La pire chute des cours du coton africain

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D’une hausse spectaculaire, que personne ne s’aventurait à prédire il y a un an, les cours du coton se sont fortement repliés depuis le mois d’août. Evolution contrastée à l’image de Monaco, entre montagne et mer, où s’est déroulé le 5 octobre 2018 le 128ème dîner professionnel de l’Association française cotonnière (Afcot). Contraste aussi entre des négociants sur leurs gardes et des Africains confiants. Le monde du coton a vécu une année agitée avec un retour de la volatilité et une grande incertitude liée notamment à la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, lit-on dans les colonnes de commodafrica.com dans sa parution du 8 octobre 2018.

« La filière coton constitue une source importante de revenus pour plus de 15 millions de personnes de notre espace communautaire et fournit de nombreux emplois tout en développant d’autres filières agricoles, telles que le maïs, le riz et le sésame », avait rappelé à uemoa.int le Commissaire Jonas GBIAN chargé du Département de l’Agriculture, des Ressources en Eau et de l’Environnement a procédé ce mercredi 18 juillet 2018 à Ouagadougou, à l’ouverture des travaux de l’atelier d’échanges et de partage d’expériences sur la durabilité de la productivité agricole dans les agrosystèmes cotonniers.

La culture de coton est source de croissance et génère d’importantes recettes d’exportation tout en participant significativement à la mobilisation des ressources publiques dans plusieurs pays de la zone UEMOA.

Au cours de la dernière campagne 2017/2018, la production cotonnière dans la zone UEMOA a atteint le chiffre record de plus de 2 400 000 tonnes de coton graine, avec un bon de 9 % par rapport à la précédente campagne. « La filière coton est créatrice d’emplois directs et de revenus pour plus de quinze millions de personnes dans la zone UEMOA », explique Abdallah Boureima, le président de la commission de l’Union économique et monétaire ouest-africaine. « Le présent Salon se tient dans un contexte de forte hausse de la production cotonnière dans la plupart des Etats de la zone. »

Malgré cette hausse de la production, force est de constater que la contribution de la filière coton et du textile au développement économique et social demeure en deçà du potentiel, en raison de la très faible valorisation des différents maillons de la chaîne. « Si j’ai mis mes enfants à l’école et que je vis de la production de coton, alors mes enfants ont quand même le droit de vivre de la transformation (du coton Ndlr). C’est ça une vraie politique de développement », insiste François Traoré, producteur de coton et ancien président de la Confédération paysanne du Faso.

Un marché qui surprend

Peu après le diner de l’Afcot de Deauville en octobre 2017, les cours du coton ont démarré leur courbe ascendante passant de 68 cents la livre pour atteindre un plus haut de 95 cents la livre début juin, gagnant près de 30 cents la livre alors même que la production américaine de coton était attendue pléthorique. Une hausse alimentée par trois principaux facteurs selon Michael Edward, directeur de Cotton Outlook. La demande a été largement sous-estimée. Selon la dernière estimation de l’USDA, elle aurait progressé de plus de 6% en 2017/18. En outre, les investisseurs sont entrés en force sur le marché, leur position longue passant de 15% en début de campagne pour atteindre jusqu’à 40%.

Et, puis les contrats on call, à prix non fixés, ont atteint un record. Des contrats on call, qui pour une partie ont pesé sur certains négociants qui ont pris des risques peut-être inconsidérés.

Mais cette embellie sur le marché du coton a été freinée, et même stoppée, par l’escalade du conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine. Un conflit, qui a au-delà de l’imposition des droits de douanes de 25% sur le coton américain importé par la Chine, crée une grande incertitude. Une incertitude sur d’éventuelles annulations de ventes américaines en Chine, sur la demande de textile chinoise et dans le monde mais aussi sur l’impact de la dépréciation de la monnaie de nombreux pays émergents comme l’Inde, le Brésil ou la Turquie parmi d’autres. Aujourd’hui, les cours du coton se situent autour de 76 cents la livre. A la baisse des cours s’ajoute la baisse des primes sur la plupart des origines, au premier rang desquelles l’origine américaine, à l’exception des bases africaines qui se sont stabilisées.

