Energies renouvelables : la mue du Kenya

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Comme dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, la consommation d’énergie finale reste dominée par la biomasse (71 % en 2014), utilisée aux 2/3 pour le chauffage et la cuisson des aliments. La part des produits pétroliers, importés en totalité, est en forte hausse (de 16 % en 2004 à 22 % du mix énergétique en 2014) en raison notamment du développement du parc automobile. Le Kenya a repéré quelques gisements en mer, à la frontière avec la Somalie, mais elle n’a pas engagé de développement dans ce secteur, qui est en plein essor en Afrique.

Suffisant pour les experts d’affirmer que, dans le secteur de l’énergie, le Kenya a accompli des pas de géant en moins d’une décennie. Ce, grâce notamment à deux projets emblématiques dans les énergies renouvelables et qui ont bénéficié de l’appui décisif de la Banque africaine de développement : le parc éolien de Turkana et la centrale géothermique de Menengai.

Mais le point faible est l’électrification du pays : 23 % seulement des habitants y ont accès, selon la Banque mondiale, et l’électricité représente moins de 5 % du mix énergétique. Améliorer la situation est une priorité pour le gouvernement de Nairobi qui l’a incluse dans un plan général de développement du pays, appelé Vision 2030. L’objectif est ambitieux : passer la capacité électrique installée de 2 200 MW à au moins 15 000 MW.

Sur ce point précis, les chiffres parlent d’eux-mêmes : le taux d’électrification national du Kenya a bondi de 28 % en 2013 à plus de 60 % en 2017, selon les chiffres avancés par le président de la République Uhuru Kenyatta à la fin janvier 2018, lors d’une table ronde sur l’énergie organisée par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, à Addis-Abeba, en Éthiopie. Objectif : porter ce taux d’électrification à 80 % en 2020. Au Kenya, la croissance énergétique passe par les énergies renouvelables.

Un mix électrique largement basé sur le renouvelable

En ce qui concerne le développement de l’énergie solaire sur son territoire, le Kenya possède un atout imparable : il bénéficie de l’un des meilleurs taux d’ensoleillement au monde puisqu’il est situé sur l’équateur. Les scientifiques estiment que le potentiel solaire du pays se chiffre à 4,5 kilowatt/heure, ce qui fait partie des meilleurs taux au monde.

Avec de telles données naturelles, le pays peut donc sereinement développer un parc solaire. Le gouvernement parie sur deux logiques complémentaires : la première consiste à mettre en place de grosses unités de productions centralisées ; dans un deuxième temps, le pays compte aussi développer un maillage important qui compterait plusieurs unités de production plus petites, idéales pour une échelle locale.

Cette double logique permettrait de lisser les investissements en matière de réseau en répondant à la fois à la demande industrielle et en étant capable d’aller raccorder au réseau électrique les territoires excentrés. On trouve ainsi des panneaux solaires installés sur de nombreuses infrastructures locales comme des centres commerciaux ou des exploitations agricoles. Dans la même veine, depuis 2012, tous les bâtiments, particuliers et professionnels, qui utilisent au moins 100 litres d’eau chaude par jour ont été contraints d’installer des chauffe-eau solaires.

À deux ans de 2020, année où le Kenya compte porter son électrification à 80 %, le pays est sur la bonne voie et progresse à grands pas malgré la forte période de sécheresse qu’il a traversée et une hausse de la demande de 11 % par an, grâce à deux projets emblématiques : le parc éolien du lac Turkana et la station géothermique de Menengai.

Deux projets qui ont bénéficié de l’appui décisif de la Banque africaine de développement qui, outre une aide financière conséquente, a travaillé de concert avec le gouvernement kenyan et d’autres partenaires au développement – Agence française de développement, Banque européenne d’investissement.

Tous se sont ainsi attelés à la diversification du bouquet énergétique du pays, en misant sur les énergies propres, fiables et à bas coût. En outre, ils ont œuvré au renforcement du réseau national en augmentant d’environ 10 % la puissance installée en énergie renouvelable.

