans les ménages, on peut donc lutter contre la coupe abusive de bois et préserver les forêts.

Ce que l’on sait certainement mais que l’on refuse de voir, c’est que la pollution engendrée par le charbon a un coût humain, environnemental et économique important. La plupart des risques humains liés au charbon sont professionnels et sanitaires.

Lors de l’exploitation du charbon, les mineurs sont exposés à l’inhalation de poussière de charbon et de silice cristalline, provenant de la rupture des roches et entraînant différentes atteintes pulmonaires dont la silicose. À un stade évolué, cette maladie devient invalidante et souvent mortelle.

L’exposition à la silice est de plus associée à un risque élevé de tuberculose et de cancer du poumon. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine serait particulièrement concernée, avec un total de six millions de mineurs, six cent mille personnes ont été atteintes d’affections pulmonaires en 2010. Il y a aussi les éboulements qui sont l’un des accidents les plus fréquents de l’exploitation des mines de charbon. Ils menacent l’intégrité physique des mineurs en causant fractures, entorses et parfois écrasement total.

L’industrie charbonnière est très critiquée en raison de son impact environnemental car l’extraction minière provoque l’émission de gaz dans l’atmosphère : du soufre et de l’oxyde de soufre, qui sont responsables de pluies acides ainsi que des gaz à effets de serre : méthane, CO2, oxydes d’azote. Selon les calculs de plusieurs ONG dévoilés dans un récent rapport, si les habitudes ne changent pas, le coût des émissions de CO2 issues du charbon du seul G7 pourrait atteindre 260 milliards de dollars par an d’ici à une trentaine d’années et 450 milliards par an d’ici à la fin du siècle.

Pour les experts environnementaux, c’est surtout l’Asie qui doit envoyer des signaux positifs

Face à la pression des défenseurs de l’environnement et du public, certains États ont décidé d’agir. La Norvège a, par exemple, désengagé son fonds souverain, le plus important au monde, des entreprises minières ou des groupes d’énergie pour lesquels le charbon représente plus de 30% de l’activité ou du chiffre d’affaires.

En France, l’entreprise pétrolière Total a promis de sortir des activités qu’elle possède dans ce secteur, notamment en Afrique du Sud. Mais plus globalement en Europe, la commission européenne a récemment fait des propositions pour augmenter, d’ici à 2020, le prix de la tonne de carbone et décourager ainsi l’usage du charbon au profit du gaz, moins polluant.

Mais pour les experts environnementaux, c’est surtout l’Asie qui doit envoyer des signaux positifs. Selon eux, la Chine a fait d’importants gains d’efficacité dans l’industrie électrique en fermant de vieilles centrales et on en ouvrant des nouvelles, plus efficaces et moins consommatrices en charbon.

Même si tout le monde admet qu’il y a une vraie prise de conscience de la part des pays, les futures conférences climatiques doivent mener les États leaders dans cette industrie à prendre des décisions contraignantes et incitatives afin que le poids économique du charbon ne soit pas un obstacle pour les différents acteurs dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Moctar FICOU / VivAfrik

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