Les participants aux différentes rencontres, à l’occasion de la première édition du Salon international du coton et du textile qui s’est tenue du 27 au 29 septembre dernier à Koudougou, ont interpellé les Etats africains sur la redéfinition et la mise en œuvre des politiques d’industrialisation en associant tous les acteurs

Des producteurs africains qui continuent de voir loin

Dans cet environnement, le coton africain résiste donc avec des bases supérieures à l’origine américaine ou brésilienne. « En Afrique, les prix sont rémunérateurs, le coton est de qualité, les filières sont beaucoup plus efficaces qu’il y a quelques années, la logistique s’est améliorée » souligne un négociant qui ajoute « c’est une évolution positive et ce n’est pas un feu de paille ».

La production de coton de la zone Franc devrait d’ailleurs à nouveau progresser en 2018/19 même s’il faut attendre encore quelques jours pour avoir une estimation plus précise. Le Mali, premier producteur africain, anticipe une production de coton de 750 000 tonnes en 2018/19 indique Baba Berthé, PDG de la Compagnie Malienne pour le Développement des Textiles (CDMT) à CommodAfrica. Une ambition certes modeste, mais pour l’instant ajustée aux capacités d’égrenage du pays limitée aujourd’hui à 640 000 tonnes. Des investissements sont programmés pour la construction jusqu’à trois à quatre usines d’égrenage. Un deuxième plan de développement de la culture coton devrait aussi être finalisé d’ici à la fin de l’année. Il vise à franchir la barre d’un million de tonnes dans cinq ans avec le défi de l’accroissement des rendements, qui sont en moyenne de 1,30 tonne à l’hectare. Une amélioration des rendements attendus par la recherche variétale, la qualité des intrants et l’amendement des sols par la technique du chaulage pour combattre leur acidité, indique Baba Berthé.

Au Bénin, Jean-Claude Talon, directeur commercial et logistique à Sodeco, estime que la production pourrait atteindre 700 000 tonnes en 2018/19, en hausse de 17% par rapport à 2017/18 sachant que la production n’était que de 269 000 tonnes en 2015/16. Le Burkina Faso après l’accident de 2017/18 devrait voir une reprise de sa production. Dans la plupart des autres pays de l’Afrique de l’Ouest la culture du coton devrait aussi se développer.

Dans les prochains mois …

La Chine est toujours au cœur du marché avec la question récurrente de savoir quand elle reviendra aux achats au-delà de son quota OMC annuel ou autrement dit quel est le niveau de stocks que la Chine compte garder ? « On ne sait pas, mais on estime que l’on est probablement pas loin de ce niveau » indique Michael Edward. Aujourd’hui, la réserve d’Etat est de 2,7 millions de tonnes (Mt) contre 11,2 Mt en 2013/14.

Et si tel est le cas, la porte s’ouvrirait pour potentiellement 3 Mt d’importations chinoises de coton, Pékin consommant 9 Mt de coton pour une production domestique estimée à 6 Mt en 2018/19. Qui répondra à cette demande ? Si la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis n’est pas résolue, et donc la taxe additionnelle de 25% sur le coton américain maintenue par la Chine, le Brésil semble le mieux placé pour en profiter avec non loin de lui les pays de la Zone Franc.

Mais, le jeu entre la Chine et les Etats-Unis n’est pas encore fait et l’on n’a pas véritablement assisté à une réorientation des flux du coton. Un jeu compliqué par le marché à terme de New York, marché directeur, qui ne traite que le seul coton américain.

« Si nous voulons faire de notre coton un véritable pôle de développement et mettre en valeur tout le potentiel qu’offre cette culture, il est urgent de corriger cette situation. Pour ce faire, il nous faut tirer et capitaliser les principales leçons apprises des expériences et des pratiques, permettant d’assurer la durabilité de la productivité dans les systèmes d’exploitation à base de coton, a suggéré le Commissaire Gbian. C’est l’objectif qui est visé par le présent atelier. »

Moctar FICOU / VivAfrik

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