« Six millions de foyers, soit 69,4 % de la population sont alimentés en électricité », soulignait, en juin 2017, Ken Tarus, le patron de la compagnie nationale de distribution d’électricité, Kenya Power.

Du coup, les délestages et autres coupures intempestives d’électricité ne sont quasi plus qu’un lointain souvenir. Et pour redonner un peu plus le sourire aux populations, le coût de la consommation d’électricité a encore baissé de 8 % au mois de juillet 2018, sur décision du gouvernement.

Turkana, le vent en poupe

Entamé en 2002, le chantier du parc éolien du lac Turkana – plus vaste lac en milieu désertique au monde – a duré quinze ans. Désigné en 2014 « meilleur projet d’électricité de l’année » par Thomson Reuters, ce parc éolien est aujourd’hui le plus important d’Afrique, équipé de centaines d’éoliennes qui font tourner leurs pâles sous des vents pouvant atteindre 11 mètres par seconde. Situé au nord-ouest du pays, il est doté d’une puissance de 300 mégawatts.

Projet de 623 millions d’euros, il a bénéficié de la supervision de la Banque africaine de développement, mandaté pour être chef de file (Mandater Lead Arranger) pour l’octroi de quelque 436 millions d’euros de facilités de crédits de premier rang. La Banque a également accordé une garantie partielle de risque du fonds africain de développement (Fad), d’un montant de 20 millions d’euros, destinée à la composante du projet relative à la ligne de transmission.

La géothermie à toute vapeur

Quant à la station de Menengai, située à quelque 180 km au nord-ouest de Nairobi, elle met en relief le potentiel géothermique du Kenya (estimé à près de 10 000 MW), lié à la spécificité géologique exceptionnelle de la vallée du Rift qui court sur plus de 6 000 km de long à travers le pays et jusqu’en Afrique australe. Elle alimente à elle seule 500 000 foyers (dont 70 000 en milieu rural) et 300 000 entreprises.

La géothermie est ainsi devenue dès 2016 la première source d’énergie du pays. Lequel est, en 2018, le premier producteur d’énergie géothermique du continent et le neuvième à l’échelle mondiale.

Sa construction a été cofinancée par le Fonds africain de développement (96,5 millions d’euros), les Fonds d’investissements climatiques – hébergés par le groupe de la Banque africaine de développement (19,3 millions d’euros), l’Agence française de développement (55,5 millions d’euros), la Banque européenne d’investissement (29 millions d’euros) et le gouvernement kenyan (190 millions d’euros).

…le solaire en embuscade

Depuis qu’ils ont vu le jour, Turkana et Menengai tournent à plein régime. Et le gouvernement kényan ne compte pas s’arrêter là. S’il a enclenché, en mars 2018, l’augmentation de la capacité de production de la centrale géothermique de Menengai, il a également décidé d’investir l’énergie solaire.

En effet, début juin 2018, l’État du Kenya a accordé un contrat de 20 ans à la société privée kényane de production d’électricité Kenergy Renewables, pour l’achat de 40 mégawatts à cette entreprise. Le projet de centrale, d’un coût estimé à 60-70 millions de dollars environ, sera bâti à Laikipia, une localité située dans le nord du Kenya et devrait desservir près de 50 000 foyers. Un nouveau pas important attendu dans la marche vers l’accès universel à l’électricité dans le pays. Aujourd’hui, les énergies renouvelables représentent quasi 80 % du mix énergétique du Kenya.

En matière d’éolien, le Kenya parie sur ses atouts naturels grâce notamment au lac Turkana, situé au nord de Nairobi, et autour duquel il existe plusieurs couloirs de vents puissants qui viennent de l’océan Indien. C’est sur les bords du lac que le gouvernement a lancé un ambitieux projet de construction d’un parc éolien. Le projet, déjà bien avancé, devrait entrer en activité cet été et il offrira une puissance installée de 310 mégawatts. En 2016, le gouvernement kenyan estimait que le potentiel de l’énergie éolienne sur le territoire représentait environ 3 000 mégawatts.

Moctar FICOU / VivAfrik

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