La culture du palmier à huile, une menace pour les primates en Afrique

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Une étude combinant les données sur l’adéquation des terres à la culture du palmier à huile avec des données sur la répartition, la diversité et la vulnérabilité des primates a affirmé que, concilier développement du palmier à huile en Afrique et conservation de la biodiversité sera très difficile. Telle sont les conclusions d’une équipe internationale, comprenant des chercheurs du Cirad et du Centre commun de recherche de la Commission européenne (Joint Research Center, Jrc) qui vient d’évaluer l’impact potentiel sur les primates de l’expansion de la culture du palmier à huile en Afrique et rendues publiques vendredi 24 août 2018 dans la revue américaine Proceedings of the national academy of sciences of the United States of America (Pnas).

Voici le communiqué du Cirad.

Face à la hausse continue de la demande mondiale en huile de palme, une expansion des plantations de palmier à huile est attendue en Afrique. Le continent dispose en effet d’écosystèmes tropicaux de basse altitude adaptés à la culture du palmier à huile, offrant ainsi une opportunité pour les Etats, les industriels et les petits producteurs de générer des revenus. Mais les leçons tirées de l’Asie du Sud-Est, où sont localisées la plupart des plantations de palmier à huile, ont conduit une équipe internationale à s’intéresser à l’impact potentiel sur les primates d’une expansion des surfaces consacrées à cette culture en Afrique.

Dans cette étude, les scientifiques ont cherché à identifier des « zones de compromis » où la culture du palmier à huile serait la plus productive tout en ayant un faible impact sur les primates. Ils concluent que de telles zones sont rares sur le continent africain et vont seulement couvrir de 0,13 à 3,3 millions d’hectares (Mha).

Seuls 3,3 millions d’hectares disponibles

Au total, selon l’étude, 273 Mha de terre pourraient être cultivés en palmier à huile en Afrique : 84 Mha avec un faible rendement, 139 Mha avec un rendement moyen et seulement 50 Mha avec un fort rendement – au regard de critères portant sur le sol et le climat, en faisant l’hypothèse d’une culture seulement pluviale, avec une utilisation raisonnée d’intrants.

«En croisant ces chiffres avec les données de vulnérabilité des primates, la culture du palmier à huile ne serait possible, avec un faible impact sur les primates, que sur 3,3 Mha. Un chiffre qui tombe à 0,13 Mha si l’on ne prend que les terres à fort rendement», annonce Ghislain Vieilledent, écologue au Cirad et co-auteur de l’étude. Ces chiffres de 3,3 Mha et de 0,13 Mha ne correspondent respectivement qu’à 6,2 % et 0,2 % des 53 Mha de terre nécessaires pour répondre à l’augmentation de la demande en huile de palme estimée en 2050.

Des scénarios d’atténuation envisageables

«Une stratégie d’atténuation envisageable serait d’identifier des trajectoires pour l’expansion de la culture du palmier à l’huile sur la base de critères « intelligents » permettant de minimiser et de retarder autant que possible la perte d’habitat naturel des primates » , souligne Ghislain Vieilledent.

Les chercheurs ont ainsi comparé quatre scénarios : deux scénarios d’expansion du palmier à huile visant à optimiser les revenus et deux autres scénarios visant à optimiser la conservation. Pour les scénarios maximisant les revenus, les terres les plus productives et les plus accessibles sont converties en premier en plantations de palmier à huile. Pour les scénarios maximisant la conservation, les terres à faible stock de carbone et faible vulnérabilité des primates sont converties en premier. Les chercheurs montrent que même dans un scénario cherchant à minimiser l’impact sur les primates, cinq espèces en moyenne perdent 1 ha d’habitat dès lors que 1 ha de terres est converti à la culture du palmier à huile.

Diminuer l’impact de la culture du palmier à huile

«Pour conserver la biodiversité africaine, des solutions existent néanmoins», précise Ghislain Vieilledent. «L’une d’elles pourrait être d’augmenter les rendements des plantations actuelles par l’utilisation de semences à haut rendement en huile et l’adoption de meilleures pratiques agricoles. » Des initiatives telles que la Roundtable on Sustainable Palm Oil (Rspo), appuyant une production durable d’huile de palme, méritent également d’être soutenues, en renforçant la composante environnementale de cette certification.

Une autre solution réside dans la diminution de la demande future en huile de palme dans les pays du Nord, à travers une consommation plus responsable et la recherche d’alternatives au biodiesel. Mais compte tenu de la croissance démographique attendue sur le continent africain dans les trente prochaines années, qui va nécessairement s’accompagner d’une augmentation de la consommation alimentaire, l’effet attendu risque d’être limité. Un mouvement en faveur du changement existe déjà. Les chercheurs espèrent que les résultats de leurs recherches y contribueront.

Les primates, un bon indicateur de biodiversité

Les chercheurs se sont concentrés sur les primates, car ils sont un bon indicateur de l’ensemble de la biodiversité. « La diversité des primates est corrélée à la richesse des espèces dans d’autres groupes taxonomiques. Ils jouent par ailleurs un rôle important dans la dispersion des graines et le maintien de la composition des écosystèmes forestiers », explique Ghislain Vieilledent, écologue au Cirad.

Les populations de nombreuses espèces de primates sont en déclin : 37 % des espèces de primates en Afrique continentale et 87 % des espèces de Madagascar sont menacées d’extinction selon les critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (Uicn). Dans cette étude, les aires de distribution (à une résolution de 10 x 10 km) de 193 espèces de primates africains, ainsi que leur vulnérabilité (via le statut de conservation Uicn), ont été prises en compte.

Moctar FICOU / VivAfrik

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