Le PAM affirme que 6 millions de personnes souffrent de faim au Sahel

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William Affif, coordonnateur des réponses d’urgence pour le Sahel du Programme alimentaire mondial (Pam) des Nations unies a soutenu que, dans les cinq pays du Sahel (Mauritanie, Niger, Tchad, Burkina Faso et Mali), «six millions de personnes ont besoin d’assistance alimentaire immédiate, soit 40% de plus qu’en 2017 à la même époque».

A l’en croire, hormis le Sahel, une partie de l’Afrique subsaharienne souffre toujours de la faim, précisant que les sécheresses successives rendent la production alimentaire insuffisante et fragile. Nourrir la population passe par une série de solutions : plus d’engrais, de greniers, d’irrigation, de semences améliorées… La région peut également s’appuyer sur des réserves de terres arables disponibles, estime le responsable onusien.

Selon William Affif, les solutions techniques et logistiques existent pour développer l’agriculture dans des zones aussi arides. Premier objectif, selon les experts, la réduction du gaspillage alimentaire. Cela peut sembler paradoxal, mais une grosse partie des récoltes dans cette région du monde est perdue, mal stockée, attaquée par les rats. Ou détruite par manque de moyens de transport ou de chaîne du froid en état de marche. «Il y a des besoins de construction de greniers communautaires ou de greniers individuels à base de containers qui préservent les récoltes», souligne M. Affif.

La productivité agricole passe également par les engrais achetés ou produits localement. Le Fonds international de développement agricole (Fida) a ainsi financé pour 11.000 foyers au Mali un réseau de biodigesteurs, qui fabriquent du compost et du biogaz à partir d’excréments animaux et de biomasse, a indiqué Stéphane Mousset, directeur du Fida.

Agriculture urbaine

Cela passe également par des solutions innovantes. Au sud du Burkina Faso, la ville de Bobo Dioulasso a développé une expérience originale d’agriculture urbaine. «Au bout de 10 ans, on peut dire que 80% des habitants de Bobo Dioulasso sont devenus agriculteurs, avec le développement du maraîchage, de l’arboriculture, du petit élevage, et maintenant de l’apiculture», explique Soumaïla N’Diaye, ingénieur chargé de développement local à la commune.

Surtout, l’Afrique peut s’appuyer sur des réserves de terres disponibles, estimées à 220 millions d’hectares. Mais selon l’agronome Pierre Jacquemot, le potentiel n’est pas infini: «Non, l’Afrique n’est pas ce réservoir de terres arables qui en fait rêver plus d’un, agronome ou spéculateur foncier.» Et d’ajouter: «Beaucoup de terres prétendument vacantes, parce qu’immatriculées dans des titres fonciers, sont dans les faits utilisées par les populations locales pour leur survie (cueillette, récolte du bois de chauffe, chasse). Selon lui, «il faut retirer des terres théoriquement disponibles, les forêts protégées, les terres en jachère, les prairies consacrées aux pâturages, aux transhumances.»

Dégradation des sols

Autre menace, la dégradation des terres: érosion due aux sécheresses et inondations, salinisation des sols en raison d’une irrigation mal maîtrisée.

Une étude de l’Union européenne montre qu’en Afrique «plus de 50% de la surface agricole est aujourd’hui affectée par les variations climatiques et les activités humaines…», estime le géographe Michael Cherlet.

Malgré ces défis, l’OCDE et la FAO pensent possible une «forte croissance de la production agricole» en Afrique sub-saharienne, avec une hausse de 30% d’ici à 2027 des productions végétales et de 25% de la production de viande.

Hausse de de la production

L’Afrique sub-saharienne va connaître une «hausse générale de la productivité» avec l’utilisation «d’engrais, de pesticides, de semences améliorées et de technologies de mécanisation et d’irrigation», selon le rapport Perspectives agricoles 2018-2027 présenté par les deux institutions internationales. Cette progression s’accompagnera d’une «expansion des superficies cultivées pour le maïs, le soja et la canne à sucre».

Cependant, cette croissance de la production agricole ne sera pas toujours suffisante pour assurer la sécurité alimentaire de la région en raison «des besoins de consommation grandissants dus à la croissance démographique».

Moctar FICOU / VivAfrik

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