L’Afrique à l’heure de la cure de désintox de ses hydrocarbures

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Les richesses naturelles dont les ressources pétrolières que regorge le continent africain représentent une importante source de devises pour les pays producteurs qui ont subi de plein fouet la crise de 2014 – 2016. S’ensuit un véritable marasme économique poussant les plus avisés à élaborer d’ambitieux programmes de diversification plus ou moins efficaces alors que d’autres persistent dans le tout pétrole.

Plus de la moitié des quantités découvertes au cours des dernières années l’ont été en Afrique qui recèle environ 10% des réserves mondiales de pétrole, alors que sa production représente près de 10% de la production mondiale, d’après l’étude « Énergie en Afrique en 2050 », réalisée en 2015 par un groupe d’experts de l’Association pour le développement de l’énergie en Afrique (Adea) et le cabinet Eurogroup Consulting.

Mais les secteurs primaires dont celui des hydrocarbures, sont rarement considérés en Afrique comme les fondamentaux d’un véritable développement durable. La récente baisse des prix du baril a eu des effets récessifs dans presque tous les pays africains exportateurs nets d’hydrocarbures, occasionnant une chute des devises, une baisse des recettes fiscales, un ralentissement des investissements et le ré-endettement.

« Si les pays africains producteurs ont souffert et souffrent encore de la récente baisse des cours de pétrole, c’est parce qu’ils ont toujours vécu une dépendance maladive vis-à-vis de la mono production pétrolière et leurs économies encore trop peu ou pas diversifiées », estime Mahaman Laouan Gaya, SG de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains. «Aujourd’hui comme hier, les pays africains producteurs de pétrole devraient utiliser les revenus pétroliers pour favoriser des politiques de long terme privilégiant les investissements productifs durables et non une redistribution clientéliste à courte vue », conseille Phillippe Sébille Lopez, auteur du livre « Géopolitiques du pétrole », lors d’une interview accordée à « La Tribune Afrique ». Cette gestion catastrophe a été mise à nu par la baisse brutale des prix du pétrole de 2014 à 2016, qui a fait ressortir la forte dépendance de ces pays aux recettes pétrolières, poussant certains à élaborer des stratégies de diversifications, avec des résultats mitigés.

Diversification : deux pays de démarquent

Parmi les pays producteurs de pétrole impactés par la chute des prix, le Ghana a été le plus remarquable dans sa stratégie de diversification économique. Il a lancé un vaste programme de promotion de l’agriculture, accompagné de l’instauration d’un meilleur système de recouvrement des recettes fiscales, le développement des exportations et le lancement d’infrastructures de dimension régionale.

Aux côtés du Ghana, le Gabon est l’un des pays pétroliers ayant fait le plus de progrès en matière de diversification économique. Après la crise de 2014 qui a conduit à l’abaissement en 2016, de sa note «Ba3» à «B1», par l’agence de notation américaine Moody’s, le pays a élaboré un plan de diversification économique basé notamment sur l’agriculture et la transformation des produits locaux, avec un succès notable : avant la chute des cours, le pétrole représentait 45% de son PIB alors qu’aujourd’hui sa part est tombée à 27% !

Ailleurs, de grands pays pétroliers comme l’Angola où les hydrocarbures représentent 95% des exportations et contribuent à hauteur de 70% aux recettes fiscales, ont également lancé d’ambitieux programmes de diversification basés sur le développement des secteurs de l’agriculture, de la pêche et des mines. Fortement touché par la crise pétrolière, le géant nigérian a mis sur la table l’ancien plan de diversification, essentiellement tourné vers l’agriculture, mais qui a du mal à prendre.

Au club des récalcitrants

Le Nigéria, qui a essayé des programmes de diversification reste très tributaire des hydrocarbures, à l’image d’un autre pays : l’Algérie. En dépit de la crise pétrolière qui a sérieusement ébranlé son économie, l’Algérie 3ème producteur africain a signé de nouveaux contrats entre Sonatrach et l’italien Eni pour explorer en pleine mer et renforcer le secteur pétrolier, alors que le pays regorge de potentiels dans les énergies renouvelables, l’agriculture et l’industrie.

Une politique identique a été adoptée par le Congo, le Tchad, la Guinée Equatoriale ou encore les deux Soudans qui, n’ont aucun programme de diversification économique structuré. La stratégie peut s’avérer payante sur le court terme sachant que le prix du baril en hausse se négocie à plus de 70 dollars sur les marchés mi-mai 2018. Aussi, la croissance de l’Afrique pourrait atteindre 6 % en 2017 et 8 % en 2018, «si la demande mondiale remonte suffisamment, si les réformes des grandes économies africaines sont rondement menées et si les cours du pétrole et autres matières premières poursuivent leur redressement», estime le rapport économique sur l’Afrique publié par la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des nations-unies en 2017.

Avis d’expert : Mahaman Laouan Gaya, Secrétaire Général de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (Appo)

De façon générale, il est reconnu de tous que le sous-sol africain regorge d’abondantes ressources extractives et énergétiques (pétrole, gaz, uranium, et autres ressources minières). Outre le potentiel en ressources énergétiques fossiles, il faut ajouter celui d’origines renouvelables (soleil, vent, géothermie, hydro-électricité, biomasse,…). Par ailleurs, l’Afrique est aujourd’hui peuplée de près d’un milliard d’habitants constitué à 60% de jeunes, pendant que l’Europe, l’Amérique et l’Asie sont de plus en plus « vieillissants ».

Si avec toutes ces richesses et ces bras valides, l’Afrique n’arrive pas à décoller, je ne suis pas sûr que les ressources pétrolières en soient les seules responsables ou qu’elles puissent dans la situation socio-économique actuelle relever les défis du sous-développement. Les causes du retard et de l’étouffement de l’Afrique sont plus ailleurs que dans le pétrole. Si la perspective de revenus gigantesques issus de nos ressources naturelles peut sembler enivrante, elle pose aussi l’enjeu de la gouvernance dans ce secteur, un élément crucial du fait que presque tous nos pays, même dotés d’abondantes ressources extractives et énergétiques, n’ont pas encore emprunté, loin s’en faut, la route du développement. Jamais le secteur primaire et les ressources humaines n’ont été considérés en Afrique comme les leviers fondamentaux d’un véritable développement durable. Une approche macro-économique a montré que la récente baisse des prix du pétrole a eu des effets récessifs dans presque tous les pays africains exportateurs nets d’hydrocarbures et des effets expansionnistes plus modérés dans les autres pays importateurs nets. Seuls quelques rares pays ont saisi l’occasion pour appuyer leur croissance sur une économie un peu plus diversifiée ; sinon en majorité ils n’ont pas été capables de se démarquer de la trop forte dépendance de la rente pétrolière ; ce qui leur a fait subir le triste sort du « syndrome hollandais »’.

Pourtant, très souvent évoquée comme solution pour accroître leur résilience, la diversification de l’économie et des sources de recettes budgétaires peine à être mise en œuvre. On remarque paradoxalement que tous les discours politiques de ces dernières années tournent autour de la diversification des économies. Avec la remontée progressive des cours de pétrole, nous risquons fort malheureusement d’assister encore à un autre report de la politique de diversification économique tant prônée, jusqu’à la prochaine crise certainement, ou ne se le rappeler qu’à l’occasion des prochaines campagnes électorales.

Avec afrique.latribune.fr

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