La Côte d’ivoire en guerre contre les pesticides obsolètes

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Le ministre ivoirien de l’Environnement et du Développement durable, le Pr Joseph Séka Séka a révélé que quelque 4 000 tonnes de pesticides frauduleux entrent sur le territoire ivoirien chaque année. Ainsi, pour beaucoup d’agriculteurs, il apparait indispensable de lutter contre les ravageurs dans les cultures. Et pourtant les pesticides sont de plus en plus décriés. Et pourtant, en Côte d’Ivoire, plus de 40% des pesticides sont frauduleux, périmés ou interdits d’utilisation parce que cancérigènes.

Au marché de l’Adjamé, à Abidjan, la boutique d’Abdoulaye Berté ne vend que des produits phytosanitaires, dont la grande majorité est composée de pesticides obsolètes ou contrefait. Mais depuis quelques temps, sa marchandise est invendue.

 Les produits que les gens achètent ici pour traiter les champs ne sont pas bons. Le manioc par exemple, au moment de la récolte, se casse. Tout est détruit parce que l’herbicide qu’il prend pour l’épandage n’est pas bon.

Une thèse que confirme le Pr Séka Séka. « Les pesticides,  en nous permettant d’avoir des productions florissantes ne sont pas moins nuisibles pour notre santé. Il y a 4 000 tonnes de pesticides frauduleux qui entrent sur le territoire ivoirien chaque année », a-t-il déploré alors qu’il s’exprimait à la faveur de la cérémonie d’ouverture de la première édition des journées scientifiques sur les pesticides en Côte d’Ivoire organisée par le Projet de gestion des pesticides en Côte d’Ivoire (Progep-Ci).

Ce colloque organisé autour du thème « Utilisation des pesticides en Afrique : état des lieux et perspectives de réduction des produits de synthèse », a notamment pour objectif de faire l’état des lieux des acteurs de la recherche ainsi que les résultats obtenus en Côte d’Ivoire et dans certaines régions d’Afrique.

Dans les champs ivoiriens, comme partout dans le monde, les pesticides sont roi. Mais dans cette culture maraîchère, cela fait des années qu’Abdoulaye Berté, vendeur de pesticides, n’utilise plus des produits d’origine inconnue. Traumatisé par les dégâts causés par ces pesticides frauduleux dans les champs de ses voisins, il s’inquiète désormais des effets sur sa santé.

« J’ignore les conséquences de ces produits en termes de maladies que ça donne. Mais quand nous on pompe ce produit-là, c’est pour tuer les bêtes, comme ça peut tuer quelque choses qui est vivant, c’est que toi aussi ça peut te tuer mais pas immédiatement », confie-t-il.

Face au risque sanitaire, environnemental et économique, les autorités ivoiriennes ont lancé en 2013 un projet de gestion des pesticides obsolètes en Côte d’Ivoire, et tentent désormais d’assainir le secteur.

Poursuivant, M. Séka a également fait remarquer que les pesticides frauduleux sont un véritable « danger» pour la santé et l’environnement, exprimant sa foi en ce que « les éminents scientifiques présents à ces assises aideront notre pays à relever ce défi de la gestion des pesticides ».

Avant lui, Léon Oka, le représentant du président du Conseil économique, social, environnemental et culturel, a estimé que l’utilisation inappropriée des pesticides entraîne des coûts supplémentaires pour les agriculteurs.

« Ce colloque favorisera les synergies d’actions et les partages d’expériences entre les chercheurs sur le cycle de vie des pesticides», a indiqué M. Oka.

Pour sa part,  le président du Comité d’organisation de cette première édition des journées scientifiques sur les pesticides, Pr Joseph Ipou,  a soutenu que la problématique des pesticides est une question de « bonne gouvernance».

Nous sensibilisons la population, prenons attache avec la douane qui se trouve aux frontières afin d’interdire ou de limité l’entrée de pesticides sur le territoire national après il faudra passer à des formes de répression et changer une législation qui date des années 80, a suggéré Mathieu N’Guessan, spécialiste du projet Progep-Ci

Les autorités ont déjà saisies 70 tonnes de pesticides obsolètes, dont certains interdits depuis plus de 20 ans déjà.

Désormais un inventaire est mise en place en Côte d’ivoire pour identifier l’ensemble des pesticides utilisés. En 2018, 20% étaient de type frauduleux.

Moctar FICOU / VivAfrik

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